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Groupes d’isométries (B)


Concept 1: Isométrie (Endomorphismes Orthogonaux et Unitaires)

Prérequis

  • Espaces vectoriels euclidiens et hermitiens, produit scalaire (hermitien), norme associée.
  • Endomorphismes, endomorphisme adjoint (ff^*).
  • Identités de polarisation.
  • Théorème du rang.

Définition

Soit (E,φ)(E, \varphi) un espace vectoriel euclidien (sur R\mathbb{R}) ou hermitien (sur C\mathbb{C}). Un endomorphisme fL(E)f \in \mathcal{L}(E) est une isométrie vectorielle si et seulement si ff préserve la norme, i.e. :

xE,f(x)=x\forall x \in E, \quad \|f(x)\| = \|x\|

=φ(,)\| \cdot \| = \sqrt{\varphi(\cdot, \cdot)} est la norme induite par le produit scalaire (ou hermitien).

Dans le cas réel (euclidien), une isométrie est aussi appelée transformation orthogonale.

Dans le cas complexe (hermitien), une isométrie est aussi appelée transformation unitaire.

Propriétés Clés

  • Caractérisations équivalentes : Soit fL(E)f \in \mathcal{L}(E). Les assertions suivantes sont équivalentes :

    1. ff est une isométrie (i.e. xE,f(x)=x\forall x \in E, \|f(x)\| = \|x\|).
    2. ff préserve le produit scalaire (i.e. x,yE,φ(f(x),f(y))=φ(x,y)\forall x, y \in E, \varphi(f(x), f(y)) = \varphi(x, y)).
    3. ff est un automorphisme et son inverse est son adjoint (i.e. fGL(E)f \in GL(E) et f1=ff^{-1} = f^*).

    Démonstration.

    (1)    (2)(1) \implies (2) : Par les identités de polarisation.

    Cas euclidien : φ(x,y)=14(x+y2xy2)\varphi(x,y) = \frac{1}{4}(\|x+y\|^2 - \|x-y\|^2).

    Comme f(u)=u\|f(u)\| = \|u\| pour tout uEu \in E, on a :

    φ(f(x),f(y))=14(f(x)+f(y)2f(x)f(y)2)=14(f(x+y)2f(xy)2)=14(x+y2xy2)=φ(x,y)\varphi(f(x), f(y)) = \frac{1}{4}(\|f(x)+f(y)\|^2 - \|f(x)-f(y)\|^2) = \frac{1}{4}(\|f(x+y)\|^2 - \|f(x-y)\|^2) = \frac{1}{4}(\|x+y\|^2 - \|x-y\|^2) = \varphi(x,y).

    Le cas hermitien est analogue en utilisant la formule de polarisation complexe.

    (2)    (3)(2) \implies (3) :

    Injectivité : Soit xker(f)x \in \ker(f), alors f(x)=0f(x)=0. On a f(x)2=φ(f(x),f(x))=φ(x,x)=x2\|f(x)\|^2 = \varphi(f(x), f(x)) = \varphi(x,x) = \|x\|^2. Donc x=0\|x\|=0, ce qui implique x=0x=0. Ainsi ker(f)={0}\ker(f)=\{0\}.

    En dimension finie, le théorème du rang implique que ff est surjective, donc c’est un isomorphisme.

    Pour tout x,yEx,y \in E, on a φ(f(x),f(y))=φ(x,y)\varphi(f(x),f(y)) = \varphi(x,y). Par définition de l’adjoint, φ(f(x),f(y))=φ(x,f(f(y)))\varphi(f(x),f(y)) = \varphi(x, f^* (f(y))).

    Donc φ(x,ff(y))=φ(x,y)\varphi(x, f^*f(y)) = \varphi(x,y), soit φ(x,(ffId)(y))=0\varphi(x, (f^*f - \text{Id})(y)) = 0 pour tout xEx \in E.

    Le produit scalaire étant non-dégénéré, il s’ensuit que (ffId)(y)=0(f^*f - \text{Id})(y)=0 pour tout yEy \in E, donc ff=Idf^*f = \text{Id}. Comme ff est un isomorphisme, on a f1=ff^{-1}=f^*.

    (3)    (1)(3) \implies (1) :

    Pour tout xEx \in E, f(x)2=φ(f(x),f(x))=φ(x,ff(x))\|f(x)\|^2 = \varphi(f(x), f(x)) = \varphi(x, f^*f(x)).

