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Groupes d'isométries - fiches de révision (B)

Prouver les caractérisations équivalentes d'une isométrie vectorielle ff sur un espace préhilbertien EE.

Solution

Soit fL(E)f \in \mathcal{L}(E). Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. ff préserve la norme : xE,f(x)=x\forall x \in E, \|f(x)\| = \|x\|.
  2. ff préserve le produit scalaire (hermitien) : x,yE,φ(f(x),f(y))=φ(x,y)\forall x, y \in E, \varphi(f(x), f(y)) = \varphi(x, y).
  3. ff est un automorphisme tel que f1=ff^{-1} = f^*.

Démonstration :

(1)    (2)(1) \implies (2) :

Cette implication repose sur les identités de polarisation.

  • Cas euclidien (R\mathbb{R}) :

    φ(x,y)=14(x+y2xy2)\varphi(x,y) = \frac{1}{4}(\|x+y\|^2 - \|x-y\|^2).

    Puisque ff est linéaire et préserve la norme, f(u)=u\|f(u)\| = \|u\| pour tout uEu \in E.

    φ(f(x),f(y))=14(f(x)+f(y)2f(x)f(y)2)\varphi(f(x), f(y)) = \frac{1}{4}(\|f(x)+f(y)\|^2 - \|f(x)-f(y)\|^2)

    =14(f(x+y)2f(xy)2)=14(x+y2xy2)=φ(x,y)= \frac{1}{4}(\|f(x+y)\|^2 - \|f(x-y)\|^2) = \frac{1}{4}(\|x+y\|^2 - \|x-y\|^2) = \varphi(x,y).

  • Cas hermitien (C\mathbb{C}) :

    On utilise l'identité de polarisation complexe :

    φ(x,y)=14k=03ikx+iky2\varphi(x,y) = \frac{1}{4} \sum_{k=0}^{3} i^k \|x+i^k y\|^2.

    Le raisonnement est identique, car la préservation de la norme s'applique à x+iky\|x+i^k y\|.

(2)    (3)(2) \implies (3) :

  • Injectivité : Soit xker(f)x \in \ker(f), i.e. f(x)=0f(x)=0. Alors f(x)2=φ(f(x),f(x))=0\|f(x)\|^2 = \varphi(f(x), f(x)) = 0. Par (2), φ(f(x),f(x))=φ(x,x)=x2\varphi(f(x),f(x)) = \varphi(x,x) = \|x\|^2. Donc x2=0\|x\|^2 = 0, ce qui implique x=0x=0. Le noyau est trivial.

  • Isomorphisme : En dimension finie, l'injectivité d'un endomorphisme implique sa surjectivité (théorème du rang), donc ff est un isomorphisme.

  • f1=ff^{-1} = f^* : Par définition de l'adjoint ff^*, on a x,yE,φ(f(x),y)=φ(x,f(y))\forall x, y \in E, \varphi(f(x),y) = \varphi(x, f^*(y)).

    En utilisant (2), on a φ(f(x),f(y))=φ(x,y)\varphi(f(x),f(y)) = \varphi(x,y). En comparant avec la définition de l'adjoint, φ(f(x),f(y))=φ(x,ff(y))\varphi(f(x),f(y)) = \varphi(x, f^*f(y)).

    On en déduit φ(x,y)=φ(x,ff(y))\varphi(x,y) = \varphi(x, f^*f(y)), soit φ(x,(ffId)(y))=0\varphi(x, (f^*f - \text{Id})(y)) = 0 pour tous x,yEx, y \in E. Le produit scalaire étant non-dégénéré, cela implique (ffId)(y)=0(f^*f - \text{Id})(y) = 0 pour tout yy, donc ff=Idf^*f = \text{Id}. Puisque ff est inversible, on a f=f1f^* = f^{-1}.

(3)    (1)(3) \implies (1) :

On suppose ff=Idf^*f = \text{Id}.

f(x)2=φ(f(x),f(x))=φ(x,ff(x))=φ(x,Id(x))=φ(x,x)=x2\|f(x)\|^2 = \varphi(f(x), f(x)) = \varphi(x, f^*f(x)) = \varphi(x, \text{Id}(x)) = \varphi(x,x) = \|x\|^2.

Donc f(x)=x\|f(x)\| = \|x\|.

Soit ff une isométrie sur un espace préhilbertien EE de dimension finie. Démontrer que det(f)=1|\det(f)|=1.

Solution

Soit ff une isométrie sur EE. On a montré que ff=Idf^*f = \text{Id}.

Soit B\mathcal{B} une base orthonormée de EE. Soit MM la matrice de ff dans la base B\mathcal{B}.

La matrice de l'endomorphisme adjoint ff^* dans la base B\mathcal{B} est la matrice adjointe de MM, notée MM^*.

  • Dans le cas réel (espace euclidien), M=tMM^* = {}^tM.
  • Dans le cas complexe (espace hermitien), M=tMM^* = {}^t\overline{M}.

La relation ff=Idf^*f = \text{Id} se traduit matriciellement par MM=IM^*M = I, où II est la matrice identité.

En appliquant le déterminant à cette équation matricielle, on obtient :

det(MM)=det(I)\det(M^*M) = \det(I)

det(M)det(M)=1\det(M^*)\det(M) = 1

On sait que det(tA)=det(A)\det({}^tA) = \det(A) et det(A)=det(A)\det(\overline{A}) = \overline{\det(A)}. Donc, det(M)=det(M)\det(M^*) = \overline{\det(M)}.

L'équation devient :

det(M)det(M)=1\overline{\det(M)}\det(M) = 1

Par définition du module d'un nombre complexe zz, on a z2=zˉz|z|^2 = \bar{z}z.

