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Séries Numériques (suite) (B)
Concept 1: Intégrales Généralisées (ou Impropres)
Prérequis
Intégrale de Riemann sur un intervalle compact [a,b]
Fonctions continues par morceaux
Limites de fonctions et critère de Cauchy pour les fonctions
Définition
Soit I un intervalle de R et f:I→R (ou C) une fonction continue par morceaux sur tout sous-intervalle compact de I. Une intégrale de f sur I est dite généralisée (ou impropre) si soit l’intervalle I n’est pas borné, soit la fonction f n’est pas bornée au voisinage d’une des bornes de I.
Intervalle non borné : Soit f:[a,+∞[→R continue par morceaux. L’intégrale généralisée ∫a+∞f(t)dtconverge si la fonction F(x)=∫axf(t)dt admet une limite finie lorsque x→+∞. Cette limite est alors la valeur de l’intégrale. Sinon, l’intégrale diverge.
∫a+∞f(t)dt:=limx→+∞∫axf(t)dt
La définition est analogue pour ∫−∞bf(t)dt. Pour ∫−∞+∞f(t)dt, on choisit un c∈R et on dit que l’intégrale converge si et seulement si ∫−∞cf(t)dt et ∫c+∞f(t)dt convergent. Sa valeur est alors la somme des deux.
Fonction non bornée : Soit f:]a,b]→R continue par morceaux, non bornée au voisinage de a. L’intégrale généralisée ∫abf(t)dtconverge si la fonction G(ϵ)=∫a+ϵbf(t)dt admet une limite finie lorsque ϵ→0+.
∫abf(t)dt:=limϵ→0+∫a+ϵbf(t)dt
La définition est analogue pour une fonction non bornée en b.
Une intégrale généralisée ∫If(t)dt est dite absolument convergente si ∫I∣f(t)∣dt converge.
Propriétés Clés
Linéarité : Si ∫If et ∫Ig convergent, alors pour tout (λ,μ)∈R2, ∫I(λf+μg) converge et ∫I(λf+μg)=λ∫If+μ∫Ig.
Relation de Chasles : Pour tout c dans l’intérieur de I, ∫If(t)dt converge si et seulement si ∫I∩]−∞,c]f(t)dt et ∫I∩[c,+∞[f(t)dt convergent.
Critère de Cauchy : Soit f:[a,b[→R (où b peut être +∞). L’intégrale ∫abf(t)dt converge si et seulement si :
∀ε>0,∃B∈[a,b[,∀x,y∈]B,b[,∫xyf(t)dt<ε.
Convergence absolue : Toute intégrale absolument convergente est convergente.
Démonstration : Soit f une fonction telle que ∫I∣f∣ converge. Par le critère de Cauchy pour ∣f∣, pour tout ε>0, il existe un intervalle compact J⊂I tel que pour tout intervalle compact K avec J⊂K⊂I, on a ∫K∖J∣f(t)∣dt<ε. Par l’inégalité triangulaire, ∣∫K∖Jf(t)dt∣≤∫K∖J∣f(t)∣dt<ε. Le critère de Cauchy est donc vérifié pour f, et ∫If converge.
Théorèmes de comparaison (pour fonctions positives) : Soient f,g:I→R+ continues par morceaux.
Si 0≤f(t)≤g(t) sur I et ∫Ig(t)dt converge, alors ∫If(t)dt converge.
Si f(t)∼t→bg(t) au voisinage d’une borne b où l’intégrale est impropre, alors ∫f(t)dt et ∫g(t)dt ont même nature.
Exemples
Exemple 1 : Intégrales de Riemann
L’intégrale ∫1+∞tα1dt converge si et seulement si α>1.
Preuve : Si α=1, une primitive de t−α est 1−αt1−α.
∫1xtα1dt=[1−αt1−α]1x=1−αx1−α−1.
La limite pour x→+∞ est finie (et vaut α−11) si et seulement si 1−α<0, i.e., α>1.