    Puisque f=f1f^*=f^{-1}, on a ff=Idf^*f = \text{Id}, d’où f(x)2=φ(x,x)=x2\|f(x)\|^2 = \varphi(x,x) = \|x\|^2.

  • Conservation de l’orthonormalité : Un endomorphisme ff est une isométrie si et seulement si l’image par ff d’une base orthonormée de EE est une base orthonormée de EE.

  • Groupe des isométries : L’ensemble des isométries de EE, noté O(E)O(E) (cas euclidien) ou U(E)U(E) (cas hermitien), forme un groupe pour la loi de composition \circ. C’est un sous-groupe de GL(E)GL(E).

  • Déterminant : Si ff est une isométrie, alors det(f)=1|\det(f)| = 1.

    Démonstration. Soit MM la matrice de ff dans une base orthonormée. Alors la matrice de ff^* est M:=tMM^* := {}^t\overline{M}. La condition ff=Idf^*f = \text{Id} se traduit par MM=IM^*M = I. En passant au déterminant : det(MM)=det(M)det(M)=det(M)det(M)=det(M)2=det(I)=1\det(M^*M) = \det(M^*)\det(M) = \overline{\det(M)}\det(M) = |\det(M)|^2 = \det(I) = 1.

Exemples

Exemple 1 : Rotation plane

Soit E=R2E=\mathbb{R}^2 euclidien canonique. L’endomorphisme ff de matrice R(θ)=(cosθsinθsinθcosθ)R(\theta) = \begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta \\ \sin\theta & \cos\theta \end{pmatrix} dans la base canonique est une isométrie. Pour tout x=(x1,x2)x=(x_1, x_2), f(x)=(x1cosθx2sinθ,x1sinθ+x2cosθ)f(x) = (x_1\cos\theta - x_2\sin\theta, x_1\sin\theta + x_2\cos\theta). Un calcul direct montre que f(x)2=(x1cosθx2sinθ)2+(x1sinθ+x2cosθ)2=x12+x22=x2\|f(x)\|^2 = (x_1\cos\theta - x_2\sin\theta)^2 + (x_1\sin\theta + x_2\cos\theta)^2 = x_1^2+x_2^2 = \|x\|^2.

Exemple 2 : Réflexion (symétrie orthogonale)

Soit FF un sous-espace vectoriel de EE. La réflexion par rapport à FF est l’endomorphisme sFs_F défini par sF(x)=xFxFs_F(x) = x_F - x_{F^\perp}, où x=xF+xFx = x_F + x_{F^\perp} est la décomposition orthogonale de xx. On a sF(x)2=xFxF2=xF2+xF2=xF2+xF2=x2\|s_F(x)\|^2 = \|x_F - x_{F^\perp}\|^2 = \|x_F\|^2 + \|-x_{F^\perp}\|^2 = \|x_F\|^2 + \|x_{F^\perp}\|^2 = \|x\|^2. C’est une isométrie.

Exemple 3 : Isométrie unitaire

Dans E=C2E=\mathbb{C}^2 hermitien canonique, l’endomorphisme ff de matrice U=12(1ii1)U = \frac{1}{\sqrt{2}}\begin{pmatrix} 1 & i \\ i & 1 \end{pmatrix} est une isométrie. On a U=tU=12(1ii1)U^* = {}^t\overline{U} = \frac{1}{\sqrt{2}}\begin{pmatrix} 1 & -i \\ -i & 1 \end{pmatrix}. Un calcul montre UU=12(1i2i+iiii2+1)=(1001)=I2UU^* = \frac{1}{2}\begin{pmatrix} 1-i^2 & -i+i \\ i-i & -i^2+1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 1 \end{pmatrix} = I_2. Donc UU est unitaire et ff est une isométrie.

Contre-exemples

Contre-exemple 1 : Homothétie

L’homothétie hλ:xλxh_\lambda : x \mapsto \lambda x pour λR{±1}\lambda \in \mathbb{R} \setminus \{\pm 1\} n’est pas une isométrie. En effet, hλ(x)=λx=λxx\|h_\lambda(x)\| = \|\lambda x\| = |\lambda|\|x\| \neq \|x\| pour x0x\neq 0.

Contre-exemple 2 : Projection orthogonale

Soit pFp_F la projection orthogonale sur un sous-espace strict non nul FEF \subset E. Pour xF{0}x \in F^\perp \setminus \{0\}, on a pF(x)=0p_F(x)=0, donc pF(x)=0\|p_F(x)\|=0 alors que x0\|x\| \neq 0. La norme n’est pas préservée.