Ainsi, det(M)2=1|\det(M)|^2 = 1.

Puisque le module est un nombre réel positif, on en conclut que det(M)=1|\det(M)| = 1.

Le déterminant d'un endomorphisme ne dépendant pas de la base choisie, on a bien det(f)=1|\det(f)|=1.

Énoncer et justifier pourquoi SOn(R)SO_n(\mathbb{R}) est un sous-groupe distingué de On(R)O_n(\mathbb{R}) et décrire le groupe quotient associé.

Solution

Théorème : Le groupe spécial orthogonal SOn(R)SO_n(\mathbb{R}) est un sous-groupe distingué (ou normal) du groupe orthogonal On(R)O_n(\mathbb{R}). Le groupe quotient On(R)/SOn(R)O_n(\mathbb{R}) / SO_n(\mathbb{R}) est isomorphe au groupe multiplicatif {1,1}\{-1, 1\}, et donc à Z/2Z\mathbb{Z}/2\mathbb{Z}.

Justification :

Pour démontrer qu'un sous-groupe HH d'un groupe GG est distingué, il suffit de montrer que HH est le noyau d'un morphisme de groupes de GG vers un autre groupe.

Considérons l'application déterminant :

det:On(R)R\det : O_n(\mathbb{R}) \to \mathbb{R}^*

  1. C'est un morphisme de groupes :

    Pour tous M,NOn(R)M, N \in O_n(\mathbb{R}), det(MN)=det(M)det(N)\det(MN) = \det(M)\det(N). La structure de groupe est donc transportée.

  2. L'image est {1,1}\{-1, 1\} :

    Pour toute matrice MOn(R)M \in O_n(\mathbb{R}), on a det(M)=1|\det(M)|=1. Comme le déterminant est réel, det(M)\det(M) ne peut valoir que 11 ou 1-1. L'image du morphisme est donc contenue dans {1,1}\{-1, 1\}.

    De plus, ce morphisme est surjectif car InOn(R)I_n \in O_n(\mathbb{R}) a pour déterminant 1, et la matrice d'une réflexion hyperplane (par exemple, diag(1,1,...,1)\text{diag}(-1, 1, ..., 1)) est dans On(R)O_n(\mathbb{R}) et a pour déterminant -1.

  3. Le noyau est SOn(R)SO_n(\mathbb{R}) :

    Par définition, le noyau d'un morphisme de groupes ϕ:GG\phi: G \to G' est l'ensemble {gGϕ(g)=eG}\{g \in G \mid \phi(g) = e_{G'}\}, où eGe_{G'} est l'élément neutre du groupe d'arrivée.

    Ici, le groupe d'arrivée est ({1,1},×)(\{-1, 1\}, \times), dont l'élément neutre est 11.

    Le noyau de det\det est donc :

    ker(det)={MOn(R)det(M)=1}\ker(\det) = \{ M \in O_n(\mathbb{R}) \mid \det(M) = 1 \}

    Ceci est précisément la définition de SOn(R)SO_n(\mathbb{R}).

Puisque SOn(R)SO_n(\mathbb{R}) est le noyau d'un morphisme de groupes défini sur On(R)O_n(\mathbb{R}), c'est un sous-groupe distingué de On(R)O_n(\mathbb{R}).

Groupe quotient :

D'après le premier théorème d'isomorphisme pour les groupes, si ϕ:GG\phi: G \to G' est un morphisme surjectif, alors G/ker(ϕ)GG/\ker(\phi) \cong G'.

En appliquant ce théorème ici, on obtient :

On(R)/SOn(R){1,1}O_n(\mathbb{R}) / SO_n(\mathbb{R}) \cong \{-1, 1\}.

Les deux classes d'équivalence de ce quotient sont :

  • La classe de l'identité : SOn(R)SO_n(\mathbb{R}), l'ensemble des isométries directes (déterminant 1).
  • L'autre classe : On(R)SOn(R)O_n(\mathbb{R}) \setminus SO_n(\mathbb{R}), l'ensemble des isométries indirectes (déterminant -1).

Démontrer le théorème de la rotation d'Euler : toute isométrie directe d'un espace euclidien de dimension 3, autre que l'identité, est une rotation autour d'un axe unique.

Solution

Soit fSO(E)f \in SO(E)EE est un espace vectoriel euclidien de dimension 3. On veut montrer que ff admet 1 comme valeur propre. L'espace propre associé, de dimension au moins 1, sera l'axe de rotation.

Soit MSO3(R)M \in SO_3(\mathbb{R}) la matrice de ff dans une base orthonormée. Le polynôme caractéristique de MM, noté χM(λ)=det(MλI3)\chi_M(\lambda) = \det(M-\lambda I_3), est un polynôme de degré 3 à coefficients réels.

  1. Existence d'une valeur propre réelle :

    En tant que polynôme de degré impair à coefficients réels, χM(λ)\chi_M(\lambda) admet au moins une racine réelle. En effet, limλ+χM(λ)=\lim_{\lambda \to +\infty} \chi_M(\lambda) = -\infty et limλχM(λ)=+\lim_{\lambda \to -\infty} \chi_M(\lambda) = +\infty. Par le théorème des valeurs intermédiaires, le polynôme doit s'annuler au moins une fois.

  2. Nature des valeurs propres d'une isométrie :

    Soit λ\lambda une valeur propre (réelle ou complexe) de ff, et vv un vecteur propre associé dans ECE \otimes \mathbb{C}. On a f(v)=λvf(v)=\lambda v.

    Comme ff est une isométrie, f(v)=v\|f(v)\| = \|v\|.

    f(v)=λv=λv\|f(v)\| = \|\lambda v\| = |\lambda|\|v\|.

