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Rappels de logique et suites numériques (A)


Concept 1: Implication, Équivalence et Raisonnements Logiques

Prérequis

  • Notion de proposition : un énoncé qui peut être soit vrai, soit faux.
  • Opérateurs logiques de base : ET (conjonction), OU (disjonction), NON (négation).

Définition

En mathématiques, nous assemblons des propositions pour construire des raisonnements. Deux connecteurs logiques fondamentaux sont l’implication et l’équivalence.

  1. L’Implication (ABA \Rightarrow B)

    Une implication est un énoncé de la forme “Si A est vraie, alors B est vraie”. On la note ABA \Rightarrow B.

    • AA est appelée l’hypothèse ou la prémisse.
    • BB est appelée la conclusion.

    L’implication ABA \Rightarrow B est considérée comme vraie dans tous les cas, sauf un : lorsque l’hypothèse AA est vraie et que la conclusion BB est fausse. Si l’hypothèse AA est fausse, l’implication est toujours vraie, quelle que soit la valeur de vérité de BB.

  2. L’Équivalence (ABA \Leftrightarrow B)

    Une équivalence est un énoncé qui signifie que AA et BB ont la même valeur de vérité. On la note ABA \Leftrightarrow B et on lit ”AA est équivalent à BB” ou ”AA si et seulement si BB”.

    Cela revient à dire que l’implication ABA \Rightarrow B est vraie ET que l’implication réciproque BAB \Rightarrow A est aussi vraie.

    (AB) signifie (AB) et (BA)(A \Leftrightarrow B) \text{ signifie } (A \Rightarrow B) \text{ et } (B \Rightarrow A)

Propriétés Clés

  • Raisonnement direct : Pour prouver ABA \Rightarrow B, on suppose que AA est vraie et on utilise des déductions logiques pour démontrer que BB doit aussi être vraie.

  • La Contraposée : L’implication ABA \Rightarrow B est logiquement équivalente à sa contraposée : non(B)non(A)non(B) \Rightarrow non(A). Démontrer l’une revient à démontrer l’autre. C’est une technique de preuve très utile.

    (AB)(non(B)non(A))(A \Rightarrow B) \Leftrightarrow (non(B) \Rightarrow non(A))

  • Raisonnement par l’absurde : Pour démontrer une proposition PP (qui peut être une implication ABA \Rightarrow B), on suppose que sa négation non(P)non(P) est vraie, et on montre que cette hypothèse mène à une contradiction (un énoncé qui est toujours faux, comme 1=01=0). Si non(P)non(P) mène à une contradiction, alors non(P)non(P) doit être fausse, et donc PP doit être vraie.

    Pour prouver ABA \Rightarrow B, on suppose AA et non(B)non(B) et on cherche une contradiction.

  • Lien avec la théorie des ensembles : Si PP et QQ sont deux ensembles, l’implication logique est directement liée à la notion d’inclusion.

    (xPxQ)(PQ)(x \in P \Rightarrow x \in Q) \Leftrightarrow (P \subset Q)

Exemples

Exemple 1 (Implication simple)

Soient AA la proposition ”xx est un nombre réel tel que x=3x = 3” et BB la proposition "x2=9x^2 = 9".

L’implication ABA \Rightarrow B s’écrit : x=3x2=9x = 3 \Rightarrow x^2 = 9.

Démonstration (directe) : Supposons que l’hypothèse AA soit vraie, c’est-à-dire x=3x = 3. En élevant au carré les deux membres de l’égalité, on obtient x2=32x^2 = 3^2, ce qui donne x2=9x^2 = 9. La conclusion BB est donc vraie. L’implication est correcte.

Exemple 2 (Démonstration par contraposée)

Soit nn un entier. Montrons l’implication : “Si n2n^2 est pair, alors nn est pair”.

L’énoncé est de la forme ABA \Rightarrow B avec A:{n2 est pair}A: \{n^2 \text{ est pair}\} et B:{n est pair}B: \{n \text{ est pair}\}.

Démonstration (par contraposée) : La contraposée est non(B)non(A)non(B) \Rightarrow non(A).

non(B)non(B) est ”nn n’est pas pair”, c’est-à-dire ”nn est impair”.

non(A)non(A) est ”n2n^2 n’est pas pair”, c’est-à-dire ”n2n^2 est impair”.

Nous devons donc prouver : “Si nn est impair, alors n2n^2 est impair”.

Supposons que nn est impair. Alors il existe un entier kk tel que n=2k+1n = 2k + 1.

Calculons n2n^2:

n2=(2k+1)2=4k2+4k+1=2(2k2+2k)+1n^2 = (2k+1)^2 = 4k^2 + 4k + 1 = 2(2k^2 + 2k) + 1

Posons k=2k2+2kk' = 2k^2 + 2k. Comme kk est un entier, kk' est aussi un entier. On a donc n2=2k+1n^2 = 2k' + 1, ce qui prouve que n2n^2 est impair. La contraposée est vraie, donc l’implication initiale est vraie.

Exemple 3 (Équivalence)

Montrons que pour un nombre réel xx, on a l’équivalence : x25x+6=0(x=2 ou x=3)x^2 - 5x + 6 = 0 \Leftrightarrow (x = 2 \text{ ou } x=3).

Démonstration : Nous devons prouver les deux implications.

  1. Sens (\Rightarrow): Supposons x25x+6=0x^2 - 5x + 6 = 0. Le polynôme se factorise en (x2)(x3)(x-2)(x-3). L’équation devient (x2)(x3)=0(x-2)(x-3)=0. Un produit de facteurs est nul si et seulement si l’un des facteurs est nul. Donc, x2=0x-2=0 ou x3=0x-3=0. Cela donne x=2x=2 ou x=3x=3. L’implication est prouvée.

  2. Sens (\Leftarrow): Supposons que x=2x=2 ou x=3x=3.

    • Si x=2x=2, alors x25x+6=225(2)+6=410+6=0x^2 - 5x + 6 = 2^2 - 5(2) + 6 = 4 - 10 + 6 = 0. L’équation est vérifiée.
    • Si x=3x=3, alors x25x+6=325(3)+6=915+6=0x^2 - 5x + 6 = 3^2 - 5(3) + 6 = 9 - 15 + 6 = 0. L’équation est vérifiée.