Si α=1, ∫1xt1dt=ln(x), qui diverge vers +∞.
Exemple 2 : Intégrale semi-convergente (sinus cardinal)
L’intégrale ∫1+∞tsin(t)dt est convergente mais non absolument convergente.
Convergence : On utilise une intégration par parties. Pour x>1:
Quand x→+∞, xcos(x)→0. De plus, ∣t2cos(t)∣≤t21 et ∫1+∞t21dt converge (Exemple 1), donc ∫1+∞t2cos(t)dt est absolument convergente. Par suite, ∫1+∞tsin(t)dt converge.
Non-convergence absolue : On a ∣sin(t)∣≥sin2(t)=21−cos(2t).
∫1xtdt=ln(x)→+∞. L’intégrale ∫1xtcos(2t)dt converge par un argument similaire au précédent. Donc ∫1+∞t∣sin(t)∣dt diverge.
Exemple 3 : Intégrale de Gauss
L’intégrale ∫−∞+∞e−t2dt est convergente.
Preuve : La fonction est paire, il suffit d’étudier ∫0+∞e−t2dt. Pour t≥1, t2≥t, donc e−t2≤e−t.
∫1xe−tdt=[−e−t]1x=e−1−e−xx→∞e−1.
Comme ∫1+∞e−tdt converge, par comparaison, ∫1+∞e−t2dt converge. L’intégrale ∫01e−t2dt est une intégrale sur un segment d’une fonction continue, donc elle est finie. Ainsi, ∫0+∞e−t2dt converge. La valeur de cette intégrale est π, ce qui se démontre via des intégrales doubles.
Contre-exemples
Divergence malgré une limite nulle de l’intégrande : L’intégrale ∫1+∞t1dt diverge bien que l’intégrande 1/t tende vers 0. Ceci illustre que la condition limt→∞f(t)=0 n’est pas suffisante pour la convergence.
Importance de la convergence séparée des bornes : Considérons ∫−∞+∞tdt. Si on calcule limx→+∞∫−xxtdt=limx→+∞[2t2]−xx=limx→+∞0=0. Cependant, l’intégrale diverge car ni ∫0+∞tdt ni ∫−∞0tdt ne convergent. La limite symétrique est appelée la valeur principale de Cauchy et peut exister même si l’intégrale diverge au sens strict.
Concepts Liés
Séries numériques : Le critère de comparaison série-intégrale établit un lien direct entre la nature d’une série et celle d’une intégrale.
Transformées de Fourier et de Laplace : Ces transformées sont définies par des intégrales généralisées et sont fondamentales en analyse, physique et ingénierie.
Fonction Gamma d’Euler : Définie par Γ(z)=∫0+∞tz−1e−tdt, elle généralise la factorielle aux nombres complexes.
Intégrale de Lebesgue : Une théorie de l’intégration plus puissante où la distinction entre les différents types d’impropriété disparaît. En Lebesgue, une fonction f est intégrable sur I si et seulement si ∫I∣f∣dμ<∞.
Concept 2: Critère de Comparaison Série-Intégrale
Prérequis
Séries à termes positifs
Convergence des intégrales généralisées
Fonctions monotones
Définition
Proposition 2.4.1 : Soit f:[a,+∞[→R une fonction continue, positive et décroissante pour a∈R. Soit la série ∑n=n0∞un avec n0≥a et un=f(n). Alors la série ∑un et l’intégrale ∫a+∞f(t)dt sont de même nature.
Démonstration :
Puisque f est décroissante, pour tout entier k≥a, on a :
Soient SN=∑k=n0Nuk et IN=∫n0Nf(t)dt. Les suites (SN) et (IN) sont croissantes car f≥0. Les inégalités précédentes montrent que (SN) est bornée si et seulement si (IN) est bornée. Donc, elles convergent ou divergent simultanément.
Propriétés Clés
Encadrement de la somme : Les inégalités de la preuve fournissent un encadrement de la somme partielle SN:
∫n0N+1f(t)dt≤SN≤un0+∫n0Nf(t)dt.
