Avertissement

Ce contenu a été généré par une intelligence artificielle (LLM) et peut contenir des imprécisions ou des erreurs malgré notre relecture attentive. Il s'agit d'un outil d'apprentissage et non d'une référence académique.

Si vous constatez des erreurs, merci de nous les signaler via la page "À propos".

Division euclidienne (B)


Concept 1: A-algèbre

Prérequis

  • Anneau
  • Morphisme d’anneaux
  • Centre d’un anneau Z(B)={zBbB,zb=bz}Z(B) = \{ z \in B \mid \forall b \in B, zb=bz \}

Définition

Soit AA un anneau commutatif et BB un anneau (pas nécessairement commutatif). Une structure de AA-algèbre sur BB est la donnée d’un morphisme d’anneaux f:ABf : A \to B tel que l’image de AA soit contenue dans le centre de BB, i.e., f(A)Z(B)f(A) \subseteq Z(B). L’anneau BB muni de ff est appelé une AA-algèbre.

Si BB est un anneau commutatif, la condition f(A)Z(B)f(A) \subseteq Z(B) est toujours satisfaite. Dans le contexte de ce chapitre où les anneaux sont supposés commutatifs, une AA-algèbre est simplement un anneau BB muni d’un morphisme d’anneaux f:ABf: A \to B.

Un morphisme de AA-algèbres entre deux AA-algèbres (B,f)(B, f) et (B,f)(B', f') est un morphisme d’anneaux g:BBg: B \to B' qui fait commuter le diagramme suivant :

AfBgAfB \begin{CD} A @>f>> B\\ @| @VVgV \\ A @>>f'> B' \end{CD}

c’est-à-dire tel que gf=fg \circ f = f'. Si ff et ff' sont des inclusions canoniques, cela signifie que gg restreint à AA est l’identité.

Propriétés Clés

  • Structure de AA-module : Une AA-algèbre (B,f)(B, f) est canoniquement munie d’une structure de AA-module via la multiplication externe définie par ab:=f(a)ba \cdot b := f(a)b pour aA,bBa \in A, b \in B.
  • Compatibilité des structures : La multiplication interne de l’anneau BB est AA-bilinéaire : (ab1)b2=b1(ab2)=a(b1b2)(a \cdot b_1) b_2 = b_1 (a \cdot b_2) = a \cdot (b_1 b_2).
  • Catégorie des AA-algèbres : Les AA-algèbres et leurs morphismes forment une catégorie, notée A-AlgA\text{-}\mathbf{Alg}.
  • Produit tensoriel : Si BB et CC sont deux AA-algèbres, leur produit tensoriel BACB \otimes_A C peut être muni d’une structure de AA-algèbre (avec une multiplication définie par (b1c1)(b2c2)=(b1b2)(c1c2)(b_1 \otimes c_1)(b_2 \otimes c_2) = (b_1b_2) \otimes (c_1c_2)). C’est le coproduit dans la catégorie des AA-algèbres commutatives.

Exemples

Exemple 1 : L’algèbre des matrices Mn(A)M_n(A)

Soit AA un anneau commutatif. L’anneau des matrices carrées Mn(A)M_n(A) est une AA-algèbre via le morphisme f:AMn(A)f: A \to M_n(A) défini par aaIna \mapsto a \cdot I_n, où InI_n est la matrice identité. L’image f(A)f(A) est l’ensemble des matrices scalaires, qui est contenu dans le centre Z(Mn(A))Z(M_n(A)). C’est une algèbre non commutative si n2n \ge 2.

Exemple 2 : Extension de corps

Toute extension de corps L/KL/K fait de LL une KK-algèbre. Le morphisme f:KLf: K \to L est simplement l’injection canonique. Comme LL est commutatif, la condition sur le centre est triviale. LL est alors un KK-espace vectoriel.

Exemple 3 : Algèbre de groupe A[G]A[G]

Soit GG un groupe (fini pour simplifier) et AA un anneau commutatif. L’algèbre de groupe A[G]A[G] est l’ensemble des combinaisons linéaires formelles gGagg\sum_{g \in G} a_g g avec agAa_g \in A. L’addition est définie composante par composante et la multiplication est étendue par distributivité à partir de la loi de groupe de GG. A[G]A[G] est une AA-algèbre via aa1Ga \mapsto a \cdot 1_G. Elle est commutative si et seulement si GG est abélien.

Contre-exemples

Contre-exemple 1

Soit B=M2(C)B = M_2(\mathbb{C}) et AA le sous-anneau des matrices diagonales. L’injection i:ABi: A \hookrightarrow B ne fait pas de BB une AA-algèbre car AA n’est pas contenu dans le centre de BB, qui est CI2\mathbb{C} \cdot I_2. Par exemple, (1000)A\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 0 \end{pmatrix} \in A mais ne commute pas avec (0110)B\begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix} \in B.

Contre-exemple 2

Soient A=ZA = \mathbb{Z} et B=HB = \mathbb{H} l’anneau des quaternions de Hamilton. Le morphisme canonique f:ZHf: \mathbb{Z} \to \mathbb{H} donné par nn1n \mapsto n \cdot 1 fait de H\mathbb{H} une Z\mathbb{Z}-algèbre. Cependant, l’inclusion du sous-corps C\mathbb{C} dans H\mathbb{H} ne fait pas de H\mathbb{H} une C\mathbb{C}-algèbre, car C\mathbb{C} n’est pas dans le centre de H\mathbb{H}. (Le centre de H\mathbb{H} est R\mathbb{R}).

Concepts Liés

  • AA-module : Une AA-algèbre est un AA-module avec une multiplication interne compatible.
  • Théorie des représentations : Une représentation d’un groupe GG sur un KK-espace vectoriel VV est équivalente à un morphisme de KK-algèbres de K[G]K[G] vers EndK(V)\text{End}_K(V).

Concept 2: Algèbre de polynômes A[X]A[X] et sa propriété universelle

Prérequis

  • AA-algèbre
  • Anneau intègre

Définition

Soit AA un anneau commutatif. L’anneau des polynômes à une indéterminée XX et à coefficients dans AA, noté A[X]A[X], est l’ensemble des suites (an)nN(a_n)_{n \in \mathbb{N}} d’éléments de AA à support fini. Un élément P=(a0,a1,)P = (a_0, a_1, \dots) est noté formellement n=0anXn\sum_{n=0}^\infty a_n X^n.

L’addition est définie terme à terme:

(anXn)+(bnXn)=(an+bn)Xn(\sum a_n X^n) + (\sum b_n X^n) = \sum (a_n + b_n) X^n

La multiplication (produit de Cauchy) est définie par :

(anXn)(bnXn)=n=0cnXn, ouˋ cn=k=0nakbnk(\sum a_n X^n) \cdot (\sum b_n X^n) = \sum_{n=0}^\infty c_n X^n \text{, où } c_n = \sum_{k=0}^n a_k b_{n-k}

Muni de ces lois, A[X]A[X] est une AA-algèbre commutative via l’injection aaX0a \mapsto aX^0.