    Puisque v0v \neq 0, on a v0\|v\| \neq 0, donc λ=1|\lambda|=1.

    Les valeurs propres réelles d'une isométrie ne peuvent donc être que 11 ou 1-1.

  3. Analyse des valeurs propres :

    Les racines de χM(λ)\chi_M(\lambda) dans C\mathbb{C} sont de module 1. Le déterminant de MM est le produit de ses valeurs propres (comptées avec multiplicité), et det(M)=1\det(M)=1 car MSO3(R)M \in SO_3(\mathbb{R}).

    • Cas 1 : Toutes les valeurs propres sont réelles. Elles sont dans {1,1}\{-1, 1\}. Leur produit doit être 1. Les possibilités pour le triplet de valeurs propres (λ1,λ2,λ3)(\lambda_1, \lambda_2, \lambda_3) sont (1,1,1)(1, 1, 1) ou (1,1,1)(1, -1, -1). Dans les deux cas, 1 est une valeur propre. Le cas (1,1,1)(1,1,1) correspond à l'identité.

    • Cas 2 : Une seule valeur propre est réelle. Soit λ1\lambda_1 cette valeur propre réelle. Comme les coefficients de χM\chi_M sont réels, les deux autres valeurs propres doivent être des complexes conjugués, de la forme eiθe^{i\theta} et eiθe^{-i\theta} avec sinθ0\sin\theta \neq 0.

    Le déterminant est le produit des valeurs propres : det(M)=λ1eiθeiθ=λ11=λ1\det(M) = \lambda_1 \cdot e^{i\theta} \cdot e^{-i\theta} = \lambda_1 \cdot 1 = \lambda_1.

    Puisque det(M)=1\det(M)=1, on a λ1=1\lambda_1 = 1.

Dans tous les cas, 1 est une valeur propre de ff.

Conclusion :

L'espace propre E1=ker(fId)E_1 = \ker(f-\text{Id}) est non trivial. C'est une droite vectorielle (si fIdf \neq \text{Id} et les valeurs propres complexes ne sont pas 1) ou un plan (cas de la réflexion) ou l'espace entier (cas de l'identité). Dans le cas d'une rotation non triviale, E1E_1 est une droite, qui est l'axe de rotation. Les vecteurs de cet axe sont invariants par ff.

Comment déterminer les éléments caractéristiques (nature, axe, angle) de l'isométrie de R3\mathbb{R}^3 dont la matrice dans la base canonique est M=13(212221122)M = \frac{1}{3} \begin{pmatrix} 2 & -1 & 2 \\ 2 & 2 & -1 \\ -1 & 2 & 2 \end{pmatrix} ?

Solution

1. Nature de l'isométrie :

On calcule le déterminant de MM.

det(M)=(13)3det(212221122)=127[2(4(2))(1)(41)+2(4(2))]\det(M) = (\frac{1}{3})^3 \det \begin{pmatrix} 2 & -1 & 2 \\ 2 & 2 & -1 \\ -1 & 2 & 2 \end{pmatrix} = \frac{1}{27} [2(4 - (-2)) - (-1)(4-1) + 2(4 - (-2))]

=127[2(6)+3+2(6)]=127[12+3+12]=2727=1= \frac{1}{27} [2(6) + 3 + 2(6)] = \frac{1}{27} [12 + 3 + 12] = \frac{27}{27} = 1.

Puisque det(M)=1\det(M)=1, il s'agit d'une isométrie directe, donc une rotation (ou l'identité). Comme MI3M \neq I_3, c'est une rotation.

2. Axe de la rotation :

L'axe est l'ensemble des vecteurs invariants, c'est-à-dire l'espace propre associé à la valeur propre 1. On résout l'équation MU=UMU=U, soit (MI3)U=0(M-I_3)U=0.

MI3=13(212221122)(100010001)=13(112211121)M-I_3 = \frac{1}{3} \begin{pmatrix} 2 & -1 & 2 \\ 2 & 2 & -1 \\ -1 & 2 & 2 \end{pmatrix} - \begin{pmatrix} 1 & 0 & 0 \\ 0 & 1 & 0 \\ 0 & 0 & 1 \end{pmatrix} = \frac{1}{3} \begin{pmatrix} -1 & -1 & 2 \\ 2 & -1 & -1 \\ -1 & 2 & -1 \end{pmatrix}.

On résout le système :

{xy+2z=02xyz=0x+2yz=0\begin{cases} -x - y + 2z = 0 \\ 2x - y - z = 0 \\ -x + 2y - z = 0 \end{cases}

De la première équation, y=2zxy = 2z - x. En substituant dans la deuxième : 2x(2zx)z=0    3x3z=0    x=z2x - (2z-x) - z = 0 \implies 3x - 3z = 0 \implies x=z.

En reportant dans l'expression de yy, on a y=2zz=zy=2z-z=z.

La solution est donc de la forme (x,x,x)(x,x,x).

L'axe de rotation est la droite vectorielle dirigée par le vecteur N=(1,1,1)N=(1,1,1). On peut le choisir unitaire : n=13(1,1,1)n = \frac{1}{\sqrt{3}}(1,1,1).

3. Angle de la rotation :

La trace d'une matrice de rotation est liée à son angle θ\theta par la formule Tr(M)=1+2cosθ\text{Tr}(M) = 1 + 2\cos\theta.

Tr(M)=13(2+2+2)=63=2\text{Tr}(M) = \frac{1}{3}(2+2+2) = \frac{6}{3} = 2.

Donc, 1+2cosθ=2    2cosθ=1    cosθ=1/21+2\cos\theta = 2 \implies 2\cos\theta = 1 \implies \cos\theta = 1/2.

