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Normes sur Rⁿ et suites convergentes (A)


Concept 1: Norme sur un Espace Vectoriel

Prérequis

  • Espace vectoriel : Compréhension de la structure de Rn\mathbb{R}^n comme un espace vectoriel, incluant l’addition de vecteurs et la multiplication par un scalaire.
  • Vecteur nul : Savoir que le vecteur nul, noté 0Rn0_{\mathbb{R}^n}, est l’élément neutre pour l’addition.
  • Valeur absolue : Maîtrise des propriétés de la valeur absolue d’un nombre réel, notamment x0|x| \ge 0, x=0    x=0|x|=0 \iff x=0, λx=λx|\lambda x| = |\lambda||x| et x+yx+y|x+y| \le |x|+|y|.

Définition

On appelle norme sur Rn\mathbb{R}^n une application, notée NN (ou plus couramment \| \cdot \|), qui associe à chaque vecteur xRnx \in \mathbb{R}^n un nombre réel positif ou nul N(x)R+N(x) \in \mathbb{R}_+, et qui vérifie les trois propriétés (ou axiomes) suivantes pour tous vecteurs x,yRnx, y \in \mathbb{R}^n et tout scalaire λR\lambda \in \mathbb{R} :

  1. Séparation (ou non-dégénérescence) : N(x)=0    x=0RnN(x) = 0 \iff x = 0_{\mathbb{R}^n}.

    • Cette propriété assure que seul le vecteur nul a une “longueur” nulle. Tout autre vecteur a une longueur strictement positive.
  2. Homogénéité (ou mise à l’échelle) : N(λx)=λN(x)N(\lambda x) = |\lambda| N(x).

    • Cette propriété signifie que si l’on “étire” ou “rétrécit” un vecteur d’un facteur λ\lambda, sa longueur est multipliée par la valeur absolue de ce facteur, λ|\lambda|. Le sens du vecteur n’affecte pas sa longueur.
  3. Inégalité triangulaire (ou sous-additivité) : N(x+y)N(x)+N(y)N(x + y) \le N(x) + N(y).

    • Cette propriété est fondamentale. Géométriquement, dans un triangle formé par les vecteurs xx, yy et x+yx+y, la longueur du côté x+yx+y est toujours inférieure ou égale à la somme des longueurs des deux autres côtés. En d’autres termes, le chemin direct est toujours le plus court.

Un espace vectoriel muni d’une norme est appelé un espace vectoriel normé. La norme est une généralisation de la notion de “longueur” d’un vecteur.

Propriétés et Caractéristiques Clés

  • Positivité : Pour tout xRnx \in \mathbb{R}^n, N(x)0N(x) \ge 0. Cette propriété découle des axiomes. En effet, N(x)=N(x0Rn)N(x)N(0Rn)=N(x)N(x) = N(x - 0_{\mathbb{R}^n}) \ge |N(x) - N(0_{\mathbb{R}^n})| = N(x) (en utilisant l’inégalité triangulaire renversée). Plus simplement, 0=N(0Rn)=N(xx)N(x)+N(x)=N(x)+1N(x)=2N(x)0 = N(0_{\mathbb{R}^n}) = N(x - x) \le N(x) + N(-x) = N(x) + |-1|N(x) = 2N(x), donc N(x)0N(x) \ge 0.
  • Inégalité triangulaire renversée : Pour tous x,yRnx, y \in \mathbb{R}^n, on a N(x)N(y)N(xy)|N(x) - N(y)| \le N(x - y).
    • Démonstration : On a N(x)=N(xy+y)N(xy)+N(y)N(x) = N(x - y + y) \le N(x - y) + N(y), donc N(x)N(y)N(xy)N(x) - N(y) \le N(x - y). De même, N(y)=N(yx+x)N(yx)+N(x)N(y) = N(y - x + x) \le N(y - x) + N(x), ce qui donne N(y)N(x)N(yx)=N(xy)N(y) - N(x) \le N(y - x) = N(x - y), ou encore (N(x)N(y))N(xy)-(N(x) - N(y)) \le N(x-y). En combinant les deux inégalités, on obtient le résultat.
  • Distance associée : Une norme NN sur Rn\mathbb{R}^n permet de définir une distance d(x,y)=N(xy)d(x, y) = N(x - y). Cette distance mesure “l’écart” entre les deux vecteurs xx et yy.

Exemples

Exemple 1 : La valeur absolue sur R\mathbb{R}

Sur l’espace vectoriel R1=R\mathbb{R}^1 = \mathbb{R}, l’application “valeur absolue” N(x)=xN(x) = |x| est une norme.

  • Séparation : x=0    x=0|x| = 0 \iff x = 0. C’est une propriété de base de la valeur absolue.
  • Homogénéité : λx=λx|\lambda x| = |\lambda| |x| pour tout λ,xR\lambda, x \in \mathbb{R}. C’est également une propriété standard.
  • Inégalité triangulaire : x+yx+y|x+y| \le |x|+|y| pour tout x,yRx, y \in \mathbb{R}. C’est l’inégalité triangulaire classique sur les réels.

Exemple 2 : Une norme pondérée sur R2\mathbb{R}^2

Considérons l’application N:R2R+N: \mathbb{R}^2 \to \mathbb{R}_+ définie par N(x1,x2)=2x1+3x2N(x_1, x_2) = 2|x_1| + 3|x_2|. Montrons que c’est une norme.

Soient x=(x1,x2)x = (x_1, x_2) et y=(y1,y2)y = (y_1, y_2) dans R2\mathbb{R}^2, et λR\lambda \in \mathbb{R}.