Le degré d’un polynôme non nul P=anXnP = \sum a_n X^n est deg(P)=max{nNan0}\text{deg}(P) = \max\{n \in \mathbb{N} \mid a_n \neq 0\}. Par convention, deg(0)=\text{deg}(0) = -\infty. Le coefficient adeg(P)a_{\text{deg}(P)} est le coefficient dominant.

Propriétés Clés

  • Propriétés du degré : Soient P,QA[X]P, Q \in A[X].

    1. deg(P+Q)max(deg(P),deg(Q))\text{deg}(P+Q) \le \max(\text{deg}(P), \text{deg}(Q))
    2. deg(PQ)deg(P)+deg(Q)\text{deg}(PQ) \le \text{deg}(P) + \text{deg}(Q)

    Preuve (2): Soient P(X)=aiXiP(X) = \sum a_i X^i et Q(X)=bjXjQ(X) = \sum b_j X^j de degrés nn et mm. Le coefficient de Xn+mX^{n+m} dans PQPQ est anbma_n b_m. Si AA est intègre, an0a_n \neq 0 et bm0b_m \neq 0 implique anbm0a_n b_m \neq 0, donc deg(PQ)=n+m\text{deg}(PQ) = n+m. Si AA n’est pas intègre, anbma_n b_m peut être nul, et le degré est alors strictement inférieur.

  • Unités de A[X]A[X] : L’ensemble des éléments inversibles (A[X])×(A[X])^\times est égal à A×A^\times si AA est un anneau intègre.

    Preuve : Si P(A[X])×P \in (A[X])^\times, il existe QA[X]Q \in A[X] tel que PQ=1PQ=1. Comme AA est intègre, deg(P)+deg(Q)=deg(1)=0\text{deg}(P) + \text{deg}(Q) = \text{deg}(1) = 0. Comme les degrés sont des entiers naturels, ceci implique deg(P)=deg(Q)=0\text{deg}(P)=\text{deg}(Q)=0. Donc PP et QQ sont des constantes non nulles, éléments de AA. L’inversibilité dans A[X]A[X] est alors équivalente à l’inversibilité dans AA.

  • Propriété universelle de A[X]A[X] : Soit (B,f)(B,f) une AA-algèbre et xBx \in B un élément quelconque qui commute avec tous les éléments de f(A)f(A). Alors il existe un unique morphisme de AA-algèbres evx:A[X]B\text{ev}_x : A[X] \to B tel que evx(X)=x\text{ev}_x(X) = x. Ce morphisme est appelé morphisme d’évaluation en xx.

    Preuve : L’unicité est claire : si un tel morphisme existe, il doit envoyer aAa \in A sur f(a)f(a) et XX sur xx. Comme tout polynôme est une somme de termes de la forme anXna_n X^n, le morphisme doit être evx(anXn)=f(an)xn\text{ev}_x(\sum a_n X^n) = \sum f(a_n) x^n. L’existence est vérifiée en posant cette formule comme définition et en vérifiant que c’est bien un morphisme d’anneaux, ce qui découle de la distributivité et du fait que xx commute avec les f(an)f(a_n).

Exemples

Exemple 1 : Z[X]\mathbb{Z}[X]

L’anneau des polynômes à coefficients entiers. C’est un anneau intègre car Z\mathbb{Z} l’est. Ses unités sont {+1,1}\{+1, -1\}. Il n’est pas principal (l’idéal (2,X)(2, X) n’est pas principal).

Exemple 2 : (Z/6Z)[X](\mathbb{Z}/6\mathbb{Z})[X]

L’anneau des polynômes à coefficients dans Z/6Z\mathbb{Z}/6\mathbb{Z}. Cet anneau n’est pas intègre. Par exemple, si P(X)=2X+1P(X) = 2X+1 et Q(X)=3XQ(X) = 3X, alors deg(P)=1,deg(Q)=1\text{deg}(P)=1, \text{deg}(Q)=1.

P(X)Q(X)=(2X+1)(3X)=6X2+3X=3XP(X)Q(X) = (2X+1)(3X) = 6X^2+3X = 3X dans (Z/6Z)[X](\mathbb{Z}/6\mathbb{Z})[X].

On a deg(PQ)=1<deg(P)+deg(Q)=2\text{deg}(PQ) = 1 < \text{deg}(P)+\text{deg}(Q)=2.

Exemple 3 : Évaluation dans Mn(K)M_n(K)

Soit AMn(K)A \in M_n(K). La propriété universelle garantit l’existence d’un unique morphisme de KK-algèbres evA:K[X]Mn(K)\text{ev}_A: K[X] \to M_n(K) tel que P(X)P(A)P(X) \mapsto P(A). Le noyau de ce morphisme, Ker(evA)\text{Ker}(\text{ev}_A), est un idéal de K[X]K[X], appelé l’idéal annulateur de AA.

Contre-exemples

Contre-exemple 1 : Séries formelles A[[X]]A[[X]]

L’anneau des séries formelles A[[X]]={n=0anXn}A[[X]] = \{\sum_{n=0}^\infty a_n X^n\} n’est pas l’anneau des polynômes car les suites de coefficients n’ont pas à être de support fini. Par exemple, n=0Xn=(1X)1\sum_{n=0}^\infty X^n = (1-X)^{-1} est une unité dans Z[[X]]\mathbb{Z}[[X]], mais pas un polynôme.

Contre-exemple 2 : Fractions rationnelles K(X)K(X)

Le corps des fractions rationnelles K(X)={P(X)Q(X)P,QK[X],Q0}K(X) = \{ \frac{P(X)}{Q(X)} \mid P, Q \in K[X], Q \neq 0 \} contient K[X]K[X] mais n’est pas égal à lui. L’élément 1X\frac{1}{X} est dans K(X)K(X) mais pas dans K[X]K[X].

Concepts Liés

  • Séries formelles : Une généralisation des polynômes où un nombre infini de coefficients peuvent être non nuls.
  • Polynômes en plusieurs indéterminées A[X1,,Xn]A[X_1, \dots, X_n] : Obtenu par itération A[X1,,Xn](A[X1,,Xn1])[Xn]A[X_1, \dots, X_n] \cong (A[X_1, \dots, X_{n-1}])[X_n].

Concept 3: Anneau euclidien et anneau principal

Prérequis

  • Anneau intègre
  • Idéal, Idéal engendré

Définition

  1. Un idéal II d’un anneau AA est dit principal s’il peut être engendré par un seul élément, i.e., I=(a)={axxA}I = (a) = \{ax \mid x \in A\} pour un certain aIa \in I.