L'angle est donc θ=±π3(mod2π)\theta = \pm \frac{\pi}{3} \pmod{2\pi}.

Pour déterminer le signe de l'angle, on choisit un vecteur UU non colinéaire à l'axe, par exemple U=(1,0,0)U=(1,0,0), et on calcule son image M(U)=13(2,2,1)M(U) = \frac{1}{3}(2,2,-1).

On calcule ensuite le produit vectoriel nU=13(1,1,1)(1,0,0)=13(0,1,1)n \wedge U = \frac{1}{\sqrt{3}}(1,1,1) \wedge (1,0,0) = \frac{1}{\sqrt{3}}(0,1,-1).

Le signe de l'angle (orienté par l'axe nn) est le signe du produit mixte det(U,M(U),n)\det(U, M(U), n).

det(U,M(U),n)=12/31/302/31/301/31/3=1(2313(13)13)=333=13>0\det(U, M(U), n) = \begin{vmatrix} 1 & 2/3 & 1/\sqrt{3} \\ 0 & 2/3 & 1/\sqrt{3} \\ 0 & -1/3 & 1/\sqrt{3} \end{vmatrix} = 1 \cdot \left( \frac{2}{3}\frac{1}{\sqrt{3}} - (-\frac{1}{3})\frac{1}{\sqrt{3}} \right) = \frac{3}{3\sqrt{3}} = \frac{1}{\sqrt{3}} > 0.

Le signe de sinθ\sin\theta est positif. Donc θ=+π3\theta = +\frac{\pi}{3}.

Conclusion : L'isométrie est une rotation d'angle π/3\pi/3 autour de l'axe dirigé par (1,1,1)(1,1,1).

Expliquer le lien conceptuel entre le produit vectoriel dans R3\mathbb{R}^3, l'algèbre extérieure et la dualité de Hodge.

Solution

Le produit vectoriel uvu \wedge v est une opération spécifique à la dimension 3 qui peut être généralisée et mieux comprise dans le cadre de l'algèbre extérieure.

  1. Algèbre Extérieure et Bivecteurs :

    Dans un espace vectoriel EE de dimension nn, l'algèbre extérieure Λ(E)\Lambda(E) est une algèbre graduée dont les éléments de grade kk (les kk-vecteurs) représentent des "volumes" orientés de dimension kk.

    Un bivecteur (ou 2-vecteur) est un élément de Λ2(E)\Lambda^2(E) de la forme uvu \wedge v (le produit extérieur, à ne pas confondre avec le produit vectoriel). Ce bivecteur représente le parallélogramme orienté défini par les vecteurs uu et vv. Il possède une aire (la norme du bivecteur) et une orientation (le plan et le sens de parcours uvu \to v).

  2. Le cas de R3\mathbb{R}^3 :

    Dans R3\mathbb{R}^3, l'espace des bivecteurs Λ2(R3)\Lambda^2(\mathbb{R}^3) est de dimension (32)=3\binom{3}{2}=3. Il est donc isomorphe à R3\mathbb{R}^3. Cette coïncidence de dimension est la raison pour laquelle on peut identifier un bivecteur (un plan orienté) à un vecteur (son vecteur normal).

  3. Dualité de Hodge :

    Pour un espace euclidien orienté EE de dimension nn, l'opérateur étoile de Hodge \star est un isomorphisme linéaire entre les espaces Λk(E)\Lambda^k(E) et Λnk(E)\Lambda^{n-k}(E).

    Dans le cas de E=R3E=\mathbb{R}^3 (n=3n=3), l'opérateur étoile de Hodge est un isomorphisme :Λ2(R3)Λ1(R3)R3\star: \Lambda^2(\mathbb{R}^3) \to \Lambda^1(\mathbb{R}^3) \cong \mathbb{R}^3.

    Il associe à un bivecteur uvu \wedge v l'unique vecteur (uv)\star(u \wedge v) tel que pour tout wR3w \in \mathbb{R}^3:

    (uv)w=(uv),we(u \wedge v) \wedge w = \langle \star(u \wedge v), w \rangle \mathbf{e}

    e=e1e2e3\mathbf{e} = e_1 \wedge e_2 \wedge e_3 est le pseudo-scalaire de volume unité et le produit scalaire est identifié à une contraction. L'expression de gauche est le déterminant det(u,v,w)\det(u,v,w) multiplié par e\mathbf{e}.

  4. Lien avec le produit vectoriel :

    La définition du produit vectoriel u×vu \times v est : l'unique vecteur tel que wR3,det(u,v,w)=u×v,w\forall w \in \mathbb{R}^3, \det(u,v,w) = \langle u \times v, w \rangle.

    En comparant avec la définition de l'opérateur de Hodge, on voit que :

    u×v=(uv)u \times v = \star(u \wedge v)

    Le produit vectoriel est donc la composition de deux opérations plus fondamentales :

    a. Le produit extérieur uvu \wedge v, qui crée un bivecteur (un objet géométrique représentant un plan orienté).

    b. L'opérateur étoile de Hodge \star, qui transforme ce bivecteur en son vecteur dual (le vecteur normal orthogonal).

Cette perspective explique pourquoi le produit vectoriel n'existe sous cette forme (vecteur \to vecteur) qu'en dimension 3 (et 7, pour des raisons plus profondes liées aux octonions), tandis que le produit extérieur est défini en toute dimension.

Démontrer la formule de Rodrigues pour une rotation RN,θ\mathcal{R}_{N,\theta} d'axe dirigé par un vecteur unitaire NN et d'angle θ\theta.