Estimation du reste (Corollaire 2.4.3) : Si la série converge, son reste Rn=∑k=n+1∞uk vérifie :
∫n+1+∞f(t)dt≤Rn≤∫n+∞f(t)dt.
Démonstration : En sommant l’encadrement f(k+1)≤∫kk+1f(t)dt≤f(k) pour k de n+1 à l’infini, on obtient le résultat.
Ce critère est particulièrement efficace pour établir des familles de séries de référence.
Exemples
Exemple 1 : Séries de Riemann
La série ∑n=1∞nα1 converge si et seulement si α>1.
On applique le critère à la fonction f(t)=t−α sur [1,+∞[. Elle est continue, positive et décroissante pour α>0. On a déjà montré (Concept 1, Exemple 1) que ∫1+∞t−αdt converge si et seulement si α>1. Pour α≤0, le terme général ne tend pas vers 0, donc la série diverge.
Exemple 2 : Séries de Bertrand
La série ∑n=2∞n(lnn)α1 converge si et seulement si α>1.
On utilise la fonction f(t)=t(lnt)α1 sur [2,+∞[, qui est continue, positive et décroissante. On étudie ∫2+∞f(t)dt.
Cette expression a une limite finie quand x→+∞ si et seulement si 1−α<0, i.e., α>1.
Si α=1, une primitive est ln(lnt), et ∫2xtlntdt=ln(lnx)−ln(ln2), qui diverge.
Exemple 3 : Estimation d’une somme
Approchons la somme S=∑n=1∞n21. Le reste R10 est encadré par :
∫11+∞t21dt≤R10≤∫10+∞t21dt.
[−t1]11∞≤R10≤[−t1]10∞
111≤R10≤101.
La somme partielle S10=∑n=110n21≈1.54977. On peut donc encadrer S=S10+R10 :
1.54977+111≤S≤1.54977+101, soit 1.64068≤S≤1.64977. (La valeur exacte est π2/6≈1.64493).
Contre-exemples
Fonction non monotone : Soit un=n22+sin(n). Le critère ne s’applique pas car f(t)=t22+sin(t) n’est pas décroissante. Cependant, la série converge, car 0<un≤n23 et ∑n21 converge.
Série non à termes positifs : Le critère ne s’applique pas à la série alternée ∑n=1∞n(−1)n. La série converge, mais l’intégrale ∫1∞t(−1)tdt n’a pas de sens standard, et l’intégrale de ∣f(t)∣ diverge.
Concepts Liés
Formule d’Euler-Maclaurin : Une formule sophistiquée qui relie une somme discrète et une intégrale avec des termes correctifs faisant intervenir les dérivées de la fonction. Elle peut être vue comme une version très précise du critère de comparaison.
Constante d’Euler-Mascheroni : Définie par γ=limn→∞(∑k=1nk1−lnn), son existence peut être démontrée en utilisant l’encadrement du critère de comparaison pour la série harmonique.
Concept 3: Critères de Convergence Avancés pour Séries à Termes Positifs
Prérequis
Séries à termes positifs et critères de comparaison de base
Notion de suites équivalentes (un∼vn)
Développements limités
Définition
A. Test de Condensation de Cauchy (Test de la loupe)
Proposition 2.4.7 : Soit (un)n∈N une suite positive et décroissante. Alors la série ∑un converge si et seulement si la série “condensée” ∑j=0∞2ju2j converge.
Démonstration :
Soient SN=∑n=1Nun et TJ=∑j=0J2ju2j.
(⇐) Supposons ∑2ju2j converge. Pour N, choisissons J tel que N<2J+1.
La suite (TJ) est croissante et majorée, donc elle converge.
B. Test de Comparaison par Équivalents
Proposition 2.4.8 : Soient ∑un et ∑vn deux séries à termes strictement positifs à partir d’un certain rang. Si un∼n→∞vn, alors les deux séries sont de même nature.