    Dans les deux cas, la conclusion est vraie. L’implication réciproque est prouvée.

Puisque les deux implications sont vraies, l’équivalence est démontrée.

Contre-exemples

Contre-exemple 1 (Implication réciproque fausse)

Considérons l’implication de l’exemple 1 : x=3x2=9x=3 \Rightarrow x^2=9. L’implication réciproque est x2=9x=3x^2=9 \Rightarrow x=3.

Cette réciproque est fausse. Pour le prouver, il suffit de trouver un contre-exemple : un cas où l’hypothèse (x2=9x^2=9) est vraie mais la conclusion (x=3x=3) est fausse.

Le nombre x=2x=-2 n’est pas un contre-exemple, car l’hypothèse est fausse ((2)2=49(-2)^2 = 4 \ne 9).

Le nombre x=3x=-3 est un contre-exemple car x2=(3)2=9x^2 = (-3)^2 = 9 (hypothèse vraie) mais x=33x=-3 \neq 3 (conclusion fausse).

Comme la réciproque est fausse, on n’a pas l’équivalence x=3x2=9x=3 \Leftrightarrow x^2=9.

Contre-exemple 2 (Confondre implication et causalité)

L’implication "silpleut,alorslesolestmouilleˊs'il pleut, alors le sol est mouillé" est généralement vraie. La réciproque "silesolestmouilleˊ,alorsilpleutsi le sol est mouillé, alors il pleut" est fausse. Le sol peut être mouillé parce que quelqu’un l’a arrosé.

En mathématiques : soit la proposition “Si un entier nn est divisible par 6, alors il est divisible par 3”. C’est vrai.

La réciproque “Si un entier nn est divisible par 3, alors il est divisible par 6” est fausse. Contre-exemple : n=9n=9. Il est divisible par 3 mais pas par 6.

Concepts Connexes

  • Quantificateurs Logiques : Les propositions contiennent souvent des variables. Les quantificateurs (,\forall, \exists) précisent pour quelles valeurs de ces variables la proposition est vraie.
  • Théorie des Ensembles : Les opérations logiques ont des équivalents en théorie des ensembles : l’implication correspond à l’inclusion (\subset), le “ET” à l’intersection (\cap), le “OU” à la réunion (\cup), et la négation au complémentaire.

Concept 2: Quantificateurs Logiques

Prérequis

  • Notion de proposition et d’ensemble.
  • Connaissance des ensembles de nombres usuels (N,Z,Q,R,C\mathbb{N}, \mathbb{Z}, \mathbb{Q}, \mathbb{R}, \mathbb{C}).

Définition

Les quantificateurs sont des symboles logiques qui indiquent le “degré de généralité” d’une proposition qui dépend d’une variable. Ils permettent de transformer un énoncé ouvert (dont la valeur de vérité dépend d’une variable) en une proposition (qui est soit vraie, soit fausse).

  1. Le Quantificateur Universel (\forall)

    Le symbole \forall se lit “pour tout” ou “quel que soit”. Une proposition de la forme "xE,P(x)\forall x \in E, P(x)" affirme que la propriété P(x)P(x) est vraie pour tous les éléments xx de l’ensemble EE. Pour que cette proposition soit vraie, il ne faut aucune exception.

  2. Le Quantificateur Existentiel (\exists)

    Le symbole \exists se lit “il existe”. Une proposition de la forme "xE,P(x)\exists x \in E, P(x)" affirme qu’il existe au moins un élément xx dans l’ensemble EE pour lequel la propriété P(x)P(x) est vraie. Pour que cette proposition soit vraie, un seul exemple suffit.

  3. Le Quantificateur d’Unicité (!\exists!)

    Le symbole !\exists! se lit “il existe un unique”. La proposition "!xE,P(x)\exists! x \in E, P(x)" affirme qu’il y a un et un seul élément xx dans EE qui vérifie P(x)P(x).

Propriétés Clés

  • L’ordre des quantificateurs est crucial : Inverser l’ordre de deux quantificateurs de nature différente (\forall et \exists) change radicalement le sens de la proposition.

    • xE,yF,P(x,y)\forall x \in E, \exists y \in F, P(x, y) signifie que pour chaque xx, on peut trouver un yy (qui peut dépendre de xx) tel que P(x,y)P(x, y) soit vraie.
    • yF,xE,P(x,y)\exists y \in F, \forall x \in E, P(x, y) signifie qu’il existe un yy “universel” qui fonctionne pour tous les xx à la fois. C’est une affirmation beaucoup plus forte.
  • Négation d’une proposition quantifiée : Pour nier une proposition commençant par des quantificateurs, on applique les règles suivantes :

    • La négation de \forall est \exists.
    • La négation de \exists est \forall.
    • On nie la proposition qui suit les quantificateurs.

    Exemple : non(xE,P(x))non(\forall x \in E, P(x)) est xE,non(P(x))\exists x \in E, non(P(x)).

    Exemple : non(xE,P(x))non(\exists x \in E, P(x)) est xE,non(P(x))\forall x \in E, non(P(x)).

  • Contre-exemple : Pour démontrer qu’une proposition universelle "xE,P(x)\forall x \in E, P(x)" est fausse, il suffit de trouver un seul élément x0Ex_0 \in E pour lequel P(x0)P(x_0) est fausse. Cet élément x0x_0 est appelé un contre-exemple. C’est la mise en pratique de la règle de négation.

Exemples

Exemple 1 (Quantificateur universel)

Considérons la proposition P1:xR,x20P_1 : \forall x \in \mathbb{R}, x^2 \ge 0.

Cette proposition affirme que le carré de n’importe quel nombre réel est positif ou nul. C’est une propriété fondamentale de R\mathbb{R}, donc la proposition P1P_1 est vraie.