Concepts liés

  • Groupes orthogonaux On(R)O_n(\mathbb{R}) et unitaires Un(C)U_n(\mathbb{C}) : Ce sont les réalisations matricielles des groupes d’isométries O(Rn)O(\mathbb{R}^n) et U(Cn)U(\mathbb{C}^n) dans une base orthonormée.
  • Automorphismes d’espaces préhilbertiens : La notion d’isométrie se généralise aux espaces de dimension infinie, où elle est un concept central en analyse fonctionnelle (e.g., opérateurs unitaires sur les espaces de Hilbert).
  • Théorème de Cartan-Dieudonné : Toute isométrie d’un espace euclidien de dimension nn se décompose en un produit d’au plus nn réflexions hyperplanes.

Concept 2: Groupes Orthogonaux et Unitaires

Prérequis

  • Concept d’isométrie, algèbre matricielle.
  • Théorie des groupes (définition d’un groupe, sous-groupe, sous-groupe distingué).

Définition

Soit nNn \in \mathbb{N}^*. On définit les groupes matriciels suivants :

  • Le groupe orthogonal d’ordre nn :

On(R)={MMn(R)tMM=In}O_n(\mathbb{R}) = \{ M \in M_n(\mathbb{R}) \mid {}^tMM = I_n \}

  • Le groupe spécial orthogonal d’ordre nn :

SOn(R)={MOn(R)det(M)=1}SO_n(\mathbb{R}) = \{ M \in O_n(\mathbb{R}) \mid \det(M) = 1 \}

  • Le groupe unitaire d’ordre nn :

Un(C)={MMn(C)MM=In}, ouˋ M=tMU_n(\mathbb{C}) = \{ M \in M_n(\mathbb{C}) \mid M^*M = I_n \}, \text{ où } M^*={}^t\overline{M}

  • Le groupe spécial unitaire d’ordre nn :

SUn(C)={MUn(C)det(M)=1}SU_n(\mathbb{C}) = \{ M \in U_n(\mathbb{C}) \mid \det(M) = 1 \}

Ces ensembles sont des groupes pour la multiplication matricielle.

Propriétés Clés

  • Structure de groupe : Ces quatre ensembles sont des sous-groupes de GLn(K)GL_n(\mathbb{K}) (avec K=R\mathbb{K}=\mathbb{R} ou C\mathbb{C}). La stabilité par produit et par inversion est une vérification directe. Par exemple, si M,NOn(R)M, N \in O_n(\mathbb{R}), alors t(MN)(MN)=tNtMMN=tNInN=tNN=In{}^t(MN)(MN) = {}^tN{}^tMMN = {}^tN I_n N = {}^tNN = I_n. De plus, t(M1)M1=(Mt)1M1=(MtM)1=In1=In{}^t(M^{-1})M^{-1} = (M^t)^{-1}M^{-1} = (M^tM)^{-1} = I_n^{-1} = I_n.

  • Interprétation géométrique : La matrice d’une isométrie d’un espace euclidien (resp. hermitien) de dimension nn dans une base orthonormée est un élément de On(R)O_n(\mathbb{R}) (resp. Un(C)U_n(\mathbb{C})). Réciproquement, toute matrice de On(R)O_n(\mathbb{R}) (resp. Un(C)U_n(\mathbb{C})) définit une isométrie sur Rn\mathbb{R}^n (resp. Cn\mathbb{C}^n) muni de son produit scalaire canonique.

  • Structure de sous-groupe distingué :

    • SOn(R)SO_n(\mathbb{R}) est un sous-groupe distingué de On(R)O_n(\mathbb{R}). L’application det:On(R){1,1}\det: O_n(\mathbb{R}) \to \{-1, 1\} est un morphisme de groupe surjectif dont le noyau est SOn(R)SO_n(\mathbb{R}). Le groupe quotient On(R)/SOn(R)O_n(\mathbb{R})/SO_n(\mathbb{R}) est isomorphe à Z/2Z\mathbb{Z}/2\mathbb{Z}. Les éléments de SOn(R)SO_n(\mathbb{R}) sont appelés isométries directes (ou rotations), ceux de On(R)SOn(R)O_n(\mathbb{R}) \setminus SO_n(\mathbb{R}) sont les isométries indirectes.
    • De même, SUn(C)SU_n(\mathbb{C}) est un sous-groupe distingué de Un(C)U_n(\mathbb{C}).
  • Propriétés topologiques : Vus comme sous-ensembles de Mn(K)Kn2M_n(\mathbb{K}) \cong \mathbb{K}^{n^2}, ces groupes sont des compacts de Mn(K)M_n(\mathbb{K}). Ce sont des exemples fondamentaux de groupes de Lie.