Démonstration :
un∼vn signifie limn→∞vnun=1. Par définition de la limite, pour ε=1/2>0, il existe un rang N tel que pour tout n>N:
vnun−1<21⟹21<vnun<23.
21vn<un<23vn.
Si ∑vn converge, alors ∑23vn converge, et par le critère de comparaison, ∑un converge.
Si ∑vn diverge, alors ∑21vn diverge, et par le critère de comparaison, ∑un diverge.
Les séries ont donc même nature.
Exemples
Exemple 1 (Test de la loupe) :
Re-démontrer le critère pour la série de Bertrand ∑n≥2n(lnn)α1.
Ceci est une série de Riemann en j, qui converge si et seulement si α>1.
Exemple 2 (Test des équivalents) :
Nature de la série de terme général un=ln(1+n21).
Pour n→∞, n21→0. On sait que ln(1+x)∼0x. Donc :
un=ln(1+n21)∼n→∞n21.
Puisque la série de Riemann ∑n21 converge (α=2>1), la série ∑un converge.
Exemple 3 (Test des équivalents) :
Nature de vn=sinn11−cos(nlnn1).
Pour n→∞, on utilise les développements limités :
1−cos(x)∼02x2 et sin(x)∼0x.
1−cos(nlnn1)∼n→∞21(nlnn1)2=2nlnn1.
sin(n1)∼n→∞n1.
Par quotient d’équivalents :
vn∼n→∞n12nlnn1=2lnn1.
La série ∑2lnn1 diverge, car pour n≥3, lnn<n⟹2lnn1>2n1, et la série harmonique ∑n1 diverge. Donc ∑vn diverge.
Contre-exemples
Non-positivité : Le test des équivalents ne s’applique pas aux séries de signe quelconque. Soit un=n(−1)n et vn=n(−1)n+n1. On a un∼vn. Pourtant, ∑un converge (série alternée) alors que ∑vn diverge (somme d’une série convergente et d’une série divergente).
Suite non décroissante : Le test de la loupe ne s’applique pas si la suite n’est pas décroissante. Soit un=1/n si n=2k et un=1/n3 sinon. Cette suite n’est pas décroissante. La série ∑un converge car c’est la somme de ∑1/2k (géométrique) et d’une sous-série de ∑1/n3 (Riemann), toutes deux convergentes. Cependant, la série condensée est ∑2ju2j=∑2j(1/2j)=∑1, qui diverge.
Concepts Liés
Critère de Raabe-Duhamel : Un test plus fin, basé sur l’étude de n(un+1un−1), utile lorsque le critère de d’Alembert donne une limite de 1.
Développements Asymptotiques : Le test des équivalents est le premier ordre d’une analyse plus fine par développements asymptotiques, comme vu au concept 5.
Concept 4: Critère d’Abel pour Séries à Termes Quelconques
Prérequis
Séries à termes complexes
Critère de Cauchy pour les séries
Suites bornées, suites monotones
Définition
Théorème 2.5.1 (Théorème d’Abel) : Soit la série ∑un où un=anbn avec an∈C et bn∈R. La série converge si les trois conditions suivantes sont remplies :
i) La suite des sommes partielles (An)n∈N, où An=∑k=0nak, est bornée.
ii) La suite (bn)n∈N est décroissante.
iii) limn→∞bn=0.
Démonstration (Transformation d’Abel / Sommation par parties) :
La somme est télescopique : ∑n=pq−1(bn−bn+1)=bp−bq.
∣Sp,q∣≤Mbq+Mbp+M(bp−bq)=2Mbp.
Comme limp→∞bp=0, pour tout ε>0, il existe N tel que pour p>N, 2Mbp<ε. La suite des sommes partielles est donc une suite de Cauchy, et la série converge.
Propriétés Clés
Corollaire (Critère des séries alternées) : Si (bn) est une suite réelle positive, décroissante et tendant vers 0, alors la série ∑(−1)nbn converge.