Solution

La formule de Rodrigues exprime RN,θ(U)\mathcal{R}_{N,\theta}(U) en fonction de UU, NN et θ\theta :

RN,θ(U)=cos(θ)U+(1cos(θ))U,NN+sin(θ)(NU)\mathcal{R}_{N,\theta}(U) = \cos(\theta)U + (1-\cos(\theta))\langle U,N \rangle N + \sin(\theta) (N \wedge U)

Démonstration :

La méthode consiste à décomposer le vecteur UU en une composante parallèle à l'axe de rotation NN et une composante orthogonale.

  1. Décomposition orthogonale de UU :

    Soit UU_\parallel la projection orthogonale de UU sur l'axe Vect(N)\text{Vect}(N), et UU_\perp la projection sur le plan orthogonal NN^\perp.

    U=U+UU = U_\parallel + U_\perp

    On a U=U,NNU_\parallel = \langle U,N \rangle N et U=UU=UU,NNU_\perp = U - U_\parallel = U - \langle U,N \rangle N.

  2. Action de la rotation sur chaque composante :

    • La composante parallèle à l'axe est invariante par la rotation : R(U)=U\mathcal{R}(U_\parallel) = U_\parallel.
    • La composante orthogonale UU_\perp est contenue dans le plan NN^\perp. La rotation R\mathcal{R} agit comme une rotation plane d'angle θ\theta dans ce plan.
  3. Rotation de UU_\perp dans le plan NN^\perp :

    Le plan NN^\perp est orienté par le vecteur normal NN. Dans ce plan, une base directe (mais pas nécessairement normée) peut être formée par (U,NU)(U_\perp, N \wedge U_\perp).

    Notons que NU=N(UU,NN)=NUU,N(NN)=NUN \wedge U_\perp = N \wedge (U - \langle U,N \rangle N) = N \wedge U - \langle U,N \rangle (N \wedge N) = N \wedge U.

    Le vecteur NUN \wedge U est orthogonal à UU_\perp (et à NN) et a la même norme que UU_\perp : NU=NUsin(α)=U\|N \wedge U\| = \|N\|\|U\||\sin(\alpha)| = \|U_\perp\|, où α\alpha est l'angle entre NN et UU.

    L'image de UU_\perp par la rotation d'angle θ\theta dans ce plan est :

    R(U)=cos(θ)U+sin(θ)NUNUU=cos(θ)U+sin(θ)(NU)\mathcal{R}(U_\perp) = \cos(\theta) U_\perp + \sin(\theta) \frac{N \wedge U}{\|N \wedge U\|} \|U_\perp\| = \cos(\theta) U_\perp + \sin(\theta) (N \wedge U)

  4. Recomposition du vecteur image :

    Par linéarité de R\mathcal{R}, on a :

    R(U)=R(U)+R(U)\mathcal{R}(U) = \mathcal{R}(U_\parallel) + \mathcal{R}(U_\perp)

    R(U)=U+cos(θ)U+sin(θ)(NU)\mathcal{R}(U) = U_\parallel + \cos(\theta) U_\perp + \sin(\theta) (N \wedge U)

    On substitue les expressions de UU_\parallel et UU_\perp :

    R(U)=U,NN+cos(θ)(UU,NN)+sin(θ)(NU)\mathcal{R}(U) = \langle U,N \rangle N + \cos(\theta) (U - \langle U,N \rangle N) + \sin(\theta) (N \wedge U)

    En regroupant les termes :

    R(U)=cos(θ)U+(1cos(θ))U,NN+sin(θ)(NU)\mathcal{R}(U) = \cos(\theta) U + (1-\cos(\theta))\langle U,N \rangle N + \sin(\theta) (N \wedge U)

    C.Q.F.D.

Montrer que la formule de Rodrigues peut s'exprimer sous forme d'exponentielle de matrice, R=eθKR = e^{\theta K}, où KK est la matrice de l'application UNUU \mapsto N \wedge U.

Solution

Soit KK la matrice antisymétrique associée au produit vectoriel par un vecteur unitaire NN: K(U)=NUK(U) = N \wedge U. La rotation RN,θ\mathcal{R}_{N,\theta} a pour matrice R=eθKR = e^{\theta K}.

1. Propriétés de la matrice KK :

Si N=(a,b,c)N=(a,b,c), alors K=(0cbc0aba0)K = \begin{pmatrix} 0 & -c & b \\ c & 0 & -a \\ -b & a & 0 \end{pmatrix}.

On calcule K2K^2:

K2(U)=N(NU)K^2(U) = N \wedge (N \wedge U).

En utilisant la formule du double produit vectoriel ("BAC-CAB") : A(BC)=A,CBA,BCA \wedge (B \wedge C) = \langle A,C \rangle B - \langle A,B \rangle C.

K2(U)=N,UNN,NU=N,UNN2UK^2(U) = \langle N,U \rangle N - \langle N,N \rangle U = \langle N,U \rangle N - \|N\|^2 U.

Puisque NN est unitaire, N2=1\|N\|^2=1, donc K2(U)=N,UNUK^2(U) = \langle N,U \rangle N - U.

Matriciellement, K2=NtNIK^2 = N{}^tN - I.

On calcule K3K^3:

K3(U)=K(K2(U))=N(N,UNU)=N,U(NN)(NU)=(NU)=K(U)K^3(U) = K(K^2(U)) = N \wedge (\langle N,U \rangle N - U) = \langle N,U \rangle (N \wedge N) - (N \wedge U) = - (N \wedge U) = -K(U).

Donc, K3=KK^3 = -K. Cette relation est caractéristique de l'algèbre de Lie so(3)\mathfrak{so}(3).

Les puissances de KK sont cycliques : K4=K2K^4 = -K^2, K5=KK^5 = K, etc.