  2. Un anneau intègre AA est dit principal si tous ses idéaux sont principaux.

  3. Un anneau intègre AA est dit euclidien s’il existe une fonction δ:AN{}\delta : A \to \mathbb{N} \cup \{-\infty\}, appelée stathme euclidien, satisfaisant :

    (i) δ(a)=    a=0\delta(a) = -\infty \iff a = 0.

    (ii) (Division euclidienne) Pour tous a,bAa, b \in A avec b0b \neq 0, il existe q,rAq, r \in A tels que a=bq+ra = bq + r et δ(r)<δ(b)\delta(r) < \delta(b).

    (iii) Pour tous a,bA{0}a, b \in A \setminus \{0\}, δ(b)δ(ab)\delta(b) \le \delta(ab).

(Note : La condition (iii) est parfois omise ou modifiée. Elle est utile pour prouver l’existence de la factorisation en irréductibles.)

Propriétés Clés

  • Théorème : Tout anneau euclidien est principal.

    Preuve : Soit AA un anneau euclidien de stathme δ\delta et II un idéal de AA. Si I={0}I=\{0\}, alors I=(0)I=(0) est principal. Sinon, I{0}I \setminus \{0\} est non vide. L’ensemble {δ(x)xI{0}}\{\delta(x) \mid x \in I \setminus \{0\}\} est une partie non vide de N\mathbb{N}, donc il admet un plus petit élément. Soit aI{0}a \in I \setminus \{0\} tel que δ(a)\delta(a) soit minimal.

    Montrons que I=(a)I=(a). L’inclusion (a)I(a) \subseteq I est claire car aIa \in I.

    Pour I(a)I \subseteq (a), soit bIb \in I. Par division euclidienne par aa, il existe q,rAq, r \in A tels que b=aq+rb = aq+r et δ(r)<δ(a)\delta(r) < \delta(a).

    Comme bIb \in I et aq(a)Iaq \in (a) \subseteq I, on a r=baqIr = b - aq \in I.

    Par minimalité de δ(a)\delta(a), si r0r \neq 0, on aurait δ(r)δ(a)\delta(r) \ge \delta(a), ce qui contredit δ(r)<δ(a)\delta(r) < \delta(a). Donc r=0r=0.

    Ainsi, b=aq(a)b=aq \in (a). Ceci étant vrai pour tout bIb \in I, on a I(a)I \subseteq (a). D’où I=(a)I=(a).

  • Hiérarchie des anneaux : On a la chaîne d’implications strictes pour les anneaux intègres :

    Corps \subset Euclidien \subset Principal \subset Factoriel (UFD) \subset Intègre.

Exemples

Exemple 1 : L’anneau Z\mathbb{Z}

Z\mathbb{Z} est euclidien avec le stathme δ(n)=n\delta(n) = |n| pour n0n \neq 0 et δ(0)=\delta(0)=-\infty. Il est donc principal.

Exemple 2 : L’anneau K[X]K[X] (K un corps)

K[X]K[X] est euclidien avec le stathme δ(P)=deg(P)\delta(P) = \text{deg}(P). Il est donc principal.

Exemple 3 : Les entiers de Gauss Z[i]\mathbb{Z}[i]

L’anneau Z[i]={a+bia,bZ}\mathbb{Z}[i] = \{a+bi \mid a,b \in \mathbb{Z}\} est euclidien avec le stathme δ(a+bi)=a2+b2=a+bi2\delta(a+bi) = a^2+b^2 = |a+bi|^2 (la norme complexe au carré).

Contre-exemples

Contre-exemple 1 : Z[X]\mathbb{Z}[X]

L’anneau Z[X]\mathbb{Z}[X] n’est pas principal. L’idéal I=(2,X)={2P(X)+XQ(X)P,QZ[X]}I = (2, X) = \{2P(X) + XQ(X) \mid P,Q \in \mathbb{Z}[X]\} n’est pas principal. S’il l’était, I=(D(X))I=(D(X)), alors D(X)D(X) devrait diviser 2 et XX. Donc D(X)D(X) doit être une constante ±1\pm 1. Si D(X)=±1D(X)=\pm 1, alors I=Z[X]I = \mathbb{Z}[X]. Or, les polynômes de II ont un terme constant pair, donc 1I1 \notin I. Contradiction.

Contre-exemple 2 : Z[5]\mathbb{Z}[\sqrt{-5}]

L’anneau Z[5]={a+b5a,bZ}\mathbb{Z}[\sqrt{-5}] = \{a+b\sqrt{-5} \mid a,b \in \mathbb{Z}\} n’est pas factoriel (UFD), donc il ne peut être ni principal ni euclidien. On a la double factorisation 6=23=(1+5)(15)6 = 2 \cdot 3 = (1+\sqrt{-5})(1-\sqrt{-5}), où tous les facteurs sont irréductibles.

Contre-exemple 3 : Anneau principal non euclidien

L’anneau des entiers du corps quadratique Q(19)\mathbb{Q}(\sqrt{-19}) est A=Z[1+192]A = \mathbb{Z}[\frac{1+\sqrt{-19}}{2}]. On peut démontrer que AA est principal mais pas euclidien.

Concepts Liés

  • Anneau factoriel (UFD) : Un anneau intègre où tout élément non nul et non inversible admet une décomposition unique (à l’ordre et aux associés près) en produit d’éléments irréductibles. Tout anneau principal est factoriel.
  • Anneau de Dedekind : Un anneau intègre noethérien, intégralement clos, dans lequel tout idéal premier non nul est maximal. Les anneaux principaux sont des anneaux de Dedekind.

Concept 4: Anneaux Quotients Z/nZ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z} et K[X]/(P)K[X]/(P)

Prérequis

  • Anneau euclidien
  • Relation d’équivalence, Ensemble quotient
  • Idéal, Anneau quotient

Définition

Soit AA un anneau euclidien et I=(g)I=(g) un idéal principal non nul engendré par gAg \in A. L’anneau quotient A/IA/I est l’ensemble des classes d’équivalence pour la relation ab    abI    g(ab)a \sim b \iff a-b \in I \iff g | (a-b).

La division euclidienne fournit un système de représentants uniques pour les classes d’équivalence.

  1. Pour A=ZA=\mathbb{Z} et I=(n)I = (n) avec n>0n>0 :

    Pour tout kZk \in \mathbb{Z}, il existe un unique couple (q,r)(q,r) tel que k=nq+rk = nq+r avec 0r<n0 \le r < n. Le reste rr est noté k(modn)k \pmod n.

    On a kl    k(modn)=l(modn)k \sim l \iff k \pmod n = l \pmod n.