Preuve : On pose an=(−1)n. Les sommes partielles An=∑k=0n(−1)k valent 1 ou 0, donc ∣An∣≤1. La suite (An) est bornée. Les autres hypothèses du théorème d’Abel sont satisfaites.
Corollaire (Séries trigonométriques) : Si (bn) est une suite réelle positive, décroissante et tendant vers 0, alors pour tout θ=2kπ (k∈Z), la série ∑bneinθ converge.
Preuve : On pose an=einθ. La suite An=∑k=0n(eiθ)k est une somme géométrique :
An=1−eiθ1−ei(n+1)θ.
Puisque θ=2kπ, le dénominateur est non nul. Le numérateur est borné : ∣1−ei(n+1)θ∣≤∣1∣+∣ei(n+1)θ∣=2. Donc ∣An∣≤∣1−eiθ∣2. La suite (An) est bornée.
Majoration du reste : La preuve donne ∣rp−1∣=∣∑n=p∞anbn∣=limq→∞∣Sp,q∣≤2Mbp. Pour une série alternée, la majoration est plus fine : ∣rn∣≤∣un+1∣=bn+1.
Exemples
Exemple 1 : Série harmonique alternée
La série ∑n=1∞n(−1)n converge. Ici bn=1/n, qui est positive, décroissante et tend vers 0. Il s’agit d’une série semi-convergente car ∑1/n diverge.
Exemple 2 : Série trigonométrique
La série ∑n=1∞ncos(nθ) converge pour θ=2kπ.
On étudie la partie réelle de ∑neinθ. Avec bn=1/n, la série complexe converge. Une série complexe converge si et seulement si ses parties réelle et imaginaire convergent. Donc ∑ncos(nθ) et ∑nsin(nθ) convergent.
Exemple 3 : Série alternée plus complexe
La série ∑n=2∞lnn(−1)n converge. On applique le critère des séries alternées avec bn=1/lnn. La fonction x↦lnx est croissante pour x>0, donc bn est décroissante. De plus limn→∞bn=0.
Contre-exemples
Condition de décroissance essentielle : Soit la série ∑un où u2p=p21 et u2p+1=−p1. La suite des modules ∣un∣ tend vers 0, mais n’est pas décroissante. La série diverge car elle est la somme de ∑p21 (convergente) et −∑p1 (divergente).
Condition de limite nulle essentielle : La série ∑n=1∞(−1)nn+1n diverge. Bien que an=(−1)n ait des sommes partielles bornées et bn=n+1n soit (croissante, mais le critère peut être adapté), on a limn→∞bn=1=0. Le terme général un ne tend pas vers 0.
Concepts Liés
Critère de Dirichlet : Le théorème d’Abel est souvent appelé Critère de Dirichlet dans la littérature anglo-saxonne.
Convergence uniforme : Des versions du critère d’Abel existent pour les séries de fonctions, garantissant la convergence uniforme, un concept central en analyse.
Concept 5: Analyse Asymptotique des Séries Numériques
Prérequis
Développements limités (Taylor-Young) et notations de Landau (O,o)
Critères de convergence (Riemann, séries alternées, etc.)
Linéarité de la convergence des séries
Définition
Cette technique consiste à étudier la nature d’une série ∑un en effectuant un développement asymptotique de son terme général un lorsque n→∞. Typiquement, on écrit :
un=vn+wn+O(zn)
où :
∑vn est le terme principal, souvent une série de nature connue mais non absolument convergente (e.g., série alternée de référence).
∑wn est un terme correctif, souvent absolument convergent.
∑O(zn) est le reste, une série absolument convergente.
La série ∑un est alors vue comme la somme de plusieurs séries. Si toutes les séries du développement convergent, ∑un converge. Si l’une d’elles diverge et les autres convergent, ∑un diverge.
Propriétés Clés
Principe : Décomposer une série compliquée en une somme de séries plus simples dont la nature est connue.