Exemple 2 (Quantificateur existentiel et unicité)

Considérons les propositions suivantes dans R\mathbb{R}:

  • P2:xR,x24=0P_2 : \exists x \in \mathbb{R}, x^2 - 4 = 0. Cette proposition est vraie, car on peut trouver au moins une solution. Par exemple, x=2x=2 fonctionne (224=02^2-4=0). x=2x=-2 fonctionne aussi.
  • P3:!xR,x24=0P_3 : \exists! x \in \mathbb{R}, x^2 - 4 = 0. Cette proposition est fausse, car il y a deux solutions (22 et 2-2), et non une seule.
  • P4:!xR,2x+6=0P_4 : \exists! x \in \mathbb{R}, 2x + 6 = 0. Cette proposition est vraie, car l’unique solution est x=3x=-3.

Exemple 3 (Ordre des quantificateurs)

Comparons les deux propositions suivantes pour des fonctions f:RRf: \mathbb{R} \to \mathbb{R}:

  • P5:xR,MR,f(x)MP_5: \forall x \in \mathbb{R}, \exists M \in \mathbb{R}, f(x) \le M.

    Cette proposition est toujours vraie pour n’importe quelle fonction ff. Pour un xx donné, f(x)f(x) est un nombre réel. On peut toujours choisir M=f(x)M = f(x) ou M=f(x)+1M = f(x)+1, et l’inégalité sera vérifiée. Le choix de MM dépend de xx.

  • P6:MR,xR,f(x)MP_6: \exists M \in \mathbb{R}, \forall x \in \mathbb{R}, f(x) \le M.

    Cette proposition signifie que la fonction ff est majorée. Elle est vraie pour certaines fonctions (par exemple f(x)=x2f(x) = -x^2, on peut prendre M=0M=0) mais fausse pour d’autres (par exemple f(x)=xf(x)=x, qui n’est pas majorée sur R\mathbb{R}).

L’inversion des quantificateurs a changé une proposition toujours vraie en une qui définit une propriété spécifique (être majorée).

Contre-exemples

Contre-exemple 1 (Démontrer qu’une proposition universelle est fausse)

Considérons la proposition P:nN,n2+n+41P : \forall n \in \mathbb{N}, n^2+n+41 est un nombre premier.

Testons les premières valeurs de nn:

  • n=0:41n=0 : 41 (premier)
  • n=1:1+1+41=43n=1 : 1+1+41 = 43 (premier)
  • n=2:4+2+41=47n=2 : 4+2+41 = 47 (premier)

  • n=39:392+39+41=1521+39+41=1601n=39 : 39^2+39+41 = 1521+39+41 = 1601 (premier)

La proposition semble vraie. Cependant, pour la prouver, il faudrait un raisonnement général. Pour la réfuter, un seul contre-exemple suffit.

Cherchons un contre-exemple. Essayons n=40n=40:

402+40+41=1600+40+41=168140^2 + 40 + 41 = 1600 + 40 + 41 = 1681.

Or, 1681=412=41×411681 = 41^2 = 41 \times 41. Ce n’est pas un nombre premier.

Donc, n=40n=40 est un contre-exemple. La proposition PP est fausse.

Contre-exemple 2 (Négation d’une proposition)

Soit la définition (simplifiée) de la convergence d’une suite (un)(u_n) vers 0 : ϵ>0,NN,nN,unϵ\forall \epsilon > 0, \exists N \in \mathbb{N}, \forall n \ge N, |u_n| \le \epsilon.

Considérons la suite un=(1)nu_n = (-1)^n. Montrons qu’elle ne converge pas vers 0 en prouvant que la proposition de convergence est fausse.

La négation de cette proposition est :

non(ϵ>0,)ϵ>0,non(N,)ϵ>0,NN,non(nN,)ϵ>0,NN,nN,non(unϵ)non(\forall \epsilon > 0, \dots) \equiv \exists \epsilon > 0, non(\exists N, \dots) \equiv \exists \epsilon > 0, \forall N \in \mathbb{N}, non(\forall n \ge N, \dots) \equiv \exists \epsilon > 0, \forall N \in \mathbb{N}, \exists n \ge N, non(|u_n| \le \epsilon).

Soit ϵ>0,NN,nN,un>ϵ\exists \epsilon > 0, \forall N \in \mathbb{N}, \exists n \ge N, |u_n| > \epsilon.

Pour montrer que la négation est vraie, nous devons trouver un ϵ\epsilon qui fonctionne. Choisissons ϵ=1/2\epsilon = 1/2.

Maintenant, nous devons montrer que pour n’importe quel NNN \in \mathbb{N}, on peut trouver un entier nNn \ge N tel que (1)n>1/2|(-1)^n| > 1/2.

Quel que soit NN, on peut toujours choisir n=Nn=N (ou n’importe quel entier plus grand). Pour ce nn, on a un=(1)n=1|u_n| = |(-1)^n| = 1.

Et 1>1/21 > 1/2.

Donc, la négation est vraie. La suite ne converge pas vers 0.

Concepts Connexes

  • Démonstration : La plupart des théorèmes mathématiques sont des propositions universelles. Leur preuve nécessite un raisonnement général, pas seulement des exemples.
  • Analyse (Continuité, Limites) : Les définitions formelles en analyse sont un champ d’application majeur des quantificateurs, notamment avec l’alternance ϵ,α,\forall \epsilon, \exists \alpha, \dots.

Concept 3: Raisonnement par Récurrence

Prérequis

  • Logique de base (implication).
  • Manipulation des expressions algébriques (sommes, factorisation).
  • Ensemble des entiers naturels N={0,1,2,}\mathbb{N} = \{0, 1, 2, \dots\}.

Définition

Le raisonnement par récurrence (ou induction mathématique) est une technique de démonstration utilisée pour prouver qu’une propriété P(n)P(n) est vraie pour tous les entiers naturels nn à partir d’un certain rang n0n_0.

Un raisonnement par récurrence se déroule en deux étapes fondamentales :

  1. Initialisation (ou cas de base) : On vérifie que la propriété P(n0)P(n_0) est vraie pour le premier entier concerné, n0n_0 (souvent n0=0n_0=0 ou n0=1n_0=1).