    L’application kk(modn)k \mapsto k \pmod n induit une bijection canonique :

    (modn):Z/nZ{0,1,,n1}\overline{\pmod n} : \mathbb{Z}/n\mathbb{Z} \to \{0, 1, \dots, n-1\}

  2. Pour A=K[X]A=K[X] (K corps) et I=(G)I=(G) avec G0G \neq 0 :

    Pour tout FK[X]F \in K[X], il existe un unique couple (Q,R)(Q,R) tel que F=GQ+RF = GQ+R avec deg(R)<deg(G)\text{deg}(R) < \text{deg}(G). Le reste RR est noté F(modG)F \pmod G.

    On a FH    F(modG)=H(modG)F \sim H \iff F \pmod G = H \pmod G.

    L’application FF(modG)F \mapsto F \pmod G induit une bijection canonique qui est un isomorphisme de KK-espaces vectoriels :

    (modG):K[X]/(G){PK[X]deg(P)<deg(G)}\overline{\pmod G} : K[X]/(G) \to \{ P \in K[X] \mid \text{deg}(P) < \text{deg}(G) \}

Propriétés Clés

  • Structure d’espace vectoriel : Si KK est un corps, K[X]/(G)K[X]/(G) est une KK-algèbre de dimension finie égale à deg(G)\text{deg}(G). Une base est donnée par les classes de {1,X,X2,,Xdeg(G)1}\{1, X, X^2, \dots, X^{\text{deg}(G)-1}\}.

  • Cardinalité : Si KK est un corps fini Fq\mathbb{F}_q, alors K[X]/(G)=qdeg(G)|K[X]/(G)| = q^{\text{deg}(G)}.

  • Calcul dans l’anneau quotient : Les opérations dans A/(g)A/(g) se font sur les représentants.

    • aˉ+bˉ=a+b\bar{a} + \bar{b} = \overline{a+b}
    • aˉbˉ=ab\bar{a} \cdot \bar{b} = \overline{ab}

    Dans la pratique, on calcule (a+b)(modg)(a+b) \pmod g et (ab)(modg)(ab) \pmod g.

Exemples

Exemple 1 : Z/6Z\mathbb{Z}/6\mathbb{Z}

L’ensemble des représentants est {0,1,2,3,4,5}\{0, 1, 2, 3, 4, 5\}. C’est un anneau non intègre. Par exemple, 2ˉ3ˉ=6=0ˉ\bar{2} \cdot \bar{3} = \overline{6} = \bar{0}. Les inversibles sont 1ˉ\bar{1} et 5ˉ\bar{5} (ceux qui sont premiers avec 6).

Exemple 2 : R[X]/(X2+1)\mathbb{R}[X]/(X^2+1)

L’ensemble des représentants est l’espace vectoriel des polynômes de degré 1\le 1, {aX+ba,bR}\{aX+b \mid a,b \in \mathbb{R}\}. C’est un corps isomorphe à C\mathbb{C}.

L’isomorphisme ϕ:R[X]/(X2+1)C\phi: \mathbb{R}[X]/(X^2+1) \to \mathbb{C} est donné par ϕ(aX+b)=ai+b\phi(\overline{aX+b}) = a i + b.

Vérifions la multiplication : ϕ(XˉXˉ)=ϕ(X2)=ϕ(1)=1\phi(\bar{X} \cdot \bar{X}) = \phi(\overline{X^2}) = \phi(\overline{-1}) = -1. Et ϕ(Xˉ)ϕ(Xˉ)=ii=1\phi(\bar{X})\phi(\bar{X}) = i \cdot i = -1.

Exemple 3 : Construction de corps finis

Soit K=F2=Z/2ZK = \mathbb{F}_2 = \mathbb{Z}/2\mathbb{Z} et G(X)=X2+X+1F2[X]G(X) = X^2+X+1 \in \mathbb{F}_2[X]. Ce polynôme est irréductible sur F2\mathbb{F}_2 car il n’a pas de racine ( G(0)=1,G(1)=1G(0)=1, G(1)=1 ).

Alors F2[X]/(X2+X+1)\mathbb{F}_2[X]/(X^2+X+1) est un corps. Ses éléments sont les représentants {0,1,X,X+1}\{0, 1, X, X+1\}. C’est un corps à 4 éléments, noté F4\mathbb{F}_4.

La table de multiplication est déterminée par la relation X2=X1=X+1X^2 = -X-1 = X+1 (car on est en caractéristique 2).

Par exemple, X(X+1)=X2+X=(X+1)+X=2X+1=1X \cdot (X+1) = X^2+X = (X+1)+X = 2X+1 = 1.

Contre-exemples

Contre-exemple 1

Dans l’anneau non principal Z[X]\mathbb{Z}[X], l’idéal I=(2,X)I=(2, X) n’est pas engendré par un seul polynôme, donc la méthode de représentation via une seule division euclidienne n’est pas directement applicable. Le quotient Z[X]/(2,X)\mathbb{Z}[X]/(2, X) est isomorphe à Z/2Z\mathbb{Z}/2\mathbb{Z}.

Contre-exemple 2

Si l’anneau AA n’est pas euclidien, il n’y a pas de garantie d’un système unique de représentants de “plus petite taille”. Par exemple, dans Z[5]\mathbb{Z}[\sqrt{-5}], comment représenter “simplement” les classes de Z[5]/(2)\mathbb{Z}[\sqrt{-5}]/(2) ?

Concepts Liés

  • Théorèmes d’isomorphisme : Le premier théorème d’isomorphisme pour les anneaux stipule que si ϕ:AB\phi: A \to B est un morphisme d’anneaux, alors A/Ker(ϕ)Im(ϕ)A/\text{Ker}(\phi) \cong \text{Im}(\phi). L’exemple de C\mathbb{C} est une application de ce théorème avec ϕ=evi:R[X]C\phi = \text{ev}_i: \mathbb{R}[X] \to \mathbb{C}.
  • Corps fini : Tout corps fini de caractéristique pp est isomorphe à un quotient Fp[X]/(P)\mathbb{F}_p[X]/(P) pour un polynôme PP irréductible.

Concept 5: PGCD, PPCM, et Algorithme d’Euclide-Bézout

Prérequis

  • Anneau principal
  • Divisibilité
  • Idéal engendré

Définition

Soit AA un anneau principal et a,bAa,b \in A.

  • Le plus grand commun diviseur (PGCD) de aa et bb est un générateur de l’idéal somme (a)+(b)=(a,b)(a)+(b) = (a,b). On le note pgcd(a,b)\text{pgcd}(a,b). Il est défini à une unité (un élément inversible) près. Un élément dd est un PGCD de aa et bb si :
    1. dad|a et dbd|b (diviseur commun).
    2. Pour tout cAc \in A, si cac|a et cbc|b, alors cdc|d (le plus grand).
  • Le plus petit commun multiple (PPCM) de aa et bb est un générateur de l’idéal intersection (a)(b)(a) \cap (b). On le note ppcm(a,b)\text{ppcm}(a,b).
  • Deux éléments a,ba,b sont premiers entre eux (ou étrangers) si (a,b)=A=(1)(a,b)=A=(1), c’est-à-dire si leur PGCD est une unité.