Puissance : Permet de traiter des cas où les critères standards (ratio, racine, comparaison simple) sont inefficaces.
Précision : L’ordre du développement doit être choisi judicieusement. Un développement trop court peut ne pas être concluant, tandis qu’un développement trop long est inutile. Il faut pousser le développement jusqu’à obtenir un reste dont la série est absolument convergente.
Exemples
Exemple 1 : Cas convergent
Nature de la série ∑n=1∞n+(−1)n(−1)n.
On factorise par n au dénominateur :
un=n(−1)n(1+n(−1)n)−1
On utilise le développement limité (1+x)α=1+αx+O(x2) pour x→0, avec x=n(−1)n et α=−1.
La série ∑un est la somme de ∑6n3/2(−1)n+1 et ∑O(n−5/2). Ces deux séries sont absolument convergentes (Riemann avec α=3/2>1 et α=5/2>1). Donc ∑un est (absolument) convergente.
Contre-exemples
Développement insuffisant : Si pour l’exemple 2 on s’arrête à vn=n(−1)n+O(1/n), on ne peut pas conclure. Le reste O(1/n) donne lieu à une série ∑wn où ∣wn∣≤C/n, ce qui ne garantit pas la convergence.
Technique non applicable : Pour la série ∑nsin(n), un développement asymptotique n’est pas pertinent car l’oscillation de sin(n) n’est pas liée à une structure simple en 1/n. Le critère d’Abel est ici la bonne approche.
Concepts Liés
Séries entières et fonctions analytiques : Les développements limités sont des versions tronquées des séries de Taylor, qui sont des séries entières.
Calcul des équivalents de restes et de sommes partielles : Cette technique peut être inversée pour trouver un équivalent de la somme partielle ou du reste d’une série en la comparant à une intégrale ou à d’autres séries de référence.
Concept 6: Réarrangement et Sommation par Paquets
Prérequis
Bijections de N dans N (permutations)
Convergence absolue et semi-convergence
Notion de sous-suite
Définition
A. Commutativité des Séries
Une série ∑un est dite commutativement convergente si pour toute permutation (bijection) σ:N→N, la série réarrangée ∑uσ(n) converge et a la même somme que ∑un.
Théorème 2.6.2 (Théorème de réarrangement de Riemann) :
i) Une série à termes réels ou complexes est absolument convergente si et seulement si elle est commutativement convergente.
ii) Si une série réelle ∑un est semi-convergente, alors pour tout l∈R=R∪{−∞,+∞}, il existe une permutation σ de N telle que ∑n=0∞uσ(n)=l.
B. Associativité des Séries (Sommation par Paquets)
Soit ∑un une série. Soit (pn)n∈N une suite strictement croissante d’entiers avec p−1=−1. La série ∑vn est une série de paquets de ∑un si son terme général est vk=∑j=pk−1+1pkuj.
Théorème 2.6.4 :
i) Si la série ∑un converge vers S, alors toute série de paquets ∑vk converge aussi vers S.
ii) La réciproque est fausse en général.
iii) (Réciproque partielle) Si ∑un est à termes positifs, alors la convergence de ∑vk implique celle de ∑un (vers la même somme).
Propriétés Clés
Structure de l’espace des suites sommables : L’ensemble des suites (un) telles que ∑∣un∣<∞ forme un espace de Banach, noté ℓ1(N). Le théorème de Riemann met en lumière la structure fragile des séries semi-convergentes.
Preuve du Théorème de Riemann (ii), esquisse : Soit ∑un semi-convergente. Notons P l’ensemble des termes positifs et N celui des termes négatifs. Les séries ∑p∈Pp et ∑n∈Nn divergent toutes deux (vers +∞ et −∞ respectivement). Pour atteindre une cible l>0, on somme des termes de P jusqu’à dépasser l, puis des termes de N jusqu’à passer sous l, puis de nouveau des termes de P, etc. Comme un→0, l’amplitude des oscillations autour de l tend vers 0, et la somme partielle de la série réarrangée converge vers l.