  • Séparation : N(x1,x2)=2x1+3x2=0N(x_1, x_2) = 2|x_1| + 3|x_2| = 0. Comme 2x102|x_1| \ge 0 et 3x203|x_2| \ge 0, leur somme est nulle si et seulement si 2x1=02|x_1|=0 et 3x2=03|x_2|=0, ce qui implique x1=0|x_1|=0 et x2=0|x_2|=0, donc x1=0x_1=0 et x2=0x_2=0. Ainsi, x=(0,0)=0R2x = (0,0) = 0_{\mathbb{R}^2}.

  • Homogénéité : N(λx)=N(λx1,λx2)=2λx1+3λx2=2λx1+3λx2=λ(2x1+3x2)=λN(x)N(\lambda x) = N(\lambda x_1, \lambda x_2) = 2|\lambda x_1| + 3|\lambda x_2| = 2|\lambda||x_1| + 3|\lambda||x_2| = |\lambda|(2|x_1| + 3|x_2|) = |\lambda| N(x).

  • Inégalité triangulaire :

    \begin{align*} N(x+y) &= N(x_1+y_1, x_2+y_2) = 2|x_1+y_1| + 3|x_2+y_2| \\ &\le 2(|x_1|+|y_1|) + 3(|x_2|+|y_2|) \quad \text{(par l'inégalité triangulaire sur R)} \\ &= (2|x_1|+3|x_2|) + (2|y_1|+3|y_2|) = N(x) + N(y). \end{align*}

Tous les axiomes sont vérifiés, donc NN est une norme.

Exemple 3 : Une norme “mixte” sur R2\mathbb{R}^2

Considérons l’application N(x,y)=x+2y+3yN(x, y) = |x + 2y| + 3|y| de l’exercice fondamental 1.3.

  • Séparation : Si N(x,y)=0N(x, y) = 0, alors x+2y=0|x + 2y| = 0 et 3y=03|y| = 0. La deuxième équation donne y=0y=0. En remplaçant dans la première, on obtient x=0|x| = 0, donc x=0x=0. Ainsi, (x,y)=(0,0)(x,y)=(0,0).

  • Homogénéité : N(λx,λy)=λx+2λy+3λy=λ(x+2y)+3λy=λx+2y+3λy=λN(x,y)N(\lambda x, \lambda y) = |\lambda x + 2\lambda y| + 3|\lambda y| = |\lambda(x+2y)| + 3|\lambda||y| = |\lambda||x+2y| + 3|\lambda||y| = |\lambda| N(x,y).

  • Inégalité triangulaire :

    \begin{align*} N(x+x', y+y') &= |(x+x') + 2(y+y')| + 3|y+y'| \\ &= |(x+2y) + (x'+2y')| + 3|y+y'| \\ &\le |x+2y| + |x'+2y'| + 3(|y|+|y'|) \\ &= (|x+2y| + 3|y|) + (|x'+2y'| + 3|y'|) = N(x,y) + N(x',y'). \end{align*}

C’est donc bien une norme sur R2\mathbb{R}^2.

Contre-exemples

Contre-exemple 1 : Violation de la séparation

Soit A:R2R+A: \mathbb{R}^2 \to \mathbb{R}_+ définie par A(x1,x2)=x1A(x_1, x_2) = |x_1|. Cette application n’est pas une norme. Prenons le vecteur non nul x=(0,5)x = (0, 5). On a A(0,5)=0=0A(0, 5) = |0| = 0, mais x0R2x \neq 0_{\mathbb{R}^2}. L’axiome de séparation est violé.

Contre-exemple 2 : Violation de l’homogénéité

Soit B:RnR+B: \mathbb{R}^n \to \mathbb{R}_+ définie par B(x)=(i=1nxi2)2B(x) = \left(\sum_{i=1}^n x_i^2\right)^2. Cette application n’est pas une norme.

B(λx)=(i=1n(λxi)2)2=(λ2i=1nxi2)2=λ4(i=1nxi2)2=λ4B(x)B(\lambda x) = \left(\sum_{i=1}^n (\lambda x_i)^2\right)^2 = \left(\lambda^2 \sum_{i=1}^n x_i^2\right)^2 = \lambda^4 \left(\sum_{i=1}^n x_i^2\right)^2 = \lambda^4 B(x).

Ceci n’est pas égal à λB(x)|\lambda|B(x) en général. Par exemple, pour λ=2\lambda=2, on a B(2x)=16B(x)2B(x)B(2x) = 16 B(x) \neq 2 B(x). L’axiome d’homogénéité est violé.

Concepts Connexes

  • Distance : Toute norme NN induit une distance d(x,y)=N(xy)d(x, y) = N(x - y), qui mesure l’écart entre deux points. Attention, toutes les distances ne proviennent pas d’une norme.
  • Espace vectoriel normé : Un espace vectoriel muni d’une norme. C’est le cadre de base pour l’étude de la topologie et de l’analyse en dimension finie et infinie.
  • Boule unité : L’ensemble des vecteurs xx tels que N(x)1N(x) \le 1 (boule unité fermée) ou N(x)<1N(x) < 1 (boule unité ouverte). La forme de la boule unité caractérise la norme.

Concept 2: Les Trois Normes Fondamentales sur Rⁿ

Prérequis

  • Concept 1: Norme sur un Espace Vectoriel
  • Sommation (\sum) et maximum d’un ensemble fini de nombres.
  • Racine carrée et ses propriétés.