  2. Hérédité (ou pas de récurrence) : On suppose que la propriété P(k)P(k) est vraie pour un entier quelconque kn0k \ge n_0. Cette supposition est appelée l’hypothèse de récurrence (HR). À partir de cette hypothèse, on démontre que la propriété est également vraie pour l’entier suivant, c’est-à-dire que P(k+1)P(k+1) est vraie. On prouve donc l’implication P(k)P(k+1)P(k) \Rightarrow P(k+1) pour tout kn0k \ge n_0.

Si ces deux étapes sont validées, on peut conclure que la propriété P(n)P(n) est vraie pour tous les entiers nn0n \ge n_0. L’idée est que si la propriété est vraie au début et que l’on sait passer d’un rang au suivant, on peut “atteindre” tous les entiers de proche en proche.

Il existe une variante, la récurrence forte, où l’hypothèse de récurrence consiste à supposer que P(i)P(i) est vraie pour tous les entiers ii de n0n_0 à kk, pour en déduire P(k+1)P(k+1).

Propriétés Clés

  • Domaine de validité : La récurrence prouve la propriété pour tous les entiers à partir du cas de base n0n_0.
  • Hypothèse de récurrence : C’est le cœur du raisonnement. On ne démontre pas P(k)P(k), on le suppose pour démontrer P(k+1)P(k+1). C’est la structure de l’implication ABA \Rightarrow BA=P(k)A=P(k) et B=P(k+1)B=P(k+1).
  • Structure de la preuve d’hérédité :
    • Énoncer clairement l’hypothèse de récurrence pour un entier kk fixé.
    • Énoncer ce que l’on veut démontrer (la propriété au rang k+1k+1).
    • Partir d’un côté de l’expression de P(k+1)P(k+1) et utiliser l’hypothèse de récurrence pour la transformer et arriver à l’autre côté.

Exemples

Exemple 1 (Somme des entiers impairs)

Prouvons que pour tout entier n1n \ge 1, la somme des nn premiers entiers impairs est égale à n2n^2.

Soit P(n)P(n) la proposition : 1+3+5++(2n1)=i=1n(2i1)=n21 + 3 + 5 + \dots + (2n-1) = \sum_{i=1}^{n} (2i-1) = n^2.

  1. Initialisation (n0=1n_0=1) : Pour n=1n=1, la somme se réduit à son premier terme, 1. D’autre part, 12=11^2 = 1. On a bien 1=11 = 1, donc P(1)P(1) est vraie.

  2. Hérédité : Soit k1k \ge 1 un entier quelconque.

    Hypothèse de récurrence (HR) : Supposons que P(k)P(k) est vraie, c’est-à-dire i=1k(2i1)=k2\sum_{i=1}^{k} (2i-1) = k^2.

    But : Montrons que P(k+1)P(k+1) est vraie, c’est-à-dire i=1k+1(2i1)=(k+1)2\sum_{i=1}^{k+1} (2i-1) = (k+1)^2.

    Calculons la somme au rang k+1k+1:

    i=1k+1(2i1)=1+3++(2k1)somme jusqu’aˋ k+(2(k+1)1)terme suivant\sum_{i=1}^{k+1} (2i-1) = \underbrace{1 + 3 + \dots + (2k-1)}_{\text{somme jusqu'à k}} + \underbrace{(2(k+1)-1)}_{\text{terme suivant}}

    =(i=1k(2i1))+(2k+21)= \left( \sum_{i=1}^{k} (2i-1) \right) + (2k+2-1)

    En utilisant l’HR, on remplace la première partie par k2k^2:

    =k2+(2k+1)= k^2 + (2k+1)

    On reconnaît une identité remarquable :

    k2+2k+1=(k+1)2k^2 + 2k + 1 = (k+1)^2

    Nous avons bien montré que i=1k+1(2i1)=(k+1)2\sum_{i=1}^{k+1} (2i-1) = (k+1)^2. Donc P(k+1)P(k+1) est vraie.

Conclusion : Par le principe de récurrence, la propriété P(n)P(n) est vraie pour tout entier n1n \ge 1.

Exemple 2 (Inégalité de Bernoulli)

Prouvons que pour tout x1x \ge -1 réel et tout entier n0n \ge 0, on a (1+x)n1+nx(1+x)^n \ge 1+nx.

Soit x1x \ge -1 fixé. Soit P(n)P(n) la proposition : (1+x)n1+nx(1+x)^n \ge 1+nx.

  1. Initialisation (n0=0n_0=0) : Pour n=0n=0, on a (1+x)0=1(1+x)^0 = 1 et 1+0x=11+0x = 1. L’inégalité 111 \ge 1 est vraie. Donc P(0)P(0) est vraie.

  2. Hérédité : Soit k0k \ge 0 un entier.

    HR : Supposons P(k)P(k) vraie : (1+x)k1+kx(1+x)^k \ge 1+kx.

    But : Montrons P(k+1)P(k+1) vraie : (1+x)k+11+(k+1)x(1+x)^{k+1} \ge 1+(k+1)x.

    Partons du membre de gauche de P(k+1)P(k+1):

    (1+x)k+1=(1+x)k(1+x)(1+x)^{k+1} = (1+x)^k \cdot (1+x)

    Puisque x1x \ge -1, on a 1+x01+x \ge 0. On peut donc multiplier l’inégalité de l’HR par (1+x)(1+x) sans changer le sens de l’inégalité :

    (1+x)k(1+x)(1+kx)(1+x)(1+x)^k \cdot (1+x) \ge (1+kx) \cdot (1+x)

    Développons le membre de droite :

    (1+kx)(1+x)=1+x+kx+kx2=1+(k+1)x+kx2(1+kx)(1+x) = 1 + x + kx + kx^2 = 1 + (k+1)x + kx^2

    On a donc (1+x)k+11+(k+1)x+kx2(1+x)^{k+1} \ge 1 + (k+1)x + kx^2.

    Comme k0k \ge 0 et x20x^2 \ge 0, le terme kx2kx^2 est toujours positif ou nul (kx20kx^2 \ge 0).

    Donc, 1+(k+1)x+kx21+(k+1)x1 + (k+1)x + kx^2 \ge 1 + (k+1)x.

    Par transitivité, on obtient :

    (1+x)k+11+(k+1)x(1+x)^{k+1} \ge 1 + (k+1)x

    Donc P(k+1)P(k+1) est vraie.