2. Développement en série de l'exponentielle :

On utilise le développement en série de Taylor de exe^x:

R=eθK=n=0(θK)nn!=I+θK+θ22!K2+θ33!K3+θ44!K4+R = e^{\theta K} = \sum_{n=0}^{\infty} \frac{(\theta K)^n}{n!} = I + \theta K + \frac{\theta^2}{2!}K^2 + \frac{\theta^3}{3!}K^3 + \frac{\theta^4}{4!}K^4 + \dots

On sépare les termes pairs et impairs :

eθK=I+(θK+θ33!K3+)+(θ22!K2+θ44!K4+)e^{\theta K} = I + (\theta K + \frac{\theta^3}{3!}K^3 + \dots) + (\frac{\theta^2}{2!}K^2 + \frac{\theta^4}{4!}K^4 + \dots)

En utilisant K3=K,K4=K2,K5=KK^3=-K, K^4=-K^2, K^5=K, etc.

  • Partie impaire : K(θθ33!+θ55!)=Ksin(θ)K(\theta - \frac{\theta^3}{3!} + \frac{\theta^5}{5!} - \dots) = K \sin(\theta)

  • Partie paire : I+K2(θ22!θ44!+θ66!)=I+K2(1(1θ22!+θ44!))=IK2(1cosθ)I + K^2(\frac{\theta^2}{2!} - \frac{\theta^4}{4!} + \frac{\theta^6}{6!} - \dots) = I + K^2(1 - (1 - \frac{\theta^2}{2!} + \frac{\theta^4}{4!} - \dots)) = I - K^2(1-\cos\theta).

    (Attention à la manipulation du II, il vaut mieux factoriser K2K^2: I+K2(θ22!θ44!+)=I+K2(cosθ1)I + K^2(\frac{\theta^2}{2!} - \frac{\theta^4}{4!} + \dots) = I + K^2(\cos\theta - 1))

    En fait, la série pour le cosinus est 1θ22!+θ44!1 - \frac{\theta^2}{2!} + \frac{\theta^4}{4!} - \dots.

    La série paire est I+K2(θ22!θ44!+)I + K^2(\frac{\theta^2}{2!} - \frac{\theta^4}{4!} + \dots).

    Donc eθK=I+K(θθ33!+)+K2(θ22!θ44!+)=I+Ksinθ+K2(1cosθ)e^{\theta K} = I + K(\theta - \frac{\theta^3}{3!} + \dots) + K^2(\frac{\theta^2}{2!} - \frac{\theta^4}{4!} + \dots) = I + K\sin\theta + K^2(1-\cos\theta).

3. Lien avec la formule de Rodrigues :

L'action sur un vecteur UU est :

R(U)=(I+(sinθ)K+(1cosθ)K2)UR(U) = (I + (\sin\theta)K + (1-\cos\theta)K^2)U

=U+sinθ(NU)+(1cosθ)(N,UNU)= U + \sin\theta (N \wedge U) + (1-\cos\theta)(\langle N,U \rangle N - U)

=U(1(1cosθ))+(1cosθ)N,UN+sinθ(NU)= U(1 - (1-\cos\theta)) + (1-\cos\theta)\langle N,U \rangle N + \sin\theta (N \wedge U)

=cosθU+(1cosθ)N,UN+sinθ(NU)= \cos\theta U + (1-\cos\theta)\langle N,U \rangle N + \sin\theta (N \wedge U)

On retrouve exactement la formule de Rodrigues. Ceci montre que la rotation est l'exponentielle de l'opérateur de produit vectoriel, un élément de l'algèbre de Lie so(3)\mathfrak{so}(3).

Énoncer et expliquer le théorème décrivant la relation entre les groupes SU2(C)SU_2(\mathbb{C}) et SO3(R)SO_3(\mathbb{R}).

Solution

Théorème : Il existe un morphisme de groupes surjectif J:SU2(C)SO3(R)\mathcal{J} : SU_2(\mathbb{C}) \to SO_3(\mathbb{R}), dont le noyau est {±I2}\{\pm I_2\}. Par conséquent, le groupe des rotations SO3(R)SO_3(\mathbb{R}) est isomorphe au groupe quotient SU2(C)/{±I2}SU_2(\mathbb{C}) / \{\pm I_2\}.

On dit que SU2(C)SU_2(\mathbb{C}) est un revêtement double de SO3(R)SO_3(\mathbb{R}).

Explication du morphisme :

  1. L'espace d'action V\mathcal{V} : On identifie R3\mathbb{R}^3 à l'espace vectoriel réel V\mathcal{V} des matrices hermitiennes de trace nulle de taille 2x2.

    V={MM2(C)M=M,Tr(M)=0}\mathcal{V} = \{ M \in M_2(\mathbb{C}) \mid M^*=M, \text{Tr}(M)=0 \}. C'est un R\mathbb{R}-espace vectoriel de dimension 3.

    On le munit du produit scalaire euclidien φ(A,B)=12Tr(AB)\varphi(A,B) = \frac{1}{2}\text{Tr}(AB).