Définition

Sur l’espace vectoriel Rn\mathbb{R}^n, il existe trois normes particulièrement importantes et fréquemment utilisées. Pour un vecteur x=(x1,x2,,xn)Rnx = (x_1, x_2, \dots, x_n) \in \mathbb{R}^n :

  1. Norme 1 (ou Norme de Manhattan) :

    x1=deˊfj=1nxj=x1+x2++xn\|x\|_1 \stackrel{\text{déf}}{=} \sum_{j=1}^{n} |x_j| = |x_1| + |x_2| + \dots + |x_n|

  2. Norme 2 (ou Norme Euclidienne) :

    x2=deˊfj=1nxj2=x12+x22++xn2\|x\|_2 \stackrel{\text{déf}}{=} \sqrt{\sum_{j=1}^{n} x_j^2} = \sqrt{x_1^2 + x_2^2 + \dots + x_n^2}

  3. Norme infinie (ou Norme du maximum) :

    x=deˊfmax1jnxj=max(x1,x2,,xn)\|x\|_\infty \stackrel{\text{déf}}{=} \max_{1 \le j \le n} |x_j| = \max(|x_1|, |x_2|, \dots, |x_n|)

Ces trois applications sont bien des normes, c’est-à-dire qu’elles satisfont les trois axiomes de séparation, d’homogénéité et l’inégalité triangulaire.

Explications Détaillées

  • La norme 1 est appelée “norme de Manhattan” car elle correspond à la distance qu’un taxi parcourrait dans une ville où les rues forment une grille (comme à Manhattan). Pour aller d’un point A à un point B, on ne peut pas traverser les immeubles en diagonale ; on doit suivre les rues, ce qui revient à additionner les distances horizontales et verticales.
  • La norme 2 est la norme la plus intuitive. Elle correspond à la notion habituelle de longueur “à vol d’oiseau”, directement issue du théorème de Pythagore en dimensions 2 et 3, et généralisée à nn dimensions. C’est la distance la plus courte entre deux points dans l’espace euclidien.
  • La norme infinie mesure la “taille” d’un vecteur par sa plus grande composante en valeur absolue. Elle est très utile en analyse numérique et en théorie de l’approximation, où l’on cherche souvent à minimiser la plus grande erreur possible (l’erreur “maximale”).

Propriétés et Caractéristiques Clés

  • Vérification des axiomes : Les démonstrations que ces trois applications sont des normes reposent sur les propriétés de la valeur absolue (pour les normes 1 et \infty) et sur une inégalité fondamentale pour la norme 2.

  • Inégalité de Cauchy-Schwarz : Pour la norme euclidienne, la preuve de l’inégalité triangulaire nécessite l’inégalité de Cauchy-Schwarz. Pour tous vecteurs x,yRnx, y \in \mathbb{R}^n :

    j=1nxjyj(j=1nxj2)1/2(j=1nyj2)1/2soitx,yx2y2\left| \sum_{j=1}^{n} x_j y_j \right| \le \left(\sum_{j=1}^{n} x_j^2\right)^{1/2} \left(\sum_{j=1}^{n} y_j^2\right)^{1/2} \quad \text{soit} \quad |\langle x, y \rangle| \le \|x\|_2 \|y\|_2

    L’égalité a lieu si et seulement si les vecteurs xx et yy sont colinéaires (c’est-à-dire, l’un est un multiple de l’autre).

Exemples

Exemple 1 : Calcul de normes pour un vecteur dans R5\mathbb{R}^5

Soit le vecteur u=(1,1,2,3,1)R5u = (1, -1, 2, -3, 1) \in \mathbb{R}^5.

  • Norme 1 :

    u1=1+1+2+3+1=1+1+2+3+1=8\|u\|_1 = |1| + |-1| + |2| + |-3| + |1| = 1 + 1 + 2 + 3 + 1 = 8

  • Norme 2 :

    u2=12+(1)2+22+(3)2+12=1+1+4+9+1=16=4\|u\|_2 = \sqrt{1^2 + (-1)^2 + 2^2 + (-3)^2 + 1^2} = \sqrt{1 + 1 + 4 + 9 + 1} = \sqrt{16} = 4

  • Norme infinie :

    u=max(1,1,2,3,1)=max(1,1,2,3,1)=3\|u\|_\infty = \max(|1|, |-1|, |2|, |-3|, |1|) = \max(1, 1, 2, 3, 1) = 3

Exemple 2 : Boules unité dans R2\mathbb{R}^2

La “boule unité” est l’ensemble des points xx tels que x1\|x\| \le 1. Sa frontière, appelée “sphère unité”, est l’ensemble des points où x=1\|x\| = 1. La forme de ces ensembles dépend de la norme. Dans R2\mathbb{R}^2, pour un point (x,y)(x, y):

  • Sphère unité pour 1\| \cdot \|_1 : L’équation est x+y=1|x| + |y| = 1. Cela dessine un carré dont les sommets sont (1,0),(0,1),(1,0),(0,1)(1,0), (0,1), (-1,0), (0,-1).
  • Sphère unité pour 2\| \cdot \|_2 : L’équation est x2+y2=1\sqrt{x^2 + y^2} = 1, soit x2+y2=1x^2 + y^2 = 1. C’est le cercle trigonométrique usuel.
  • Sphère unité pour \| \cdot \|_\infty : L’équation est max(x,y)=1\max(|x|, |y|) = 1. Cela dessine un carré dont les côtés sont parallèles aux axes et les sommets sont (1,1),(1,1),(1,1),(1,1)(1,1), (-1,1), (-1,-1), (1,-1).

Image des boules unité

Exemple 3 : Un vecteur dans R3\mathbb{R}^3

Soit v=(2,4,4)R3v = (2, -4, 4) \in \mathbb{R}^3.

  • v1=2+4+4=2+4+4=10\|v\|_1 = |2| + |-4| + |4| = 2 + 4 + 4 = 10.
  • v2=22+(4)2+42=4+16+16=36=6\|v\|_2 = \sqrt{2^2 + (-4)^2 + 4^2} = \sqrt{4 + 16 + 16} = \sqrt{36} = 6.
  • v=max(2,4,4)=4\|v\|_\infty = \max(|2|, |-4|, |4|) = 4.

Contre-exemples

Contre-exemple 1 : Une fonction qui n’est pas une norme (pas d’inégalité triangulaire)

Considérons l’application p(x)=(i=1nxi)2p(x) = \left(\sum_{i=1}^n \sqrt{|x_i|}\right)^2 sur Rn\mathbb{R}^n. Ce n’est pas une norme. Elle vérifie la séparation et une forme d’homogénéité, mais pas l’inégalité triangulaire.