Conclusion : Par récurrence, l’inégalité est vraie pour tout entier n0n \ge 0.

Exemple 3 (Divisibilité)

Montrons que pour tout nNn \in \mathbb{N}, 32n13^{2n} - 1 est divisible par 8.

Soit P(n)P(n) : ”32n13^{2n} - 1 est un multiple de 8”.

  1. Initialisation (n=0n=0) : 3201=301=11=03^{2 \cdot 0} - 1 = 3^0 - 1 = 1 - 1 = 0. Or 0=8×00 = 8 \times 0, donc 0 est divisible par 8. P(0)P(0) est vraie.

  2. Hérédité : Soit kNk \in \mathbb{N}.

    HR : Supposons P(k)P(k) vraie, c’est-à-dire qu’il existe un entier qq tel que 32k1=8q3^{2k} - 1 = 8q.

    But : Montrer que P(k+1)P(k+1) est vraie, c’est-à-dire que 32(k+1)13^{2(k+1)}-1 est divisible par 8.

    Calculons l’expression au rang k+1k+1:

    32(k+1)1=32k+21=32k321=932k13^{2(k+1)} - 1 = 3^{2k+2} - 1 = 3^{2k} \cdot 3^2 - 1 = 9 \cdot 3^{2k} - 1

    L’astuce est de faire apparaître l’expression de l’HR. On a 32k=8q+13^{2k} = 8q + 1. Substituons :

    9(8q+1)1=72q+91=72q+8=8(9q+1)9 \cdot (8q+1) - 1 = 72q + 9 - 1 = 72q + 8 = 8(9q+1)

    Puisque qq est un entier, 9q+19q+1 est aussi un entier. On a donc montré que 32(k+1)13^{2(k+1)}-1 est un multiple de 8. P(k+1)P(k+1) est vraie.

Conclusion : Par récurrence, 32n13^{2n}-1 est divisible par 8 pour tout nNn \in \mathbb{N}.

Contre-exemples

Contre-exemple 1 (Hérédité seule ne suffit pas)

Considérons la proposition P(n)P(n) : "n=n+1n = n+1".

Hérédité : Supposons P(k)P(k) vraie pour un entier kk, c’est-à-dire k=k+1k = k+1. Ajoutons 1 des deux côtés : k+1=(k+1)+1k+1 = (k+1)+1. C’est exactement la proposition P(k+1)P(k+1). Donc l’hérédité P(k)P(k+1)P(k) \Rightarrow P(k+1) est prouvée.

Cependant, la proposition P(n)P(n) est manifestement fausse. Le problème est que l’initialisation est impossible. Pour n=0n=0, P(0)P(0) est "0=10=1", ce qui est faux. Sans un point de départ vrai, la “chaîne de dominos” de la récurrence ne peut pas commencer à tomber.

Contre-exemple 2 (Raisonnement d’hérédité défectueux)

Tentons de “prouver” par récurrence que tous les chevaux ont la même couleur.

Soit P(n)P(n) : “Dans tout groupe de nn chevaux, tous les chevaux ont la même couleur.”

  1. Initialisation (n=1n=1) : Dans un groupe d’un seul cheval, tous les chevaux (il n’y en a qu’un) ont la même couleur. P(1)P(1) est vraie.

  2. Hérédité : Supposons P(k)P(k) vraie pour un k1k \ge 1.

    Considérons un groupe de k+1k+1 chevaux {C1,C2,,Ck,Ck+1}\{C_1, C_2, \dots, C_k, C_{k+1}\}.

    • Le sous-groupe {C1,,Ck}\{C_1, \dots, C_k\} est un groupe de kk chevaux. Par HR, ils ont tous la même couleur.
    • Le sous-groupe {C2,,Ck+1}\{C_2, \dots, C_{k+1}\} est aussi un groupe de kk chevaux. Par HR, ils ont tous la même couleur.

    Comme le cheval C2C_2 est dans les deux groupes, sa couleur est la même que celle des chevaux de {C1,,Ck}\{C_1, \dots, C_k\} et aussi la même que celle des chevaux de {C2,,Ck+1}\{C_2, \dots, C_{k+1}\}. Par transitivité, les k+1k+1 chevaux ont tous la même couleur.

Le défaut : Le raisonnement qui lie les deux sous-groupes via un cheval commun ne fonctionne que si les deux sous-groupes ont une intersection non vide. L’intersection est {C2,,Ck}\{C_2, \dots, C_k\}. Pour que cette intersection ne soit pas vide, il faut que k2k \ge 2. Le passage de k=1k=1 à k+1=2k+1=2 est donc défectueux. Pour k=1k=1, les deux sous-groupes sont {C1}\{C_1\} et {C2}\{C_2\}, et ils sont disjoints. La logique s’effondre.

Concepts Connexes

  • Suites définies par récurrence : Les suites de la forme un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n) sont intrinsèquement liées à la récurrence, qui est souvent utilisée pour prouver des propriétés de leurs termes (signe, monotonie, etc.).
  • Axiomes de Peano : Le principe de récurrence est l’un des axiomes qui définissent formellement l’ensemble des entiers naturels.

Concept 4: Suites Numériques : Définitions et Convergence

Prérequis

  • Notion de fonction et d’ensemble (en particulier N,R,C\mathbb{N}, \mathbb{R}, \mathbb{C}).
  • Notion de valeur absolue sur R\mathbb{R} et de module sur C\mathbb{C}.

Définition

  1. Suite Numérique

    Une suite numérique est une fonction dont l’ensemble de départ est l’ensemble des entiers naturels N\mathbb{N} (ou une partie de N\mathbb{N} comme {nNnn0}\{n \in \mathbb{N} \mid n \ge n_0\}) et dont l’ensemble d’arrivée est un corps de nombres K\mathbb{K} (typiquement R\mathbb{R} ou C\mathbb{C}).

    s:NKs: \mathbb{N} \to \mathbb{K}

    ns(n)n \mapsto s(n)

    On note l’image de l’entier nn par sns_n plutôt que s(n)s(n). La suite elle-même est notée (sn)nN(s_n)_{n \in \mathbb{N}}, (sn)n0(s_n)_{n \ge 0}, ou simplement (sn)(s_n).