Propriétés Clés

  • Théorème de Bézout : Soit AA un anneau principal. Un élément dd est un PGCD de aa et bb si et seulement si dd est un diviseur commun de aa et bb et il existe u,vAu,v \in A (appelés coefficients de Bézout) tels que au+bv=dau+bv=d.

    Preuve :

    (\Rightarrow) Si d=pgcd(a,b)d=\text{pgcd}(a,b), alors (d)=(a,b)(d)=(a,b). Comme d(a,b)d \in (a,b), il existe u,vAu,v \in A tels que d=au+bvd=au+bv. De plus, a(a,b)=(d)daa \in (a,b)=(d) \Rightarrow d|a et b(a,b)=(d)dbb \in (a,b)=(d) \Rightarrow d|b. Donc dd est un diviseur commun.

    (\Leftarrow) Soit dd un diviseur commun tel que d=au+bvd=au+bv. Soit cc un autre diviseur commun de aa et bb. Alors a=caa=ca' et b=cbb=cb' pour a,bAa', b' \in A.

    d=cau+cbv=c(au+bv)d = c a' u + c b' v = c(a'u+b'v), donc cdc|d. Ainsi, dd est bien un PGCD.

  • Corollaire : aa et bb sont premiers entre eux si et seulement si il existe u,vAu,v \in A tels que au+bv=1au+bv=1.

  • Algorithme d’Euclide étendu : Si AA est un anneau euclidien de stathme δ\delta, cet algorithme calcule d=pgcd(a,b)d=\text{pgcd}(a,b) ainsi que les coefficients u,vu,v.

    1. Initialisation : (r0,u0,v0)=(a,1,0)(r_0, u_0, v_0) = (a, 1, 0) et (r1,u1,v1)=(b,0,1)(r_1, u_1, v_1) = (b, 0, 1).

    2. Itération : Tant que ri0r_i \neq 0, calculer la division euclidienne ri1=qiri+ri+1r_{i-1} = q_i r_i + r_{i+1} (avec δ(ri+1)<δ(ri)\delta(r_{i+1}) < \delta(r_i)).

      Définir ri+1=ri1qirir_{i+1} = r_{i-1} - q_i r_i.

      Définir (ui+1,vi+1)=(ui1qiui,vi1qivi)(u_{i+1}, v_{i+1}) = (u_{i-1} - q_i u_i, v_{i-1} - q_i v_i).

    3. Terminaison : Si rn+1=0r_{n+1}=0, l’algorithme s’arrête. Le dernier reste non nul rnr_n est le PGCD. On a rn=una+vnbr_n = u_n a + v_n b.

    Preuve de correction : Par récurrence, on montre que ri=uia+vibr_i = u_i a + v_i b à chaque étape. La suite δ(ri)\delta(r_i) est strictement décroissante dans N\mathbb{N}, donc l’algorithme termine. À la fin, rnr_n divise rn1r_{n-1}, et par récurrence rnr_n divise tous les rir_i, donc rnr_n divise aa et bb. Comme rnr_n s’exprime comme combinaison linéaire de aa et bb, c’est un PGCD.

Exemples

Exemple 1 : Dans Z\mathbb{Z}

Calculer pgcd(120,23)\text{pgcd}(120, 23) et les coefficients de Bézout.

  • 120=523+5120 = 5 \cdot 23 + 5
  • 23=45+323 = 4 \cdot 5 + 3
  • 5=13+25 = 1 \cdot 3 + 2
  • 3=12+13 = 1 \cdot 2 + 1
  • 2=21+02 = 2 \cdot 1 + 0

Le PGCD est 1.

Remontons l’algorithme :

1=3121 = 3 - 1 \cdot 2

1=31(513)=23151 = 3 - 1 \cdot (5 - 1 \cdot 3) = 2 \cdot 3 - 1 \cdot 5

1=2(2345)15=223951 = 2 \cdot (23 - 4 \cdot 5) - 1 \cdot 5 = 2 \cdot 23 - 9 \cdot 5

1=2239(120523)=472391201 = 2 \cdot 23 - 9 \cdot (120 - 5 \cdot 23) = 47 \cdot 23 - 9 \cdot 120.

Donc u=9,v=47u=-9, v=47.

Exemple 2 : Dans Q[X]\mathbb{Q}[X]

Calculer pgcd(X41,X31)\text{pgcd}(X^4-1, X^3-1).

  • X41=X(X31)+(X1)X^4-1 = X(X^3-1) + (X-1)
  • X31=(X2+X+1)(X1)+0X^3-1 = (X^2+X+1)(X-1) + 0

Le PGCD est le dernier reste non nul, X1X-1 (à une constante multiplicative près).

Exemple 3 : Inverse dans Z/nZ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}

Calculer l’inverse de 23ˉ\bar{23} dans Z/120Z\mathbb{Z}/120\mathbb{Z}. On cherche uu tel que 23u1(mod120)23u \equiv 1 \pmod{120}. C’est l’identité de Bézout 23v+120u=123v + 120u = 1. L’exemple 1 donne 47239120=147 \cdot 23 - 9 \cdot 120 = 1. Donc 47231(mod120)47 \cdot 23 \equiv 1 \pmod{120}. L’inverse de 23ˉ\bar{23} est 47ˉ\bar{47}.

Contre-exemples

Contre-exemple 1

Dans l’anneau non principal Z[X]\mathbb{Z}[X], le PGCD n’est pas toujours une combinaison linéaire. Par exemple, pgcd(2,X)=1\text{pgcd}(2, X)=1. Mais on ne peut pas trouver U(X),V(X)Z[X]U(X), V(X) \in \mathbb{Z}[X] tels que 2U(X)+XV(X)=12U(X)+XV(X) = 1. En évaluant en X=0X=0, on aurait 2U(0)=12U(0)=1, impossible dans Z\mathbb{Z}.

Contre-exemple 2

Dans l’anneau non factoriel Z[5]\mathbb{Z}[\sqrt{-5}], le concept de PGCD est problématique. Par exemple, quel est le PGCD de 2(1+5)2(1+\sqrt{-5}) et 66? Les diviseurs de 66 sont 1,2,3,1±5,61, 2, 3, 1\pm\sqrt{-5}, 6. Les diviseurs de 2(1+5)2(1+\sqrt{-5}) incluent 1,2,1+51, 2, 1+\sqrt{-5}. Les diviseurs communs sont 1,21, 2. Mais 1+51+\sqrt{-5} est aussi un diviseur commun (car 6=(15)(1+5)6=(1-\sqrt{-5})(1+\sqrt{-5})). Le “plus grand” diviseur n’est pas bien défini car 22 ne divise pas 1+51+\sqrt{-5} et vice-versa.