Soit n=2n=2, x=(1,0)x=(1,0) et y=(0,1)y=(0,1).

  • p(x)=(1+0)2=1p(x) = (\sqrt{1} + \sqrt{0})^2 = 1.
  • p(y)=(0+1)2=1p(y) = (\sqrt{0} + \sqrt{1})^2 = 1.
  • x+y=(1,1)x+y = (1,1), donc p(x+y)=(1+1)2=22=4p(x+y) = (\sqrt{1} + \sqrt{1})^2 = 2^2 = 4.

On a p(x+y)=4p(x+y) = 4, ce qui est strictement supérieur à p(x)+p(y)=1+1=2p(x) + p(y) = 1+1=2. L’inégalité triangulaire p(x+y)p(x)+p(y)p(x+y) \le p(x) + p(y) est donc violée.

Contre-exemple 2 : Distance non-associée à une norme

La distance discrète d(x,y)d(x,y) sur Rn\mathbb{R}^n est définie par d(x,y)=0d(x,y)=0 si x=yx=y et d(x,y)=1d(x,y)=1 si xyx \neq y.

Cette distance ne peut pas provenir d’une norme car elle ne respecte pas l’homogénéité. Si elle provenait d’une norme NN, on aurait d(x,0)=N(x)d(x,0) = N(x). Soit x0x \neq 0. Alors N(x)=1N(x)=1. Pour λ=2\lambda = 2, on a 2x02x \neq 0 donc N(2x)=1N(2x)=1. Or, selon l’axiome d’homogénéité, on devrait avoir N(2x)=2N(x)=2×1=2N(2x) = |2|N(x) = 2 \times 1 = 2. Comme 121 \neq 2, cette distance n’est pas associée à une norme.

Concepts Connexes

  • Normes équivalentes : Les trois normes fondamentales, bien que donnant des valeurs différentes pour la “longueur” d’un vecteur, sont “équivalentes”, ce qui signifie qu’elles définissent la même notion de “petitesse” ou de convergence.
  • Produit scalaire : La norme euclidienne est la seule des trois qui est associée à un produit scalaire : x2=x,x\|x\|_2 = \sqrt{\langle x, x \rangle}x,y=xiyi\langle x, y \rangle = \sum x_i y_i.

Concept 3: Normes Équivalentes

Prérequis

  • Concept 1: Norme sur un Espace Vectoriel
  • Inégalités et manipulation de constantes réelles positives.

Définition

Soient N1N_1 et N2N_2 deux normes sur Rn\mathbb{R}^n. On dit que N1N_1 est équivalente à N2N_2 s’il existe deux constantes réelles strictement positives, α>0\alpha > 0 et β>0\beta > 0, telles que pour tout vecteur xRnx \in \mathbb{R}^n :

αN1(x)N2(x)βN1(x) \alpha N_1(x) \le N_2(x) \le \beta N_1(x)

Il est crucial de noter que les constantes α\alpha et β\beta sont universelles : elles doivent être les mêmes pour tous les vecteurs xx de l’espace.

Explications Détaillées

L’équivalence des normes est un concept puissant. Intuitivement, si deux normes sont équivalentes, cela signifie qu’elles mesurent la taille des vecteurs de manière comparable. Un vecteur considéré comme “petit” par une norme le sera également par l’autre, et un vecteur “grand” pour l’une le sera aussi pour l’autre.

L’inégalité N2(x)βN1(x)N_2(x) \le \beta N_1(x) signifie que la norme N2N_2 est “contrôlée” ou “majorée” par la norme N1N_1.

L’inégalité αN1(x)N2(x)\alpha N_1(x) \le N_2(x) (qui peut aussi s’écrire N1(x)1αN2(x)N_1(x) \le \frac{1}{\alpha} N_2(x)) signifie que N1N_1 est contrôlée par N2N_2.

L’équivalence est donc un contrôle mutuel entre les deux normes.

Propriétés et Caractéristiques Clés

  • Relation d’équivalence : La relation “est équivalente à” est une relation d’équivalence :

    • Réflexivité : Toute norme NN est équivalente à elle-même (prendre α=β=1\alpha=\beta=1).
    • Symétrie : Si N1N_1 est équivalente à N2N_2, alors N2N_2 est équivalente à N1N_1. (Si αN1N2βN1\alpha N_1 \le N_2 \le \beta N_1, alors 1βN2N11αN2\frac{1}{\beta} N_2 \le N_1 \le \frac{1}{\alpha} N_2).
    • Transitivité : Si N1N_1 est équivalente à N2N_2 et N2N_2 est équivalente à N3N_3, alors N1N_1 est équivalente à N3N_3.
  • Théorème fondamental en dimension finie : Dans un espace vectoriel de dimension finie comme Rn\mathbb{R}^n, toutes les normes sont équivalentes. C’est un résultat majeur. Cela implique que peu importe la norme que l’on choisit pour travailler sur Rn\mathbb{R}^n, les notions topologiques fondamentales (comme la convergence, la continuité, les ouverts) seront les mêmes.