Preuve de la sommation par paquets (i) : La suite des sommes partielles (σn) de la série de paquets est σn=∑k=0nvk=∑j=0pnuj=spn. C’est donc une sous-suite de la suite des sommes partielles (sn) de ∑un. Si (sn) converge vers S, toute sous-suite converge vers S.
Exemples
Exemple 1 (Réarrangement) :
Soit la série harmonique alternée S=∑n=1∞n(−1)n+1=1−21+31−41+⋯=ln2.
Réarrangeons-la en prenant deux termes négatifs pour un terme positif :
S′=(1−21−41)+(31−61−81)+(51−101−121)+…
Le k-ième paquet est vk=2k−11−2(2k−1)1−4k1=2(2k−1)1−4k1.
vk=4k(2k−1)2k−(2k−1)=4k(2k−1)1∼8k21. La série de paquets converge, donc la série réarrangée converge. Le calcul montre que S′=21ln2. La somme a changé.
Exemple 2 (Sommation par paquets valide) :
Soit la série convergente ∑n=0∞qn=1−q1 pour ∣q∣<1. Regroupons les termes par deux:
vk=u2k+u2k+1=q2k+q2k+1=q2k(1+q).
∑k=0∞vk=(1+q)∑k=0∞(q2)k=(1+q)1−q21=(1−q)(1+q)1+q=1−q1. La somme est inchangée.
Exemple 3 (Sommation par paquets invalide) :
Soit la série divergente de Grandi ∑n=0∞(−1)n.
En groupant par paquets de deux: vk=u2k+u2k+1=(−1)2k+(−1)2k+1=1−1=0.
La série des paquets ∑vk=∑0 converge vers 0.
Mais si on groupe différemment : u0+(u1+u2)+(u3+u4)+⋯=1+0+0+⋯=1.
La convergence de la série de paquets n’implique pas celle de la série initiale.
Contre-exemples
Réarrangement d’une série Absolument Convergente : La série ∑n2(−1)n est absolument convergente. Tout réarrangement de ses termes convergera vers la même somme.
Réciproque de la sommation par paquets (termes non positifs) : L’exemple 3 ci-dessus est un contre-exemple parfait. La série de paquets converge, mais la série originale diverge.
Concepts Liés
Convergence inconditionnelle : Dans des espaces vectoriels normés de dimension infinie (espaces de Banach), une série est dite inconditionnellement convergente si tous ses réarrangements convergent. Le théorème de Dvoretzky-Rogers stipule que dans un espace de Banach, une série est inconditionnellement convergente si et seulement si elle est absolument convergente.
Partition de l’unité : L’idée de sommer par paquets sur une partition de N est fondamentale dans de nombreux domaines de l’analyse, notamment en théorie de la mesure.
Concept 7: Séries Doubles et Sommabilité
Prérequis
Séries numériques, en particulier séries absolument convergentes
Suites doubles (um,n)(m,n)∈N2
Moyennes arithmétiques
Définition
A. Séries Doubles
Soit une suite double (um,n)(m,n)∈N2 à valeurs dans R ou C. On peut essayer de la sommer de plusieurs manières :
Somme itérée 1 :∑m=0∞(∑n=0∞um,n), si les séries internes (en n) et la série externe (en m) convergent.
Somme itérée 2 :∑n=0∞(∑m=0∞um,n), si les séries internes (en m) et la série externe (en n) convergent.
Somme “totale” : La série ∑k=0∞vk est dite sommable si ∑(m,n)∈N2∣um,n∣<∞.
Théorème 2.6.6 (Théorème de Fubini pour les séries) :
Si la “somme des modules” converge, i.e., si ∑m=0∞(∑n=0∞∣um,n∣)<∞, alors :
Les deux sommes itérées convergent.
Elles sont égales : ∑m=0∞(∑n=0∞um,n)=∑n=0∞(∑m=0∞um,n).