Exemples

Exemple 1 : Le groupe SO2(R)SO_2(\mathbb{R})

Ce groupe est l’ensemble des matrices R(θ)=(cosθsinθsinθcosθ)R(\theta) = \begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta \\ \sin\theta & \cos\theta \end{pmatrix} pour θR\theta \in \mathbb{R}. Il est abélien : R(θ1)R(θ2)=R(θ1+θ2)R(\theta_1)R(\theta_2)=R(\theta_1+\theta_2). Topologiquement, il est homéomorphe au cercle unité S1S^1.

Exemple 2 : Le groupe O2(R)O_2(\mathbb{R})

Il est constitué de SO2(R)SO_2(\mathbb{R}) (les rotations) et des matrices de la forme S(θ)=(cosθsinθsinθcosθ)S(\theta) = \begin{pmatrix} \cos\theta & \sin\theta \\ \sin\theta & -\cos\theta \end{pmatrix} (les réflexions). Ce groupe n’est pas abélien.

Exemple 3 : Le groupe SU2(C)SU_2(\mathbb{C})

Toute matrice de SU2(C)SU_2(\mathbb{C}) s’écrit sous la forme U=(αββˉαˉ)U = \begin{pmatrix} \alpha & \beta \\ -\bar{\beta} & \bar{\alpha} \end{pmatrix} avec α,βC\alpha, \beta \in \mathbb{C} tels que α2+β2=1|\alpha|^2+|\beta|^2=1. Cet ensemble est en bijection avec la sphère S3R4S^3 \subset \mathbb{R}^4.

Contre-exemples

Contre-exemple 1 : Matrice de SLn(R)SL_n(\mathbb{R}) non orthogonale

La matrice M=(2111)M = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 1 & 1 \end{pmatrix} a un déterminant det(M)=1\det(M)=1, donc MSL2(R)M \in SL_2(\mathbb{R}). Cependant, tMM=(2111)(2111)=(5332)I2{}^tMM = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 1 & 1 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 1 & 1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 5 & 3 \\ 3 & 2 \end{pmatrix} \neq I_2. Donc MO2(R)M \notin O_2(\mathbb{R}).

Contre-exemple 2 : Groupe non compact

Le groupe GLn(R)GL_n(\mathbb{R}) n’est pas compact car il n’est pas borné (considérer les matrices λIn\lambda I_n avec λ\lambda \to \infty).

Concepts liés

  • Groupes de Lie : Les groupes orthogonaux et unitaires sont des exemples paradigmatiques de groupes de Lie compacts, qui sont des variétés différentielles munies d’une structure de groupe compatible.
  • Algèbres de Lie : À chaque groupe de Lie est associée une algèbre de Lie, qui est l’espace tangent à l’identité. Les algèbres de Lie so(n)\mathfrak{so}(n), su(n)\mathfrak{su}(n) (matrices antisymétriques et antihermitiennes de trace nulle) sont cruciales pour l’étude locale de ces groupes.
  • Théorie des représentations : Ces groupes jouent un rôle central dans la théorie des représentations des groupes compacts et en physique (e.g., symétries du modèle standard).

Concept 3: Classification des isométries en dimension 2 et 3

Prérequis

  • Groupes O2(R)O_2(\mathbb{R}) et O3(R)O_3(\mathbb{R}).
  • Valeurs propres, vecteurs propres, polynôme caractéristique.
  • Sous-espaces stables.

Définition

La classification des isométries vectorielles d’un espace euclidien de petite dimension repose sur l’analyse de leurs sous-espaces invariants et de leur déterminant.

Théorème 2.4.1 (Classification dans O2(R)O_2(\mathbb{R}))

Soit ff une isométrie de R2\mathbb{R}^2.