Exemples

Exemple 1 : Équivalence des trois normes fondamentales

Pour tout xRnx \in \mathbb{R}^n, on a les inégalités suivantes :

xx2x1nx2nx \|x\|_\infty \le \|x\|_2 \le \|x\|_1 \le \sqrt{n} \|x\|_2 \le n \|x\|_\infty
  • Équivalence entre \| \cdot \|_\infty et 1\| \cdot \|_1 : Des inégalités ci-dessus, on tire xx1\|x\|_\infty \le \|x\|_1 et x1nx\|x\|_1 \le n\|x\|_\infty. Donc, en posant α=1\alpha=1 et β=n\beta=n, on a αxx1βx\alpha \|x\|_\infty \le \|x\|_1 \le \beta \|x\|_\infty. Ces deux normes sont donc équivalentes.
  • Équivalence entre 2\| \cdot \|_2 et \| \cdot \|_\infty : On a xx2\|x\|_\infty \le \|x\|_2 et x2nx\|x\|_2 \le \sqrt{n}\|x\|_\infty (obtenu en remarquant que xj2(x)2=nx2\sum x_j^2 \le \sum (\|x\|_\infty)^2 = n \|x\|_\infty^2). Donc, avec α=1\alpha=1 et β=n\beta=\sqrt{n}, les normes sont équivalentes.

Exemple 2 : Démonstration d’une des inégalités pour n=3n=3

Montrons que x13x2\|x\|_1 \le \sqrt{3} \|x\|_2 pour xR3x \in \mathbb{R}^3. Soit x=(x1,x2,x3)x=(x_1, x_2, x_3).

On veut montrer x1+x2+x33x12+x22+x32|x_1| + |x_2| + |x_3| \le \sqrt{3} \sqrt{x_1^2 + x_2^2 + x_3^2}.

Ceci est une application de l’inégalité de Cauchy-Schwarz. Soient les vecteurs u=(x1,x2,x3)u = (|x_1|, |x_2|, |x_3|) et v=(1,1,1)v=(1, 1, 1).

L’inégalité de Cauchy-Schwarz u,vu2v2|\langle u, v \rangle| \le \|u\|_2 \|v\|_2 nous donne :

uiviui2vi2|\sum u_i v_i| \le \sqrt{\sum u_i^2} \sqrt{\sum v_i^2}

x11+x21+x31x12+x22+x3212+12+12|x_1|\cdot 1 + |x_2|\cdot 1 + |x_3|\cdot 1 \le \sqrt{|x_1|^2 + |x_2|^2 + |x_3|^2} \sqrt{1^2+1^2+1^2}

x1x12+x22+x323=3x2\|x\|_1 \le \sqrt{x_1^2 + x_2^2 + x_3^2} \sqrt{3} = \sqrt{3} \|x\|_2

Exemple 3 : Équivalence avec une norme “exotique”

Montrons que la norme N(x,y)=x+xyN(x, y) = |x| + |x-y| sur R2\mathbb{R}^2 est équivalente à la norme infinie (x,y)=max(x,y)\|(x,y)\|_\infty = \max(|x|, |y|).

  • Majoration de NN par \| \cdot \|_\infty :

    N(x,y)=x+xyx+(x+y)=2x+yN(x, y) = |x| + |x-y| \le |x| + (|x| + |y|) = 2|x| + |y|.

    Comme x(x,y)|x| \le \|(x,y)\|_\infty et y(x,y)|y| \le \|(x,y)\|_\infty, on a :

    N(x,y)2(x,y)+(x,y)=3(x,y)N(x, y) \le 2\|(x,y)\|_\infty + \|(x,y)\|_\infty = 3\|(x,y)\|_\infty. On a donc une constante β=3\beta = 3.

  • Minoration de NN par \| \cdot \|_\infty :

    On a xN(x,y)|x| \le N(x,y). De plus, y=yx+xyx+x=xy+x=N(x,y)|y| = |y-x+x| \le |y-x|+|x| = |x-y|+|x| = N(x,y).

    Donc, (x,y)=max(x,y)N(x,y)\|(x,y)\|_\infty = \max(|x|, |y|) \le N(x,y). On peut prendre α=1\alpha=1.

Au final, 1(x,y)N(x,y)3(x,y)1 \cdot \|(x,y)\|_\infty \le N(x,y) \le 3 \cdot \|(x,y)\|_\infty, ce qui prouve l’équivalence.

Contre-exemples

Contre-exemple 1 : Constantes dépendant de nn

Les constantes d’équivalence entre les normes 1, 2 et \infty dépendent de la dimension nn. Par exemple, x1nx2\|x\|_1 \le \sqrt{n} \|x\|_2. Quand nn \to \infty, la constante n\sqrt{n} tend vers l’infini. Cela suggère qu’en dimension infinie, les normes pourraient ne plus être équivalentes, ce qui est le cas.

Contre-exemple 2 : Le cas de la dimension infinie

Considérons l’espace des fonctions continues sur [0,1][0, 1], noté C([0,1])C([0, 1]). On peut le munir de la norme infinie f=maxt[0,1]f(t)\|f\|_\infty = \max_{t \in [0,1]} |f(t)| et de la norme 1 f1=01f(t)dt\|f\|_1 = \int_0^1 |f(t)| dt.

Ces deux normes ne sont pas équivalentes.

Considérons la suite de fonctions fk(t)=tkf_k(t) = t^k pour kNk \in \mathbb{N}.

  • fk=maxt[0,1]tk=1k=1\|f_k\|_\infty = \max_{t \in [0,1]} t^k = 1^k = 1.
  • fk1=01tkdt=[tk+1k+1]01=1k+1\|f_k\|_1 = \int_0^1 t^k dt = \left[\frac{t^{k+1}}{k+1}\right]_0^1 = \frac{1}{k+1}.

Si les normes étaient équivalentes, il existerait α>0\alpha > 0 tel que αff1\alpha \|f\|_\infty \le \|f\|_1 pour toute fonction ff.

Pour notre suite de fonctions, cela donnerait α11k+1\alpha \cdot 1 \le \frac{1}{k+1}, soit α(k+1)1\alpha(k+1) \le 1. Mais quand kk \to \infty, le membre de gauche tend vers l’infini, ce qui est impossible. Donc les normes ne sont pas équivalentes.