La famille (um,n) est sommable, et la somme peut être calculée en suivant n’importe quel ordre (par exemple, en sommant sur des carrés croissants m,n≤N).
B. Sommabilité de Césaro et Théorèmes Taubériens
Soit ∑un une série et sn=∑k=0nuk ses sommes partielles.
La série est dite Césaro-sommable de somme l si la suite des moyennes de Césaro cn=n+11∑k=0nsk converge vers l.
Un théorème Taubérien est une forme de réciproque : il donne une condition supplémentaire sur (un) sous laquelle la Césaro-sommabilité implique la convergence usuelle.
Théorème 2.6.7 (Théorème Taubérien de Hardy-Littlewood) :
Si la série ∑un est Césaro-sommable vers l et si un=O(1/n), alors la série ∑un converge (au sens usuel) vers l.
Exemples
Exemple 1 (Fubini) :
Soit um,n=qm+n pour ∣q∣<1 et m,n≥0. C’est une série à termes positifs.
L’hypothèse de Fubini est vérifiée. On peut intervertir :
∑m=0∞(∑n=0∞qm+n)=∑m=0∞1−qqm=(1−q)21.
∑n=0∞(∑m=0∞qm+n)=∑n=0∞1−qqn=(1−q)21.
Exemple 2 (Césaro-sommabilité) :
Soit la série de Grandi ∑n=0∞(−1)n. Les sommes partielles sont sn=(1,0,1,0,1,…). La série diverge.
Calculons les moyennes de Césaro :
cn=n+11∑k=0nsk.
Si n est impair, n=2p−1, on a p termes ‘1’ et p termes ‘0’. ∑sk=p. c2p−1=2pp=21.
Si n est pair, n=2p, on a p+1 termes ‘1’ et p termes ‘0’. ∑sk=p+1. c2p=2p+1p+1→21.
Donc limn→∞cn=1/2. La série est Césaro-sommable vers 1/2.
Exemple 3 (Théorème Taubérien) :
La série ∑n=1∞n(−1)n−1 converge vers ln2. Elle est donc Césaro-sommable vers ln2. Elle satisfait la condition taubérienne un=O(1/n). Le théorème de Hardy-Littlewood confirme que la Césaro-sommabilité implique la convergence.
Contre-exemples
Échec de Fubini : Soit la suite double définie par un,n=1, un,n+1=−1 pour n≥0, et um,n=0 sinon.
Somme par lignes : Pour m fixé, ∑num,n=um,m+um,m+1=1−1=0. Donc ∑m(∑num,n)=∑m0=0.
Somme par colonnes : Pour n=0, ∑mum,0=u0,0=1. Pour n>0, ∑mum,n=un,n+un−1,n=1−1=0. Donc ∑n(∑mum,n)=1+0+0+⋯=1.
Les sommes sont différentes. L’hypothèse de Fubini n’est pas vérifiée car ∑m,n∣um,n∣ est la somme de 2 pour chaque n, donc diverge.
Réciproque fausse pour Césaro : La série de Grandi (Exemple 2) est Césaro-sommable mais ne converge pas. La condition taubérienne un=O(1/n) n’est pas vérifiée car ∣un∣=1=O(1/n).
Concepts Liés
Théorèmes de Fubini-Tonelli en théorie de la mesure : Le théorème de Fubini pour les séries est un cas particulier discret du théorème plus général pour les intégrales de Lebesgue sur des espaces produits.
Autres méthodes de sommation : La sommabilité de Césaro est une méthode parmi d’autres (sommation d’Abel, de Borel…) utilisées en analyse pour assigner une valeur à des séries divergentes, avec des applications importantes en physique théorique (e.g., régularisation).
Produit de Cauchy de deux séries : La multiplication de deux séries ∑an et ∑bn donne une série double um,n=ambn. Le théorème de Fubini (via le théorème de Mertens) garantit que si les deux séries convergent absolument, leur produit de Cauchy converge vers le produit de leurs sommes.