  1. Si det(f)=1\det(f)=1 (fSO2(R)f \in SO_2(\mathbb{R})), alors ff est une rotation. Sa matrice dans toute base orthonormée directe est de la forme R(θ)=(cosθsinθsinθcosθ)R(\theta) = \begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta \\ \sin\theta & \cos\theta \end{pmatrix} pour un certain θR\theta \in \mathbb{R}.
  2. Si det(f)=1\det(f)=-1 (fO2(R)SO2(R)f \in O_2(\mathbb{R}) \setminus SO_2(\mathbb{R})), alors ff est une réflexion orthogonale (ou symétrie axiale). Il existe une base orthonormée dans laquelle sa matrice est S=(1001)S = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & -1 \end{pmatrix}.

Théorème 2.4.2 (Classification dans O3(R)O_3(\mathbb{R}) - Théorème d’Euler)

Soit ff une isométrie de R3\mathbb{R}^3.

  1. Si det(f)=1\det(f)=1 (fSO3(R)f \in SO_3(\mathbb{R})), alors ff est une rotation (non triviale si fIdf\neq \text{Id}). Il existe un axe (droite vectorielle de vecteurs invariants) et un angle de rotation θ\theta. Dans une base orthonormée directe adaptée, sa matrice est R=(cosθsinθ0sinθcosθ0001)R = \begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta & 0 \\ \sin\theta & \cos\theta & 0 \\ 0 & 0 & 1 \end{pmatrix}.
  2. Si det(f)=1\det(f)=-1, alors ff est une isométrie indirecte. C’est la composée d’une rotation et d’une réflexion par rapport au plan orthogonal à l’axe de la rotation. Dans une base orthonormée directe adaptée, sa matrice est S=(cosθsinθ0sinθcosθ0001)S = \begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta & 0 \\ \sin\theta & \cos\theta & 0 \\ 0 & 0 & -1 \end{pmatrix}.

Propriétés Clés

  • Existence d’un axe de rotation (Théorème d’Euler) : Toute isométrie de SO3(R)SO_3(\mathbb{R}) admet la valeur propre 1.

    Démonstration. Soit MSO3(R)M \in SO_3(\mathbb{R}). Son polynôme caractéristique χM(λ)=det(MλI3)\chi_M(\lambda) = \det(M-\lambda I_3) est de degré 3 à coefficients réels. On a limλ±χM(λ)=\lim_{\lambda \to \pm\infty} \chi_M(\lambda) = \mp\infty. Par le théorème des valeurs intermédiaires, χM\chi_M a au moins une racine réelle λ0\lambda_0. Comme MM est une isométrie, ses valeurs propres réelles ne peuvent être que ±1\pm 1. Les valeurs propres complexes sont de module 1 et viennent par paires conjuguées eiθ,eiθe^{i\theta}, e^{-i\theta}. Le déterminant est le produit des valeurs propres.

    Si toutes les valeurs propres sont réelles, elles sont ±1\pm 1. Pour avoir det(M)=1\det(M)=1, les possibilités sont (1,1,1)(1,1,1) ou (1,1,1)(1,-1,-1). Dans les deux cas, 1 est valeur propre.

    Si il y a des valeurs propres complexes, elles sont eiθ,eiθe^{i\theta}, e^{-i\theta} et la troisième λ0\lambda_0 doit être réelle. On a det(M)=eiθeiθλ0=λ0=1\det(M) = e^{i\theta} e^{-i\theta} \lambda_0 = \lambda_0 = 1. Donc 1 est valeur propre.

    L’espace propre associé à la valeur propre 1 est l’axe de rotation.

  • Commutativité : SO2(R)SO_2(\mathbb{R}) est un groupe abélien, mais SO3(R)SO_3(\mathbb{R}) ne l’est pas.

Exemples

Exemple 1 : Rotation dans R3\mathbb{R}^3

La rotation d’angle π/2\pi/2 autour de l’axe e3=(0,0,1)e_3=(0,0,1) dans R3\mathbb{R}^3 a pour matrice dans la base canonique (qui est orthonormée directe) M=(010100001)M = \begin{pmatrix} 0 & -1 & 0 \\ 1 & 0 & 0 \\ 0 & 0 & 1 \end{pmatrix}. C’est un élément de SO3(R)SO_3(\mathbb{R}).

Exemple 2 : Réflexion dans R2\mathbb{R}^2

La réflexion par rapport à la droite y=xy=x (dirigée par e1=(1/2,1/2)e_1' = (1/\sqrt{2}, 1/\sqrt{2})) a pour matrice S=(0110)S = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix} dans la base canonique. det(S)=1\det(S)=-1. Dans la base orthonormée (e1,e2)(e_1', e_2'), avec e2=(1/2,1/2)e_2' = (1/\sqrt{2}, -1/\sqrt{2}), la matrice est (1001)\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & -1 \end{pmatrix}.