Concepts Connexes

  • Convergence des suites : Le principal intérêt de l’équivalence des normes est que la notion de convergence d’une suite ne dépend pas de la norme choisie. Si une suite converge pour une norme, elle converge pour toutes les autres (vers la même limite).
  • Topologie : L’équivalence des normes implique qu’elles définissent toutes la même topologie (les mêmes ensembles ouverts, fermés, compacts, etc.).

Concept 4: Convergence des Suites dans Rⁿ

Prérequis

  • Suites réelles : Définition de la convergence d’une suite de nombres réels (ε>0,N,\forall \varepsilon > 0, \exists N, \dots).
  • Concept 1: Norme sur un Espace Vectoriel et sa distance associée.
  • Concept 3: Normes Équivalentes.

Définition

Soit \| \cdot \| une norme sur Rn\mathbb{R}^n. Soit (xk)kN(x^k)_{k \in \mathbb{N}} une suite de vecteurs de Rn\mathbb{R}^n (où xk=(x1k,x2k,,xnk)x^k = (x_1^k, x_2^k, \dots, x_n^k)) et aa un vecteur de Rn\mathbb{R}^n.

On dit que la suite (xk)(x^k) converge vers aa (pour la norme \| \cdot \|) si la suite des distances (réelles et positives) xka\|x^k - a\| tend vers 00 lorsque kk tend vers l’infini.

Formellement, (xk)(x^k) converge vers aa si et seulement si :

ε>0,kεN tel que kkε,xka<ε\forall \varepsilon > 0, \quad \exists k_\varepsilon \in \mathbb{N} \text{ tel que } \forall k \ge k_\varepsilon, \quad \|x^k - a\| < \varepsilon

On note alors limkxk=a\lim_{k \to \infty} x^k = a ou xkkax^k \xrightarrow{k \to \infty} a.

Explications Détaillées

La convergence d’une suite de vecteurs est une généralisation directe de la convergence des suites réelles. Au lieu de mesurer la distance entre deux nombres avec la valeur absolue unL|u_n - L|, on mesure la distance entre deux vecteurs avec une norme xka\|x^k - a\|.

L’idée intuitive est la même : à partir d’un certain rang kεk_\varepsilon, tous les vecteurs de la suite se trouvent à l’intérieur d’une “boule” de rayon ε\varepsilon centrée en aa. Peu importe la petitesse de ε\varepsilon, on peut toujours trouver un rang à partir duquel la suite est “piégée” dans cette boule.

Attention à la notation : l’indice kk en exposant dans xkx^k désigne le terme de la suite (le “temps”), tandis que l’indice jj en indice dans xjkx_j^k désigne la jj-ème composante du kk-ème vecteur.

Propriétés et Caractéristiques Clés

  • Unicité de la limite : Si une suite converge, sa limite est unique. La démonstration utilise l’inégalité triangulaire pour montrer que si une suite avait deux limites distinctes aa et bb, la distance ab\|a-b\| serait plus petite que n’importe quel nombre positif, ce qui implique ab=0\|a-b\|=0 et donc a=ba=b par l’axiome de séparation.

  • Indépendance de la norme : Puisque toutes les normes sur Rn\mathbb{R}^n sont équivalentes, la convergence d’une suite ne dépend pas de la norme choisie. Si une suite converge pour 1\| \cdot \|_1, elle converge aussi pour 2\| \cdot \|_2 et \| \cdot \|_\infty (et toute autre norme) vers la même limite. C’est pourquoi on peut simplement parler de “suite convergente dans Rn\mathbb{R}^n” sans préciser la norme.

  • Convergence composante par composante : Une suite de vecteurs xk=(x1k,,xnk)x^k = (x_1^k, \dots, x_n^k) converge vers un vecteur a=(a1,,an)a=(a_1, \dots, a_n) si et seulement si chacune de ses suites de composantes (qui sont des suites réelles) converge vers la composante correspondante de aa.

    xkka    j{1,,n},xjkkajx^k \xrightarrow{k \to \infty} a \quad \iff \quad \forall j \in \{1, \dots, n\}, \quad x_j^k \xrightarrow{k \to \infty} a_j

    Cette propriété est extrêmement pratique car elle ramène l’étude de la convergence dans Rn\mathbb{R}^n à l’étude de nn suites réelles.

Exemples

Exemple 1 : Une suite convergente dans R3\mathbb{R}^3

Soit la suite définie par xk=(kk+1,(1)kk2,ek)R3x^k = \left( \frac{k}{k+1}, \frac{(-1)^k}{k^2}, e^{-k} \right) \in \mathbb{R}^3.

Pour déterminer si elle converge, on étudie chaque composante séparément :

  • x1k=kk+1=11+1/kk1x_1^k = \frac{k}{k+1} = \frac{1}{1+1/k} \xrightarrow{k \to \infty} 1.
  • x2k=(1)kk2x_2^k = \frac{(-1)^k}{k^2}. On a x2k=1k20|x_2^k| = \frac{1}{k^2} \to 0, donc x2kk0x_2^k \xrightarrow{k \to \infty} 0.
  • x3k=ek=1ekk0x_3^k = e^{-k} = \frac{1}{e^k} \xrightarrow{k \to \infty} 0.

Chaque composante converge, donc la suite de vecteurs converge vers le vecteur limite a=(1,0,0)a = (1, 0, 0).

Exemple 2 : L’exemple de l’exercice fondamental 1.5

Soit la suite xk:=(2sin(π2kk+1)1+k3ekln(1+2k))x^k := \begin{pmatrix} 2 \sin\left(\frac{\pi}{2} \frac{k}{k+1}\right) \\ 1 + k^3 e^{-k} \\ \ln(1 + 2^{-k}) \end{pmatrix}.