  2. L'action de SU2(C)SU_2(\mathbb{C}) sur V\mathcal{V} :

    Pour toute matrice USU2(C)U \in SU_2(\mathbb{C}), on définit l'application adjointe AdU:VV\text{Ad}_U : \mathcal{V} \to \mathcal{V} par :

    AdU(M)=UMU\text{Ad}_U(M) = UMU^*

    • L'application est bien à valeurs dans V\mathcal{V} :

      • (AdU(M))=(UMU)=(U)MU=UMU=AdU(M)(\text{Ad}_U(M))^* = (UMU^*)^* = (U^*)^*M^*U^* = UMU^* = \text{Ad}_U(M). (hermitienne)
      • Tr(AdU(M))=Tr(UMU)=Tr(MUU)=Tr(MI2)=Tr(M)=0\text{Tr}(\text{Ad}_U(M)) = \text{Tr}(UMU^*) = \text{Tr}(MU^*U) = \text{Tr}(MI_2) = \text{Tr}(M) = 0. (trace nulle)
    • Cette action est une isométrie pour le produit scalaire φ\varphi :

      AdU(M)2=12Tr((UMU)2)=12Tr(UM2U)=12Tr(M2)=M2\|\text{Ad}_U(M)\|^2 = \frac{1}{2}\text{Tr}((UMU^*)^2) = \frac{1}{2}\text{Tr}(UM^2U^*) = \frac{1}{2}\text{Tr}(M^2) = \|M\|^2.

      Ainsi, AdU\text{Ad}_U est un élément de O(V)O3(R)O(\mathcal{V}) \cong O_3(\mathbb{R}).

  3. Le morphisme J\mathcal{J} :

    Le morphisme est J:UAdU\mathcal{J}: U \mapsto \text{Ad}_U.

    • C'est bien un morphisme : J(UV)=AdUV=(M(UV)M(UV))=(MU(VMV)U)=AdUAdV=J(U)J(V)\mathcal{J}(UV) = \text{Ad}_{UV} = (M \mapsto (UV)M(UV)^*) = (M \mapsto U(VMV^*)U^*) = \text{Ad}_U \circ \text{Ad}_V = \mathcal{J}(U)\mathcal{J}(V).
    • Son image est dans SO3(R)SO_3(\mathbb{R}) : Le groupe SU2(C)SU_2(\mathbb{C}) est topologiquement une 3-sphère, donc connexe. J\mathcal{J} est continue. L'image J(SU2(C))\mathcal{J}(SU_2(\mathbb{C})) est une partie connexe de O3(R)O_3(\mathbb{R}). Puisque J(I2)=IdSO3(R)\mathcal{J}(I_2)=\text{Id} \in SO_3(\mathbb{R}), toute l'image est dans SO3(R)SO_3(\mathbb{R}).
    • Le morphisme est surjectif (ce qui est plus long à prouver).
    • Son noyau est ker(J)={USU2(C)UMU=M,MV}\ker(\mathcal{J}) = \{U \in SU_2(\mathbb{C}) \mid UMU^*=M, \forall M \in \mathcal{V}\}. Cela implique que UU commute avec toutes les matrices de V\mathcal{V}, et par extension avec tout M2(C)M_2(\mathbb{C}). Par le lemme de Schur, UU est une matrice scalaire λI2\lambda I_2. La condition det(U)=1\det(U)=1 impose λ2=1\lambda^2=1, soit λ=±1\lambda = \pm 1. Le noyau est donc {I2,I2}\{I_2, -I_2\}.

Cette construction signifie que chaque rotation de SO3(R)SO_3(\mathbb{R}) correspond à deux éléments distincts de SU2(C)SU_2(\mathbb{C}) (UU et U-U). Topologiquement, SU2(C)SU_2(\mathbb{C}) "s'enroule deux fois" sur SO3(R)SO_3(\mathbb{R}).

Dans le cadre du morphisme J:SU2(C)SO3(R)\mathcal{J}: SU_2(\mathbb{C}) \to SO_3(\mathbb{R}), prouver que l'opérateur AdU(M)=UMU\text{Ad}_U(M) = UMU^* est bien une isométrie pour le produit scalaire φ(A,B)=12Tr(AB)\varphi(A,B) = \frac{1}{2}\text{Tr}(AB) sur l'espace V\mathcal{V}.

Solution

Soit l'espace V={MM2(C)M=M,Tr(M)=0}\mathcal{V} = \{ M \in M_2(\mathbb{C}) \mid M^*=M, \text{Tr}(M)=0 \} muni du produit scalaire φ(A,B)=12Tr(AB)\varphi(A,B) = \frac{1}{2}\text{Tr}(AB). Soit USU2(C)U \in SU_2(\mathbb{C}). On veut prouver que l'application AdU:MUMU\text{Ad}_U: M \mapsto UMU^* est une isométrie sur (V,φ)(\mathcal{V}, \varphi).

Il suffit de montrer que AdU\text{Ad}_U préserve la norme associée, c'est-à-dire que pour tout MVM \in \mathcal{V}, on a AdU(M)=M\| \text{Ad}_U(M) \| = \|M\|.

La norme au carré est donnée par M2=φ(M,M)=12Tr(M2)\|M\|^2 = \varphi(M,M) = \frac{1}{2}\text{Tr}(M^2).

Calculons la norme au carré de l'image AdU(M)\text{Ad}_U(M):

AdU(M)2=φ(AdU(M),AdU(M))=12Tr(AdU(M)AdU(M))\| \text{Ad}_U(M) \|^2 = \varphi(\text{Ad}_U(M), \text{Ad}_U(M)) = \frac{1}{2}\text{Tr}(\text{Ad}_U(M) \cdot \text{Ad}_U(M))

Substituons la définition de AdU(M)\text{Ad}_U(M):

AdU(M)2=12Tr((UMU)(UMU))\| \text{Ad}_U(M) \|^2 = \frac{1}{2}\text{Tr}((UMU^*)(UMU^*))

Puisque USU2(C)U \in SU_2(\mathbb{C}), on a UU=I2U^*U = I_2.

AdU(M)2=12Tr(UM(UU)MU)\| \text{Ad}_U(M) \|^2 = \frac{1}{2}\text{Tr}(UM(U^*U)MU^*)

=12Tr(UM(I2)MU)=12Tr(UM2U)= \frac{1}{2}\text{Tr}(UM(I_2)MU^*) = \frac{1}{2}\text{Tr}(UM^2U^*)

On utilise la propriété de cyclicité de la trace: Tr(ABC)=Tr(CAB)\text{Tr}(ABC) = \text{Tr}(CAB).