Exemple 3 : Rotation-réflexion (roto-réflexion)

L’inversion centrale f(x)=xf(x)=-x dans R3\mathbb{R}^3 a pour matrice I3-I_3. det(I3)=1\det(-I_3)=-1. C’est la rotation d’angle π\pi autour de n’importe quel axe, composée avec la réflexion par rapport au plan orthogonal à cet axe. Par exemple, avec l’axe e3e_3, la matrice est (100010001)=(cosπsinπ0sinπcosπ0001)(100010001)\begin{pmatrix} -1 & 0 & 0 \\ 0 & -1 & 0 \\ 0 & 0 & -1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} \cos\pi & -\sin\pi & 0 \\ \sin\pi & \cos\pi & 0 \\ 0 & 0 & 1 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} 1 & 0 & 0 \\ 0 & 1 & 0 \\ 0 & 0 & -1 \end{pmatrix}.

Contre-exemples

Contre-exemple 1 : Isométrie de R4\mathbb{R}^4

Une isométrie de R4\mathbb{R}^4 n’a pas nécessairement d’axe invariant (de dimension 1). Par exemple, la double rotation de matrice M=(cosθsinθ00sinθcosθ0000cosϕsinϕ00sinϕcosϕ)M = \begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta & 0 & 0 \\ \sin\theta & \cos\theta & 0 & 0 \\ 0 & 0 & \cos\phi & -\sin\phi \\ 0 & 0 & \sin\phi & \cos\phi \end{pmatrix} avec θ,ϕπZ\theta, \phi \notin \pi\mathbb{Z} n’a que le sous-espace {0}\{0\} comme espace de vecteurs invariants.

Contre-exemple 2 : Isométrie affine

Une translation tv:xx+vt_v : x \mapsto x+v (pour v0v \neq 0) est une isométrie de l’espace affine euclidien, mais n’est pas une isométrie vectorielle car elle n’est pas linéaire et ne fixe pas l’origine.

Concepts liés

  • Angles d’Euler : Une méthode pour paramétrer toute rotation de SO3(R)SO_3(\mathbb{R}) par trois angles, en la décomposant en une succession de trois rotations autour d’axes canoniques.
  • Quaternions : Les quaternions de norme 1 fournissent une représentation efficace et numériquement stable des rotations de SO3(R)SO_3(\mathbb{R}), évitant le problème du blocage de cardan des angles d’Euler.

Concept 4: Produit Vectoriel dans R3\mathbb{R}^3

Prérequis

  • Espace euclidien orienté R3\mathbb{R}^3.
  • Déterminant, applications multilinéaires alternées.
  • Formes linéaires, théorème de représentation de Riesz.

Définition

Soit R3\mathbb{R}^3 l’espace euclidien canonique, orienté par sa base canonique. Pour tout couple de vecteurs (U,V)R3×R3(U,V) \in \mathbb{R}^3 \times \mathbb{R}^3, le produit vectoriel de UU et VV, noté UVU \wedge V, est l’unique vecteur de R3\mathbb{R}^3 tel que :

WR3,det(U,V,W)=UV,W\forall W \in \mathbb{R}^3, \quad \det(U,V,W) = \langle U \wedge V, W \rangle

L’existence et l’unicité de ce vecteur sont garanties par le théorème de représentation de Riesz, car l’application ϕU,V:Wdet(U,V,W)\phi_{U,V}: W \mapsto \det(U,V,W) est une forme linéaire sur R3\mathbb{R}^3.

Propriétés Clés

  • Bilinéarité : L’application (U,V)UV(U,V) \mapsto U \wedge V est bilinéaire.

  • Antisymétrie : VU=UVV \wedge U = -U \wedge V. (Conséquence de det(V,U,W)=det(U,V,W)\det(V,U,W) = -\det(U,V,W)).

  • Condition de colinéarité : UV=0    (U,V)U \wedge V = 0 \iff (U,V) est une famille liée.

  • Orthogonalité : Le vecteur UVU \wedge V est orthogonal à UU et à VV.

    Démonstration. UV,U=det(U,V,U)=0\langle U \wedge V, U \rangle = \det(U,V,U) = 0 car la famille (U,V,U)(U,V,U) est liée. De même pour VV.