    • Si K=R\mathbb{K} = \mathbb{R}, on parle de suite réelle.
    • Si K=C\mathbb{K} = \mathbb{C}, on parle de suite complexe.
  2. Suite Majorée, Minorée, Bornée

    • Une suite réelle (sn)(s_n) est majorée s’il existe un réel MM tel que pour tout nNn \in \mathbb{N}, snMs_n \le M. MM est un majorant de la suite.
    • Une suite réelle (sn)(s_n) est minorée s’il existe un réel mm tel que pour tout nNn \in \mathbb{N}, snms_n \ge m. mm est un minorant de la suite.
    • Une suite réelle ou complexe (sn)(s_n) est bornée s’il existe un réel positif AA tel que pour tout nNn \in \mathbb{N}, snA|s_n| \le A. Pour une suite réelle, être bornée équivaut à être à la fois majorée et minorée.
  3. Convergence d’une Suite

    Une suite (sn)(s_n) est dite convergente vers une limite lKl \in \mathbb{K} si ses termes deviennent “arbitrairement proches” de ll à mesure que nn devient “suffisamment grand”.

    La définition formelle, dite “en ϵN\epsilon-N”, est :

    La suite (sn)nN(s_n)_{n \in \mathbb{N}} converge vers lKl \in \mathbb{K} si :

    ϵ>0,NN,nN,(nNsnlϵ)\forall \epsilon > 0, \exists N \in \mathbb{N}, \forall n \in \mathbb{N}, (n \ge N \Rightarrow |s_n - l| \le \epsilon)

    On note alors limn+sn=l\lim_{n \to +\infty} s_n = l ou snn+ls_n \xrightarrow[n \to +\infty]{} l.

    Une suite qui ne converge pas est dite divergente.

Explications Détaillées

La définition de la convergence est centrale en analyse. Décortiquons-la :

  • ϵ>0\forall \epsilon > 0 : “Pour n’importe quelle marge d’erreur ϵ\epsilon que vous me donnez, aussi petite soit-elle…”. ϵ\epsilon représente la distance maximale autorisée entre les termes de la suite et la limite ll. On peut voir l’intervalle [lϵ,l+ϵ][l-\epsilon, l+\epsilon] comme un “tube” ou un “corridor” autour de la limite ll.
  • NN\exists N \in \mathbb{N} : “…je peux trouver un rang NN…”. Ce rang NN dépend du ϵ\epsilon choisi. Si ϵ\epsilon est très petit, NN devra probablement être très grand.
  • nNsnlϵ\forall n \ge N \Rightarrow |s_n - l| \le \epsilon : “…tel qu’à partir de ce rang NN, tous les termes suivants de la suite sns_n se trouvent dans le corridor [lϵ,l+ϵ][l-\epsilon, l+\epsilon]”. La condition snlϵ|s_n - l| \le \epsilon signifie que la distance entre sns_n et ll est inférieure ou égale à ϵ\epsilon.

En résumé, la convergence signifie que peu importe la taille du “corridor” autour de la limite ll, la suite finit par y entrer et ne plus jamais en sortir.

Exemples

Exemple 1 (Suite convergente simple)

Considérons la suite réelle (sn)n1(s_n)_{n \ge 1} définie par sn=1ns_n = \frac{1}{n}. Montrons qu’elle converge vers l=0l=0.

Soit ϵ>0\epsilon > 0 un réel quelconque. Nous devons trouver un entier NN tel que pour tout nNn \ge N, on ait sn0ϵ|s_n - 0| \le \epsilon.

La condition est 1n0ϵ|\frac{1}{n} - 0| \le \epsilon, ce qui est équivalent à 1nϵ\frac{1}{n} \le \epsilon (car n1>0n \ge 1 > 0).

En inversant (et en changeant le sens de l’inégalité car les termes sont positifs), on obtient n1ϵn \ge \frac{1}{\epsilon}.

Il suffit donc de choisir un entier NN qui soit plus grand que 1ϵ\frac{1}{\epsilon}. Par exemple, on peut prendre N=1ϵ+1N = \lfloor \frac{1}{\epsilon} \rfloor + 1 (partie entière + 1).

Pour ce choix de NN, si nNn \ge N, alors n1ϵn \ge \frac{1}{\epsilon}, et donc 1nϵ\frac{1}{n} \le \epsilon.

La définition est satisfaite, donc limn+1n=0\lim_{n \to +\infty} \frac{1}{n} = 0.

Exemple 2 (Suite constante)

Soit la suite (sn)nN(s_n)_{n \in \mathbb{N}} définie par sn=cs_n = c pour tout nn, où cc est une constante. Cette suite converge vers l=cl=c.

Soit ϵ>0\epsilon > 0. On cherche NN tel que pour nNn \ge N, sncϵ|s_n - c| \le \epsilon.

snc=cc=0|s_n - c| = |c - c| = 0.

Puisque 0ϵ0 \le \epsilon pour n’importe quel ϵ>0\epsilon > 0, la condition est toujours vérifiée. On peut donc choisir n’importe quel NN, par exemple N=0N=0. La suite converge bien vers cc.

Exemple 3 (Suite bornée mais divergente)

Considérons la suite sn=(1)ns_n = (-1)^n. Ses termes sont 1,1,1,1,-1, 1, -1, 1, \dots.

  • Bornée : La suite est bornée car pour tout nn, sn=(1)n=1|s_n| = |(-1)^n| = 1. On peut prendre A=1A=1. Elle est majorée par 1 et minorée par -1.

  • Divergente : Montrons qu’elle ne converge pas. Raisonnons par l’absurde. Supposons qu’elle converge vers une limite ll.

    Prenons ϵ=1/2\epsilon = 1/2. Selon la définition de la convergence, il devrait exister un rang NN tel que pour tout nNn \ge N, snl1/2|s_n - l| \le 1/2.

    Cela signifie que tous les termes sns_n pour nNn \ge N doivent être dans l’intervalle [l1/2,l+1/2][l-1/2, l+1/2], de longueur 1.