Tr(UM2U)=Tr(UUM2)=Tr(I2M2)=Tr(M2)\text{Tr}(UM^2U^*) = \text{Tr}(U^*UM^2) = \text{Tr}(I_2M^2) = \text{Tr}(M^2).

Donc, on obtient:

AdU(M)2=12Tr(M2)=M2\| \text{Ad}_U(M) \|^2 = \frac{1}{2}\text{Tr}(M^2) = \|M\|^2.

Comme les normes sont préservées, AdU\text{Ad}_U est une isométrie de l'espace euclidien (V,φ)(\mathcal{V}, \varphi).

On peut aussi le montrer en préservant le produit scalaire directement via la polarisation ou un calcul similaire:

φ(AdU(A),AdU(B))=12Tr((UAU)(UBU))=12Tr(UABU)=12Tr(BUUA)=12Tr(BA)=12Tr(AB)=φ(A,B)\varphi(\text{Ad}_U(A), \text{Ad}_U(B)) = \frac{1}{2}\text{Tr}((UAU^*)(UBU^*)) = \frac{1}{2}\text{Tr}(UABU^*) = \frac{1}{2}\text{Tr}(BU^*UA) = \frac{1}{2}\text{Tr}(BA) = \frac{1}{2}\text{Tr}(AB) = \varphi(A,B).

Discuter de l'importance du revêtement double SU2(C)SO3(R)SU_2(\mathbb{C}) \to SO_3(\mathbb{R}) en mécanique quantique, notamment pour le concept de spin.

Solution

La relation de revêtement double entre SU2(C)SU_2(\mathbb{C}) et SO3(R)SO_3(\mathbb{R}) n'est pas une simple curiosité mathématique ; elle est au cœur de la description quantique du moment cinétique et du spin.

  1. Représentations de groupe et symétries :

    En mécanique quantique, les états d'un système sont des vecteurs dans un espace de Hilbert, et les symétries physiques (comme les rotations de l'espace) sont représentées par des opérateurs unitaires agissant sur cet espace. L'ensemble de ces opérateurs doit former une représentation du groupe de symétrie, ici SO3(R)SO_3(\mathbb{R}).

  2. Le problème des représentations :

    Les représentations de SO3(R)SO_3(\mathbb{R}) décrivent comment les fonctions d'onde des particules sans spin (spin entier) se transforment sous une rotation. Par exemple, les orbitales atomiques p se transforment comme des vecteurs (représentation de dimension 3) et les orbitales s sont scalaires (représentation triviale).

    Cependant, l'expérience (comme celle de Stern-Gerlach) a montré l'existence de particules (comme l'électron) dont le moment cinétique intrinsèque, le spin, est demi-entier. Leurs fonctions d'onde ne se transforment selon aucune des représentations "classiques" de SO3(R)SO_3(\mathbb{R}).

  3. L'intervention de SU2(C)SU_2(\mathbb{C}) :

    Le problème est résolu en considérant les représentations du revêtement universel de SO3(R)SO_3(\mathbb{R}), qui est SU2(C)SU_2(\mathbb{C}). Un théorème fondamental stipule que les représentations projectives d'un groupe de Lie GG correspondent aux représentations linéaires de son revêtement universel G~\tilde{G}.

    SU2(C)SU_2(\mathbb{C}) admet des représentations qui ne sont pas des représentations de SO3(R)SO_3(\mathbb{R}). La plus simple est la représentation fondamentale de dimension 2, où SU2(C)SU_2(\mathbb{C}) agit sur C2\mathbb{C}^2. C'est précisément l'espace d'états d'une particule de spin 1/2. Les vecteurs de C2\mathbb{C}^2 sont appelés spineurs.

  4. La rotation de 2π2\pi :

    La conséquence physique la plus célèbre du revêtement double est le comportement des spineurs sous une rotation de 2π2\pi.

    • Dans SO3(R)SO_3(\mathbb{R}), une rotation de 2π2\pi est l'identité. On s'attend à ce qu'un système physique revienne à son état initial.
    • Dans SU2(C)SU_2(\mathbb{C}), une rotation d'un angle θ\theta autour d'un axe NN est représentée par la matrice U=cos(θ/2)Iisin(θ/2)(Nσ)U = \cos(\theta/2)I - i\sin(\theta/2)(N \cdot \vec{\sigma}), où σ\vec{\sigma} sont les matrices de Pauli.
    • Pour une rotation de θ=2π\theta = 2\pi, l'opérateur correspondant dans SU2(C)SU_2(\mathbb{C}) est U=cos(π)Iisin(π)()=I2U = \cos(\pi)I - i\sin(\pi)(\dots) = -I_2.
    • L'image de I2-I_2 dans SO3(R)SO_3(\mathbb{R}) est bien l'identité, mais l'opérateur agissant sur l'espace des spineurs n'est pas l'identité. Il multiplie la fonction d'onde par 1-1.
    • Un système de spin 1/2 doit donc subir une rotation de 4π4\pi pour que sa fonction d'onde revienne à son état initial (à l'identique, et pas seulement à un facteur de phase près). Ce phénomène a été vérifié expérimentalement par interférométrie neutronique.

En résumé, la structure topologique non simplement connexe de SO3(R)SO_3(\mathbb{R}) autorise l'existence de particules, les fermions, dont la nature "rotationnelle" est plus riche et ne peut être décrite que par le groupe SU2(C)SU_2(\mathbb{C}), son revêtement simplement connexe.