Concepts Liés

  • Lemme de Gauss : Si AA est un anneau principal, a,b,cAa,b,c \in A et aa et bb sont premiers entre eux, alors abc    aca|bc \implies a|c. C’est une conséquence directe de Bézout.
  • Théorème chinois des restes : Si m,nm, n sont premiers entre eux dans un anneau principal AA, alors A/(mn)A/(m)×A/(n)A/(mn) \cong A/(m) \times A/(n).

Concept 6: Irréductibilité, Primalité et Factorisation Unique

Prérequis

  • Anneau euclidien
  • Divisibilité, Unités (éléments inversibles)
  • PGCD et identité de Bézout

Définition

Soit AA un anneau intègre et pAp \in A un élément non nul et non inversible.

  • pp est irréductible si pour toute factorisation p=abp=ab avec a,bAa,b \in A, alors soit aa soit bb est une unité.
  • pp est premier si pour tous a,bAa,b \in A, pab    pap|ab \implies p|a ou pbp|b. (Ceci est équivalent à dire que l’idéal (p)(p) est un idéal premier).

Propriétés Clés

  • Premier     \implies Irréductible : Dans tout anneau intègre, un élément premier est toujours irréductible.

    Preuve : Soit pp premier et p=abp=ab. Alors pabp|ab. Comme pp est premier, pap|a ou pbp|b. Supposons pap|a. Alors a=pca=pc pour un cAc \in A. On a p=(pc)b=p(cb)p = (pc)b = p(cb). Comme AA est intègre, on peut simplifier par p0p \neq 0, donc 1=cb1=cb. Ainsi, bb est une unité.

  • Lemme d’Euclide : Dans un anneau principal (et donc euclidien), si pp est irréductible et pabp|ab, alors pap|a ou pbp|b.

    Preuve : Supposons que pap \nmid a. Comme pp est irréductible, ses seuls diviseurs (à association près) sont 1 et pp. Puisque pap \nmid a, pgcd(a,p)=1\text{pgcd}(a,p)=1. Par le théorème de Bézout, il existe u,vAu,v \in A tels que au+pv=1au+pv=1. En multipliant par bb, on obtient aub+pvb=baub+pvb=b. Comme pabp|ab, il existe kAk \in A tel que ab=pkab=pk. Donc pku+pvb=bpku+pvb=b, ce qui donne p(ku+vb)=bp(ku+vb)=b. D’où pbp|b.

  • Équivalence dans les anneaux principaux : Dans un anneau principal AA, un élément est premier si et seulement si il est irréductible.

    Preuve : L’implication premier     \implies irréductible est toujours vraie. L’implication irréductible     \implies premier est le Lemme d’Euclide.

  • Théorème de la factorisation unique : Soit AA un anneau euclidien. Tout élément aAa \in A, non nul et non inversible, se décompose en un produit fini d’éléments irréductibles a=p1p2pna = p_1 p_2 \cdots p_n. Cette décomposition est unique à l’ordre des facteurs et à la multiplication par des unités près (association).

    Preuve (Existence) : On procède par récurrence sur la valeur du stathme δ(a)\delta(a). Soit S={δ(x)xA non-nul, non-inversible, non-factorisable en irreˊductibles}S = \{ \delta(x) \mid x \in A \text{ non-nul, non-inversible, non-factorisable en irréductibles} \}. Supposons SS non vide et soit δ(a)\delta(a) son minimum. aa ne peut être irréductible (sinon il est son propre produit). Donc a=bca=bc avec b,cb,c non-inversibles. Pour de nombreux stathmes (comme le degré ou la valeur absolue), on a δ(b)<δ(a)\delta(b) < \delta(a) et δ(c)<δ(a)\delta(c) < \delta(a). Par minimalité, b,cb,c se factorisent en irréductibles. Le produit de leurs factorisations donne une factorisation pour aa, une contradiction. Donc SS est vide.

    Unicité : Repose sur le Lemme d’Euclide. Si p1pn=q1qmp_1\cdots p_n = q_1\cdots q_m, alors p1p_1 divise le produit des qjq_j. Comme p1p_1 est premier, il doit diviser l’un des qjq_j, disons q1q_1. Comme q1q_1 est irréductible, p1p_1 et q1q_1 sont associés. On simplifie et on conclut par récurrence.

Exemples

Exemple 1 : Dans Z\mathbb{Z}

Les éléments irréductibles sont les nombres premiers pp et leurs opposés p-p. La factorisation de 120120 est 23352^3 \cdot 3 \cdot 5. L’unicité est à un signe près, par exemple 120=(2)2235120 = (-2)^2 \cdot 2 \cdot 3 \cdot 5. On normalise en choisissant des premiers positifs.

Exemple 2 : Dans K[X]K[X]

Les polynômes irréductibles dépendent du corps KK.

  • Dans C[X]\mathbb{C}[X], les irréductibles sont les polynômes de degré 1 (Théorème de d’Alembert-Gauss).
  • Dans R[X]\mathbb{R}[X], les irréductibles sont les polynômes de degré 1 et les polynômes de degré 2 à discriminant négatif (e.g. X2+1X^2+1).
  • Dans Q[X]\mathbb{Q}[X], il existe des polynômes irréductibles de tout degré (e.g. les polynômes cyclotomiques). Xn2X^n-2 est irréductible pour tout n1n \ge 1.

Exemple 3 : Dans Z[i]\mathbb{Z}[i]

L’entier premier 55 n’est pas irréductible dans Z[i]\mathbb{Z}[i] car 5=(1+2i)(12i)5 = (1+2i)(1-2i). 1+2i1+2i est irréductible (premier de Gauss). Un premier pZp \in \mathbb{Z} est irréductible dans Z[i]\mathbb{Z}[i] si et seulement si p3(mod4)p \equiv 3 \pmod 4.

Contre-exemples

Contre-exemple 1 : Irréductible mais pas premier

Dans l’anneau non factoriel A=Z[5]A = \mathbb{Z}[\sqrt{-5}], l’élément 22 est irréductible. (Si 2=(a+b5)(c+d5)2=(a+b\sqrt{-5})(c+d\sqrt{-5}), en prenant la norme on a 4=(a2+5b2)(c2+5d2)4=(a^2+5b^2)(c^2+5d^2), ce qui force l’un des facteurs à être une unité). Cependant, 22 n’est pas premier car 2(1+5)(15)=62 | (1+\sqrt{-5})(1-\sqrt{-5}) = 6, mais 2(1+5)2 \nmid (1+\sqrt{-5}) et 2(15)2 \nmid (1-\sqrt{-5}).