    Or, pour nNn \ge N, la suite prend une infinité de fois la valeur 1 et une infinité de fois la valeur -1.

    On devrait donc avoir simultanément :

    • 1l1/2    l[1/2,3/2]|1 - l| \le 1/2 \implies l \in [1/2, 3/2]
    • 1l1/2    l[3/2,1/2]|-1 - l| \le 1/2 \implies l \in [-3/2, -1/2]

    Ces deux intervalles sont disjoints. Il est impossible pour ll d’appartenir aux deux en même temps. C’est une contradiction.

    Donc, la suite (sn)(s_n) ne converge pas, elle est divergente.

Contre-exemples

Contre-exemple 1 (Suite non bornée)

La suite sn=ns_n = n pour nNn \in \mathbb{N} est 0,1,2,3,0, 1, 2, 3, \dots.

Elle n’est pas majorée : pour tout réel MM, on peut trouver un entier nn (par exemple n=M+1n = \lfloor M \rfloor + 1) tel que sn>Ms_n > M.

Puisqu’elle n’est pas bornée, elle ne peut pas être convergente (voir Concept 5). Elle est donc divergente. (On dira plus tard qu’elle tend vers ++\infty).

Contre-exemple 2 (Suite complexe)

La suite sn=ins_n = i^n dans C\mathbb{C}. Ses termes sont i,1,i,1,i,i, -1, -i, 1, i, \dots.

Elle est bornée car sn=in=in=1n=1|s_n| = |i^n| = |i|^n = 1^n = 1.

Cependant, elle est divergente. Comme pour sn=(1)ns_n=(-1)^n, les termes sautent entre quatre valeurs distinctes et ne se rapprochent d’aucune valeur unique.

Concepts Connexes

  • Propriétés des Suites Convergentes : Unicité de la limite, opérations sur les limites.
  • Critères de Convergence : Méthodes pour prouver la convergence sans utiliser directement la définition (théorème de la convergence monotone, critère de Cauchy).
  • Séries Numériques : Une série est la suite des sommes partielles des termes d’une autre suite. La convergence des séries est définie par la convergence de cette suite de sommes.

Concept 5: Propriétés des Suites Convergentes

Prérequis

  • Définition de la convergence d’une suite.
  • Propriétés de la valeur absolue et de l’inégalité triangulaire : a+ba+b|a+b| \le |a|+|b|.
  • Notion de fonction continue.

Définition

Les suites convergentes possèdent plusieurs propriétés fondamentales qui permettent de les manipuler et de calculer leurs limites sans revenir systématiquement à la définition en ϵN\epsilon-N.

Propriétés Clés

  1. Unicité de la limite

    Si une suite (sn)(s_n) converge, sa limite est unique.

    Démonstration (par l’absurde) : Supposons que (sn)(s_n) converge vers deux limites distinctes ll et ll'. Soit ϵ=ll2>0\epsilon = \frac{|l-l'|}{2} > 0.

    Puisque snls_n \to l, il existe N1N_1 tel que pour nN1n \ge N_1, snlϵ|s_n - l| \le \epsilon.

    Puisque snls_n \to l', il existe N2N_2 tel que pour nN2n \ge N_2, snlϵ|s_n - l'| \le \epsilon.

    Pour nmax(N1,N2)n \ge \max(N_1, N_2), les deux conditions sont vraies. On a alors :

    ll=lsn+snllsn+snlϵ+ϵ=2ϵ=ll|l-l'| = |l - s_n + s_n - l'| \le |l - s_n| + |s_n - l'| \le \epsilon + \epsilon = 2\epsilon = |l-l'|.

    On obtient llll|l-l'| \le |l-l'|. Pour obtenir une contradiction, il faut utiliser des inégalités strictes. Reprenons avec ϵ=ll3\epsilon = \frac{|l-l'|}{3}.

    Pour nmax(N1,N2)n \ge \max(N_1, N_2), on a llsnl+snl<ϵ+ϵ=2ϵ=23ll|l-l'| \le |s_n - l| + |s_n - l'| < \epsilon + \epsilon = 2\epsilon = \frac{2}{3}|l-l'|.

    L’inégalité ll<23ll|l-l'| < \frac{2}{3}|l-l'| est impossible pour ll>0|l-l'|>0. Contradiction. Donc l=ll=l'.

  2. Toute suite convergente est bornée

    Si (sn)(s_n) converge vers ll, alors la suite (sn)(s_n) est bornée. La réciproque est fausse.

    Démonstration : Prenons ϵ=1\epsilon=1. Il existe NN tel que pour nNn \ge N, snl1|s_n-l| \le 1, ce qui implique (par inégalité triangulaire inversée) snlsnl1|s_n| - |l| \le |s_n-l| \le 1, donc snl+1|s_n| \le |l|+1.

    Les termes de la suite sont donc tous bornés par l+1|l|+1 à partir du rang NN. Les premiers termes s0,s1,,sN1s_0, s_1, \dots, s_{N-1} sont en nombre fini, donc leur ensemble est borné.

    La suite entière est donc bornée par A=max(s0,s1,,sN1,l+1)A = \max(|s_0|, |s_1|, \dots, |s_{N-1}|, |l|+1).

  3. Opérations sur les limites (Algèbre des limites)

    Soient (sn)(s_n) et (tn)(t_n) deux suites convergeant respectivement vers ll et ll'. Alors :

    • Somme : (sn+tn)(s_n + t_n) converge vers l+ll+l'.
    • Produit par un scalaire : Pour λK\lambda \in \mathbb{K}, (λsn)(\lambda s_n) converge vers λl\lambda l.
    • Produit : (sntn)(s_n \cdot t_n) converge vers lll \cdot l'.
    • Inverse : Si l0l \ne 0 (et sn0s_n \ne 0 pour nn assez grand), (1/sn)(1/s_n) converge vers 1/l1/l.
    • Quotient : Si l0l' \ne 0, (sn/tn)(s_n/t_n) converge vers l/ll/l'.
  4. Composition avec une fonction continue

    Si (sn)(s_n) converge vers ll et que ff est une fonction continue en ll, alors la suite (f(sn))(f(s_n)) converge vers f(l)f(l).