  • Composante 1 : kk+11\frac{k}{k+1} \to 1, donc π2kk+1π2\frac{\pi}{2}\frac{k}{k+1} \to \frac{\pi}{2}. Par continuité de la fonction sinus, x1k2sin(π2)=21=2x_1^k \to 2 \sin(\frac{\pi}{2}) = 2 \cdot 1 = 2.
  • Composante 2 : Par croissances comparées, limkk3ek=0\lim_{k\to\infty} k^3 e^{-k} = 0. Donc x2k1+0=1x_2^k \to 1+0=1.
  • Composante 3 : 2k02^{-k} \to 0. Par continuité de la fonction ln\ln, x3kln(1+0)=0x_3^k \to \ln(1+0) = 0.

La suite converge donc vers le vecteur a=(2,1,0)a = (2, 1, 0).

Exemple 3 : Une suite géométrique dans R2\mathbb{R}^2

Soit la suite xk=((12)k,(34)k)x^k = \left( \left(\frac{1}{2}\right)^k, \left(-\frac{3}{4}\right)^k \right).

  • x1k=(1/2)k0x_1^k = (1/2)^k \to 0 car 1/2<1|1/2| < 1.
  • x2k=(3/4)k0x_2^k = (-3/4)^k \to 0 car 3/4<1|-3/4| < 1.

La suite converge donc vers le vecteur nul (0,0)(0,0).

Contre-exemples

Contre-exemple 1 : Une composante ne converge pas

Soit la suite xk=(1k,(1)k)R2x^k = \left( \frac{1}{k}, (-1)^k \right) \in \mathbb{R}^2.

  • La première composante x1k=1/kx_1^k = 1/k converge vers 00.
  • La deuxième composante x2k=(1)kx_2^k = (-1)^k oscille entre -1 et 1 et ne converge pas.

Puisqu’au moins une des composantes ne converge pas, la suite de vecteurs (xk)(x^k) ne converge pas.

Contre-exemple 2 : Une composante diverge vers l’infini

Soit la suite xk=(1k2,ln(k))R2x^k = \left( \frac{1}{k^2}, \ln(k) \right) \in \mathbb{R}^2.

La deuxième composante x2k=ln(k)x_2^k = \ln(k) tend vers ++\infty. La suite de vecteurs ne converge pas. On peut le voir avec n’importe quelle norme. Par exemple, avec la norme infinie :

xk=max(1k2,ln(k))=ln(k)\|x^k\|_\infty = \max\left(\frac{1}{k^2}, \ln(k)\right) = \ln(k) pour k2k \ge 2.

Comme xk\|x^k\|_\infty \to \infty, la suite est non bornée et ne peut donc pas converger.

Concepts Connexes

  • Suites de Cauchy : Toute suite convergente est une suite de Cauchy. Dans Rn\mathbb{R}^n, la réciproque est vraie : toute suite de Cauchy est convergente. On dit que Rn\mathbb{R}^n est un espace complet.
  • Continuité : La notion de convergence des suites est le fondement de la définition de la continuité des fonctions entre espaces vectoriels normés. Une fonction ff est continue en un point aa si pour toute suite (xk)(x^k) qui converge vers aa, la suite des images (f(xk))(f(x^k)) converge vers f(a)f(a).

Concept 5: Suites de Cauchy

Prérequis

  • Concept 4: Convergence des Suites dans Rⁿ
  • Concept 1: Norme sur un Espace Vectoriel et sa distance associée.

Définition

Soit \| \cdot \| une norme sur Rn\mathbb{R}^n. Une suite (xk)kN(x^k)_{k \in \mathbb{N}} de vecteurs de Rn\mathbb{R}^n est dite suite de Cauchy si ses termes se rapprochent arbitrairement les uns des autres à mesure que leurs indices augmentent.

Formellement, (xk)(x^k) est de Cauchy si :

ε>0,kεN tel que p,qkε,xpxq<ε\forall \varepsilon > 0, \quad \exists k_\varepsilon \in \mathbb{N} \text{ tel que } \forall p, q \ge k_\varepsilon, \quad \|x^p - x^q\| < \varepsilon

Explications Détaillées

L’idée fondamentale d’une suite de Cauchy est de fournir un critère de convergence qui ne dépend que des termes de la suite elle-même, sans avoir besoin de connaître ou de mentionner la limite potentielle. La définition exprime que pour tout petit “rayon” ε\varepsilon, on peut trouver un rang kεk_\varepsilon à partir duquel tous les termes de la suite sont contenus dans une boule de ce rayon. La suite se “contracte” ou se “ratatine” sur elle-même.

Dans l’espace R\mathbb{R}, une suite est convergente si et seulement si elle est de Cauchy. Ce résultat s’étend à Rn\mathbb{R}^n. L’importance de ce concept est qu’il permet de prouver qu’une suite converge sans avoir à deviner sa limite au préalable.

Propriétés et Caractéristiques Clés

  • Une suite convergente est toujours de Cauchy : Si une suite (xk)(x^k) converge vers une limite aa, alors pour un kk assez grand, tous les xkx^k sont proches de aa. Par l’inégalité triangulaire, si xpx^p et xqx^q sont tous deux proches de aa, ils doivent être proches l’un de l’autre.

    Démonstration : Soit ε>0\varepsilon > 0. Puisque xkax^k \to a, il existe kεk_\varepsilon tel que si kkεk \ge k_\varepsilon, xka<ε/2\|x^k - a\| < \varepsilon/2. Alors pour p,qkεp, q \ge k_\varepsilon, on a :

    xpxq=(xpa)+(axq)xpa+axq<ε2+ε2=ε\|x^p - x^q\| = \|(x^p - a) + (a - x^q)\| \le \|x^p - a\| + \|a - x^q\| < \frac{\varepsilon}{2} + \frac{\varepsilon}{2} = \varepsilon

    La suite est donc de Cauchy.

  • Complétude de Rn\mathbb{R}^n : Un espace vectoriel normé est dit complet si toute suite de Cauchy y est convergente. Rn\mathbb{R}^n est un espace complet pour n’importe quelle norme (puisqu’elles sont toutes équivalentes). C’est un résultat fondamental de l’analyse.