Contre-exemple 2 : Pas de factorisation unique

Dans Z[5]\mathbb{Z}[\sqrt{-5}], l’élément 66 a deux factorisations distinctes en irréductibles :

6=23=(1+5)(15)6 = 2 \cdot 3 = (1+\sqrt{-5})(1-\sqrt{-5})

Les éléments 2,3,1+5,152, 3, 1+\sqrt{-5}, 1-\sqrt{-5} sont tous irréductibles et ne sont pas associés.

Concepts Liés

  • Anneau factoriel (UFD) : C’est la généralisation des anneaux euclidiens/principaux où la factorisation unique est la propriété définissante.
  • Critères d’irréductibilité (pour les polynômes) : Critère d’Eisenstein, réduction modulo pp.

Concept 7: Caractéristique d’un corps et corps finis

Prérequis

  • Corps
  • Morphisme d’anneaux
  • Anneau quotient A/IA/I

Définition

Soit KK un corps. Il existe un unique morphisme d’anneaux i:ZKi: \mathbb{Z} \to K défini par i(n)=n1Ki(n) = n \cdot 1_K. Le noyau de ce morphisme, Ker(i)\text{Ker}(i), est un idéal de Z\mathbb{Z}, qui est un anneau principal.

  • Ker(i)\text{Ker}(i) est un idéal premier de Z\mathbb{Z} car son image i(Z)i(\mathbb{Z}) est un sous-anneau d’un corps, donc est intègre.
  • Les idéaux premiers de Z\mathbb{Z} sont (0)(0) et (p)(p) pour pp un nombre premier.

La caractéristique du corps KK, notée car(K)\text{car}(K), est le générateur non-négatif de Ker(i)\text{Ker}(i).

  1. Si Ker(i)=(0)\text{Ker}(i) = (0), on dit que KK est de caractéristique nulle. Le morphisme ii est injectif.
  2. Si Ker(i)=(p)\text{Ker}(i) = (p) pour pp un nombre premier, on dit que KK est de caractéristique pp. Dans ce cas, ii induit une injection iˉ:Z/pZK\bar{i}: \mathbb{Z}/p\mathbb{Z} \to K.

Propriétés Clés

  • La caractéristique d’un corps est soit 0, soit un nombre premier.

  • Si car(K)=p>0\text{car}(K)=p > 0, alors pour tout xKx \in K, px=p(1Kx)=(p1K)x=0x=0px = p(1_K \cdot x) = (p \cdot 1_K)x = 0 \cdot x = 0.

  • Endomorphisme de Frobenius : Si car(K)=p>0\text{car}(K)=p>0, l’application F:KKF: K \to K définie par F(x)=xpF(x)=x^p est un endomorphisme de corps (un morphisme de KK dans lui-même).

    Preuve : F(xy)=(xy)p=xpyp=F(x)F(y)F(xy)=(xy)^p = x^p y^p = F(x)F(y). F(x+y)=(x+y)p=k=0p(pk)xkypkF(x+y)=(x+y)^p = \sum_{k=0}^p \binom{p}{k} x^k y^{p-k}. Pour 0<k<p0 < k < p, le coefficient binomial (pk)=p!k!(pk)!\binom{p}{k} = \frac{p!}{k!(p-k)!} est un multiple de pp car pp est premier. En caractéristique pp, ces termes sont nuls. Il reste xp+ypx^p+y^p. Donc F(x+y)=F(x)+F(y)F(x+y)=F(x)+F(y).

  • Sous-corps premier : Tout corps KK contient une copie de Q\mathbb{Q} (si car(K)=0\text{car}(K)=0) ou de Fp=Z/pZ\mathbb{F}_p = \mathbb{Z}/p\mathbb{Z} (si car(K)=p\text{car}(K)=p). Ce sous-corps est appelé le sous-corps premier de KK.

  • Structure des corps finis : Un corps fini KK a nécessairement une caractéristique p>0p>0. Il est alors un espace vectoriel de dimension finie nn sur son sous-corps premier Fp\mathbb{F}_p. Son cardinal est donc K=pn|K|=p^n.

Exemples

Exemple 1 : Corps de caractéristique 0

Les corps Q,R,C\mathbb{Q}, \mathbb{R}, \mathbb{C} sont de caractéristique nulle. Le corps des fractions rationnelles K(X)K(X) a la même caractéristique que KK.

Exemple 2 : Corps de caractéristique pp

Pour tout nombre premier pp, l’anneau Z/pZ\mathbb{Z}/p\mathbb{Z} est un corps (noté Fp\mathbb{F}_p) de caractéristique pp. C’est le plus petit corps de cette caractéristique.

Exemple 3 : Construction de corps finis

Soit pp un premier et PFp[X]P \in \mathbb{F}_p[X] un polynôme irréductible de degré nn. Alors le quotient K=Fp[X]/(P)K = \mathbb{F}_p[X]/(P) est un corps. En tant que Fp\mathbb{F}_p-espace vectoriel, sa dimension est nn. Son cardinal est donc pnp^n. Ce corps est de caractéristique pp.

On peut montrer que pour tout premier pp et tout entier n1n \ge 1, il existe un corps de cardinal pnp^n, et qu’il est unique à isomorphisme près. On le note Fpn\mathbb{F}_{p^n}.

Contre-exemples

Contre-exemple 1

L’anneau Z/6Z\mathbb{Z}/6\mathbb{Z} n’est pas un corps et n’a pas de caractéristique au sens des corps. Le morphisme i:ZZ/6Zi: \mathbb{Z} \to \mathbb{Z}/6\mathbb{Z} a pour noyau 6Z6\mathbb{Z}. Or, 6 n’est pas premier.

Contre-exemple 2

On ne peut pas construire un corps de caractéristique 1, car Ker(i)=(1)\text{Ker}(i)=(1) signifierait 1K=0K1_K=0_K, ce qui définit l’anneau nul, qui n’est pas un corps par convention.

Concepts Liés

  • Extension de corps : Tout corps de caractéristique pp est une extension de Fp\mathbb{F}_p. Tout corps de caractéristique 0 est une extension de Q\mathbb{Q}.
  • Théorie de Galois : La théorie des corps finis est une branche importante de la théorie de Galois. L’automorphisme de Frobenius est un élément central de cette théorie.

Applications

  • Cryptographie : La cryptographie à courbe elliptique et les chiffrements basés sur le logarithme discret utilisent intensivement l’arithmétique des corps finis.
  • Codes correcteurs d’erreurs : Des codes comme les codes de Reed-Solomon sont construits sur des corps finis.

Concept 8: Polynôme minimal d’un endomorphisme

Prérequis

  • KK-algèbre, KK un corps
  • Algèbre des polynômes K[X]K[X]
  • Morphisme d’évaluation
  • Anneau principal

Définition

Soit VV un KK-espace vectoriel de dimension finie nn, et soit uL(V)u \in \mathcal{L}(V) un endomorphisme. On peut aussi considérer une matrice AMn(K)A \in M_n(K).