  5. Convergence des suites complexes

    Une suite complexe sn=an+ibns_n = a_n + i b_n (où an=R(sn)a_n = \mathcal{R}(s_n) et bn=I(sn)b_n = \mathcal{I}(s_n) sont réelles) converge vers l=a+ibl = a+ib si et seulement si la suite réelle (an)(a_n) converge vers aa ET la suite réelle (bn)(b_n) converge vers bb.

  6. Théorème de Cesàro

    Si une suite (sn)(s_n) converge vers une limite ll, alors la suite de ses moyennes arithmétiques (cn)(c_n), définie par cn=s1+s2++snnc_n = \frac{s_1+s_2+\dots+s_n}{n}, converge aussi vers ll. La réciproque est fausse.

Exemples

Exemple 1 (Utilisation de l’algèbre des limites)

Calculer la limite de la suite sn=3n24n+12n2+5s_n = \frac{3n^2 - 4n + 1}{2n^2 + 5}.

On ne peut pas appliquer directement le théorème sur le quotient car numérateur et dénominateur tendent vers l’infini. L’astuce est de factoriser par le terme de plus haut degré :

sn=n2(34/n+1/n2)n2(2+5/n2)=34/n+1/n22+5/n2s_n = \frac{n^2(3 - 4/n + 1/n^2)}{n^2(2 + 5/n^2)} = \frac{3 - 4/n + 1/n^2}{2 + 5/n^2}

On sait que limn+1/n=0\lim_{n \to +\infty} 1/n = 0 et limn+1/n2=0\lim_{n \to +\infty} 1/n^2 = 0.

En utilisant les propriétés de la somme et du produit par un scalaire :

  • Le numérateur Nn=34/n+1/n2N_n = 3 - 4/n + 1/n^2 converge vers 34(0)+0=33 - 4(0) + 0 = 3.
  • Le dénominateur Dn=2+5/n2D_n = 2 + 5/n^2 converge vers 2+5(0)=22 + 5(0) = 2.

Comme la limite du dénominateur est non nulle, on peut utiliser la propriété du quotient :

limn+sn=limNnlimDn=32\lim_{n \to +\infty} s_n = \frac{\lim N_n}{\lim D_n} = \frac{3}{2}

Exemple 2 (Composition avec une fonction continue)

Calculer la limite de la suite tn=cos(πn)t_n = \cos(\frac{\pi}{n}).

La suite sn=πns_n = \frac{\pi}{n} converge vers l=0l=0.

La fonction f(x)=cos(x)f(x) = \cos(x) est continue sur R\mathbb{R}, donc en particulier en x=0x=0.

Par le théorème de composition, la suite (f(sn))=(cos(πn))(f(s_n)) = (\cos(\frac{\pi}{n})) converge vers f(l)=cos(0)=1f(l) = \cos(0) = 1.

Exemple 3 (Moyenne de Cesàro)

Soit la suite (sn)(s_n) définie par sn=n+1ns_n = \frac{n+1}{n}. On a limn+sn=limn(1+1/n)n=1\lim_{n \to +\infty} s_n = \lim \frac{n(1+1/n)}{n} = 1.

Le théorème de Cesàro nous assure que la suite des moyennes (cn)(c_n) converge aussi vers 1, sans avoir à la calculer explicitement.

Vérifions : cn=1nk=1nk+1k=1nk=1n(1+1k)=1n(n+k=1n1k)=1+Hnnc_n = \frac{1}{n}\sum_{k=1}^n \frac{k+1}{k} = \frac{1}{n}\sum_{k=1}^n (1+\frac{1}{k}) = \frac{1}{n}(n + \sum_{k=1}^n \frac{1}{k}) = 1 + \frac{H_n}{n}, où HnH_n est la n-ième somme harmonique.

On sait (ou on admet) que Hnln(n)H_n \sim \ln(n), donc Hnnln(n)n0\frac{H_n}{n} \sim \frac{\ln(n)}{n} \to 0. Donc limcn=1\lim c_n = 1.

Contre-exemples

Contre-exemple 1 (La réciproque de “convergente \Rightarrow bornée” est fausse)

La suite sn=(1)ns_n = (-1)^n est bornée car sn=11|s_n| = 1 \le 1. Cependant, comme nous l’avons vu, elle est divergente. Être bornée est une condition nécessaire pour la convergence, mais pas suffisante.

Contre-exemple 2 (La réciproque du théorème de Cesàro est fausse)

Considérons la suite sn=(1)n+1s_n = (-1)^{n+1}, soit 1,1,1,1,1, -1, 1, -1, \dots. Elle est divergente.

Calculons la suite de ses moyennes (cn)(c_n):

  • c1=1c_1 = 1
  • c2=(11)/2=0c_2 = (1-1)/2 = 0
  • c3=(11+1)/3=1/3c_3 = (1-1+1)/3 = 1/3
  • c4=(11+11)/4=0c_4 = (1-1+1-1)/4 = 0

La somme k=1nsk\sum_{k=1}^n s_k vaut 1 si nn est impair, et 0 si nn est pair.

Donc cn=1/nc_n = 1/n si nn est impair, et cn=0c_n=0 si nn est pair.

Dans les deux cas, la suite (cn)(c_n) tend vers 0.

Ainsi, la suite des moyennes converge vers 0, mais la suite originale diverge.

Concepts Connexes

  • Formes Indéterminées : Les règles de l’algèbre des limites ne s’appliquent pas directement aux cas comme "\infty - \infty", "0×0 \times \infty", "/\infty / \infty", "0/00/0". Ces cas nécessitent une analyse plus poussée (factorisation, équivalents, etc.).
  • Théorèmes de Comparaison : Pour les suites réelles, si sntns_n \le t_n pour tout nn, et que les deux convergent, alors limsnlimtn\lim s_n \le \lim t_n. Cette propriété permet “d’encadrer” des suites.

CONTINUATION_NEEDED: Il reste 9 concepts à documenter selon le plan établi (Notations de Landau, Bornes Sup/Inf, Critères de Convergence, Sous-suites, Cauchy, Suites récurrentes, Limites dans Rˉ\bar{\mathbb{R}}, Limsup/Liminf).