  • Indépendance de la norme : Tout comme la convergence, le fait d’être une suite de Cauchy ne dépend pas de la norme choisie sur Rn\mathbb{R}^n, car toutes les normes y sont équivalentes.

Exemples

Exemple 1 : Une suite convergente, donc de Cauchy

Considérons la suite xk=(1k,21k2)x^k = (\frac{1}{k}, 2 - \frac{1}{k^2}) dans R2\mathbb{R}^2. Nous savons qu’elle converge vers a=(0,2)a=(0,2). Par la propriété ci-dessus, elle est de Cauchy.

Montrons-le directement. Soient p,qNp, q \in \mathbb{N} avec (par exemple) p>qp > q.

xpxq1=1p1q+(21p2)(21q2)=qppq+p2q2p2q2\|x^p - x^q\|_1 = \left|\frac{1}{p} - \frac{1}{q}\right| + \left|\left(2 - \frac{1}{p^2}\right) - \left(2 - \frac{1}{q^2}\right)\right| = \left|\frac{q-p}{pq}\right| + \left|\frac{p^2-q^2}{p^2q^2}\right|

xpxq1=pqpq+(pq)(p+q)p2q2=1q1p+(1q21p2)\|x^p - x^q\|_1 = \frac{p-q}{pq} + \frac{(p-q)(p+q)}{p^2q^2} = \frac{1}{q} - \frac{1}{p} + \left(\frac{1}{q^2} - \frac{1}{p^2}\right)

Pour ε>0\varepsilon > 0 donné, on peut choisir kεk_\varepsilon tel que si qkεq \ge k_\varepsilon, 1/q<ε/41/q < \varepsilon/4. Alors si p>qkεp > q \ge k_\varepsilon, les termes 1q,1p,1q2,1p2\frac{1}{q}, \frac{1}{p}, \frac{1}{q^2}, \frac{1}{p^2} sont tous petits et on peut borner la somme par ε\varepsilon.

Exemple 2 : Une suite définie par récurrence

Soit une suite de réels (uk)(u_k) définie par u0=1u_0 = 1 et uk+1=1+1uku_{k+1} = 1 + \frac{1}{u_k}. Les premiers termes sont 1,2,3/2,5/3,1, 2, 3/2, 5/3, \dots. On peut montrer que cette suite converge vers le nombre d’or ϕ=1+52\phi = \frac{1+\sqrt{5}}{2}. Étant convergente dans R\mathbb{R}, elle est de Cauchy.

Exemple 3 : Une série géométrique

Considérons la suite des sommes partielles Sk=j=0k12jS_k = \sum_{j=0}^k \frac{1}{2^j}. C’est une suite de réels. Pour p>qp > q,

SpSq=j=q+1p12j=12q+11(1/2)pq11/2=12q(1(1/2)pq)<12q|S_p - S_q| = \sum_{j=q+1}^p \frac{1}{2^j} = \frac{1}{2^{q+1}} \frac{1 - (1/2)^{p-q}}{1 - 1/2} = \frac{1}{2^q}(1 - (1/2)^{p-q}) < \frac{1}{2^q}

Comme 1/2q01/2^q \to 0 quand qq \to \infty, la suite (Sk)(S_k) est de Cauchy. On sait par ailleurs qu’elle converge vers 2.

Contre-exemples

Contre-exemple 1 : Une suite non-Cauchy

La suite xk=((1)k,1/k)x^k = ((-1)^k, 1/k) dans R2\mathbb{R}^2 n’est pas de Cauchy.

Regardons la distance entre deux termes consécutifs.

xk+1xk=max((1)k+1(1)k,1k+11k)\|x^{k+1} - x^k\|_\infty = \max\left( |(-1)^{k+1} - (-1)^k|, \left|\frac{1}{k+1} - \frac{1}{k}\right| \right)

Le premier terme est 2(1)k=2|-2(-1)^k| = 2. Le second terme tend vers 0. Donc, pour kk assez grand,

xk+1xk=2\|x^{k+1} - x^k\|_\infty = 2

La distance entre termes consécutifs ne tend pas vers 0, donc la suite ne peut pas être de Cauchy. (Si on prend ε=1\varepsilon=1, on ne pourra jamais garantir que xpxq<1\|x^p - x^q\| < 1 pour tous les p,qp,q assez grands).

Contre-exemple 2 : Une suite de Cauchy dans Q\mathbb{Q} qui ne converge pas dans Q\mathbb{Q}

L’espace des nombres rationnels Q\mathbb{Q} n’est pas complet.

Considérons une suite de rationnels qui approxime 2\sqrt{2}. Par exemple, la suite définie par la méthode de Héron : u0=1u_0=1, uk+1=12(uk+2uk)u_{k+1} = \frac{1}{2}(u_k + \frac{2}{u_k}).

Cette suite (uk)(u_k) est une suite de nombres rationnels. On peut montrer qu’elle est de Cauchy. Cependant, sa limite est 2\sqrt{2}, qui n’est pas un nombre rationnel.

Donc, (uk)(u_k) est une suite de Cauchy dans Q\mathbb{Q}, mais elle n’a pas de limite dans Q\mathbb{Q}. Cet exemple illustre pourquoi la complétude est une propriété si importante de R\mathbb{R}.

Concepts Connexes

  • Espace complet (ou Espace de Banach) : Un espace vectoriel normé dans lequel toute suite de Cauchy converge. Rn\mathbb{R}^n est l’exemple prototypique. La complétude est cruciale pour garantir l’existence de solutions à de nombreux problèmes en analyse (équations différentielles, etc.).
  • Analyse fonctionnelle : Le concept de suite de Cauchy et de complétude est central en analyse fonctionnelle, où l’on étudie des espaces de dimension infinie (comme des espaces de fonctions).