Le morphisme d’évaluation en uu (resp. en AA) est le morphisme de KK-algèbres :

evu:K[X]EndK(V)(resp. evA:K[X]Mn(K))\text{ev}_u : K[X] \to \text{End}_K(V) \quad (\text{resp. } \text{ev}_A : K[X] \to M_n(K))

PP(u)(resp. PP(A))P \mapsto P(u) \quad (\text{resp. } P \mapsto P(A))

L’image Im(evu)\text{Im}(\text{ev}_u) est la sous-algèbre de EndK(V)\text{End}_K(V) engendrée par uu.

L’idéal annulateur de uu est le noyau de ce morphisme :

Ann(u):=Ker(evu)={PK[X]P(u)=0}\text{Ann}(u) := \text{Ker}(\text{ev}_u) = \{ P \in K[X] \mid P(u) = 0 \}

Comme K[X]K[X] est un anneau principal, cet idéal est engendré par un unique polynôme unitaire (ou nul). L’espace EndK(V)\text{End}_K(V) étant de dimension finie n2n^2, la famille (I,u,u2,,un2)(I, u, u^2, \dots, u^{n^2}) est liée, donc il existe un polynôme non nul qui annule uu. L’idéal annulateur n’est donc pas l’idéal nul.

Le polynôme minimal de uu, noté Mu(X)M_u(X), est l’unique générateur unitaire de l’idéal annulateur Ann(u)\text{Ann}(u).

Propriétés Clés

  • Caractérisation : Le polynôme minimal Mu(X)M_u(X) est le polynôme unitaire de plus bas degré qui annule uu.

  • Divisibilité : Pour tout polynôme P(X)K[X]P(X) \in K[X], on a P(u)=0P(u)=0 si et seulement si Mu(X)M_u(X) divise P(X)P(X).

  • Théorème de Cayley-Hamilton : Le polynôme caractéristique χu(X)=det(XIu)\chi_u(X) = \det(X \cdot I - u) est un polynôme annulateur de uu. Par conséquent, le polynôme minimal Mu(X)M_u(X) divise le polynôme caractéristique χu(X)\chi_u(X).

  • Racines du polynôme minimal : Les racines de Mu(X)M_u(X) dans KK sont exactement les valeurs propres de uu.

    Preuve : Soit λK\lambda \in K.

    (\Rightarrow) Si Mu(λ)=0M_u(\lambda)=0, alors Mu(X)=(Xλ)Q(X)M_u(X) = (X-\lambda)Q(X). Comme deg(Q)<deg(Mu)\text{deg}(Q) < \text{deg}(M_u), Q(u)0Q(u) \neq 0. Il existe donc un vecteur vv tel que w=Q(u)(v)0w=Q(u)(v) \neq 0. Alors (uλI)(w)=(uλI)Q(u)(v)=Mu(u)(v)=0(v)=0(u-\lambda I)(w) = (u-\lambda I)Q(u)(v) = M_u(u)(v) = 0(v)=0. Donc u(w)=λwu(w)=\lambda w et λ\lambda est une valeur propre.

    (\Leftarrow) Si λ\lambda est une valeur propre, il existe v0v \neq 0 tel que u(v)=λvu(v)=\lambda v. Alors P(u)(v)=P(λ)vP(u)(v) = P(\lambda)v pour tout PK[X]P \in K[X]. En particulier, 0=Mu(u)(v)=Mu(λ)v0 = M_u(u)(v) = M_u(\lambda)v. Comme v0v \neq 0, on doit avoir Mu(λ)=0M_u(\lambda)=0.

Exemples

Exemple 1 : Matrice nilpotente

Soit A=(010001000)M3(R)A = \begin{pmatrix} 0 & 1 & 0 \\ 0 & 0 & 1 \\ 0 & 0 & 0 \end{pmatrix} \in M_3(\mathbb{R}).

On a A0,A2=(001000000)0,A3=0A \neq 0, A^2 = \begin{pmatrix} 0 & 0 & 1 \\ 0 & 0 & 0 \\ 0 & 0 & 0 \end{pmatrix} \neq 0, A^3=0.

Le polynôme minimal est le polynôme unitaire de plus bas degré annulant AA. C’est donc MA(X)=X3M_A(X) = X^3.

Le polynôme caractéristique est χA(X)=det(XIA)=X3\chi_A(X) = \det(X I - A) = X^3. Ici MA=χAM_A = \chi_A.

Exemple 2 : Matrice scalaire

Soit A=λInMn(K)A = \lambda I_n \in M_n(K).

AλIn=0A - \lambda I_n = 0. Le polynôme P(X)=XλP(X)=X-\lambda annule AA. C’est un polynôme unitaire de degré 1, donc c’est le polynôme minimal : MA(X)=XλM_A(X)=X-\lambda.

Le polynôme caractéristique est χA(X)=(Xλ)n\chi_A(X) = (X-\lambda)^n.

Exemple 3 : Matrice non diagonalisable

Soit A=(1101)M2(R)A = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 1 \end{pmatrix} \in M_2(\mathbb{R}).

χA(X)=(X1)2\chi_A(X) = (X-1)^2. Le polynôme minimal divise χA(X)\chi_A(X), donc il peut être X1X-1 ou (X1)2(X-1)^2.

On teste AI=(0100)0A-I = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 0 & 0 \end{pmatrix} \neq 0. Donc MA(X)X1M_A(X) \neq X-1.

Ainsi, MA(X)=(X1)2M_A(X) = (X-1)^2.

Contre-exemples

Contre-exemple 1

Dans un espace de dimension infinie, l’idéal annulateur peut être nul. Soit l’opérateur de dérivation DD sur K[X]K[X]. Si P(D)=0P(D)=0 pour un P0P \neq 0, alors P(D)(Xn)=0P(D)(X^n) = 0 pour tout nn. Mais l’évaluation de P(D)P(D) sur des polynômes de degré assez haut ne sera pas nulle. Donc Ann(D)=(0)\text{Ann}(D)=(0).

Contre-exemple 2

Le concept de polynôme minimal n’est pas aussi direct pour les endomorphismes d’un AA-module libre sur un anneau AA qui n’est pas un corps, car A[X]A[X] n’est pas nécessairement principal.

Concepts Liés

  • Diagonalisation : Un endomorphisme uu est diagonalisable si et seulement si son polynôme minimal est scindé (se factorise en facteurs de degré 1) sur KK et n’a que des racines simples.
  • Décomposition de Dunford : Tout endomorphisme dont le polynôme minimal est scindé peut se décomposer de manière unique en une partie diagonalisable et une partie nilpotente qui commutent.
  • Sous-espaces caractéristiques : Le théorème de décomposition des noyaux (ou lemme des noyaux) utilise la factorisation du polynôme minimal pour décomposer l’espace vectoriel en une somme directe de sous-espaces stables.