  • Orientation : Si (U,V)(U,V) est libre, la base (U,V,UV)(U,V,U \wedge V) est directe.

    Démonstration. det(U,V,UV)=UV,UV=UV2>0\det(U,V,U \wedge V) = \langle U \wedge V, U \wedge V \rangle = \|U \wedge V\|^2 > 0.

  • Norme : UV=UVsinθ\|U \wedge V\| = \|U\| \|V\| |\sin\theta|, où θ\theta est l’angle (non orienté) entre UU et VV. Cette norme est l’aire du parallélogramme engendré par UU et VV.

  • Expression en coordonnées : Dans une base orthonormée directe (e1,e2,e3)(e_1, e_2, e_3), si U=(u1,u2,u3)U=(u_1, u_2, u_3) et V=(v1,v2,v3)V=(v_1, v_2, v_3), alors :

UV=(u2v3u3v2)e1+(u3v1u1v3)e2+(u1v2u2v1)e3U \wedge V = (u_2v_3 - u_3v_2)e_1 + (u_3v_1 - u_1v_3)e_2 + (u_1v_2 - u_2v_1)e_3

  • Double produit vectoriel : U(VW)=U,WVU,VWU \wedge (V \wedge W) = \langle U,W \rangle V - \langle U,V \rangle W. (Formule de “BAC-CAB”).
  • Identité de Jacobi : U(VW)+V(WU)+W(UV)=0U \wedge (V \wedge W) + V \wedge (W \wedge U) + W \wedge (U \wedge V) = 0.

Exemples

Exemple 1 : Base canonique

Soit (e1,e2,e3)(e_1, e_2, e_3) la base canonique de R3\mathbb{R}^3. On a:

e1e2=e3e_1 \wedge e_2 = e_3, e2e3=e1e_2 \wedge e_3 = e_1, e3e1=e2e_3 \wedge e_1 = e_2.

Exemple 2 : Calcul direct

Soient U=(1,2,3)U=(1,2,3) et V=(4,5,6)V=(4,5,6).

UV=((2)(6)(3)(5),(3)(4)(1)(6),(1)(5)(2)(4))=(1215,126,58)=(3,6,3)U \wedge V = ((2)(6)-(3)(5), (3)(4)-(1)(6), (1)(5)-(2)(4)) = (12-15, 12-6, 5-8) = (-3, 6, -3).

Exemple 3 : Vecteur normal à un plan

Le plan vectoriel engendré par U=(1,1,0)U=(1,1,0) et V=(0,1,1)V=(0,1,1) a pour vecteur normal N=UV=(1,1,1)N = U \wedge V = (1,-1,1). Tout vecteur normal est colinéaire à NN.

Contre-exemples

Contre-exemple 1 : Non-associativité

Le produit vectoriel n’est pas associatif. Soit (e1,e2,e3)(e_1, e_2, e_3) une base orthonormée directe.

(e1e1)e2=0e2=0(e_1 \wedge e_1) \wedge e_2 = 0 \wedge e_2 = 0.

Mais e1(e1e2)=e1e3=e2e_1 \wedge (e_1 \wedge e_2) = e_1 \wedge e_3 = -e_2.

Contre-exemple 2 : Dépendance de la dimension

Un produit binaire ayant des propriétés similaires n’existe que dans R3\mathbb{R}^3 et R7\mathbb{R}^7. La généralisation du produit vectoriel en dimension nn est le produit extérieur, qui à n1n-1 vecteurs associe un vecteur (via le même type de dualité).

Concepts liés

  • Algèbre extérieure : Le produit vectoriel est un cas particulier du produit extérieur \wedge dans l’algèbre extérieure Λ(R3)\Lambda(\mathbb{R}^3). On a une identification entre Λ2(R3)\Lambda^2(\mathbb{R}^3) (les bivecteurs) et R3\mathbb{R}^3 via la dualité de Hodge.
  • Algèbre de Lie : L’espace (R3,+,)(\mathbb{R}^3, +, \wedge) est une algèbre de Lie. Elle est isomorphe à l’algèbre de Lie so(3)\mathfrak{so}(3) du groupe des rotations SO3(R)SO_3(\mathbb{R}).
  • Formes différentielles : Le produit vectoriel est lié à l’opérateur de différentiation extérieure en calcul vectoriel. Par exemple, F\nabla \wedge \mathbf{F} est le rotationnel du champ de vecteurs F\mathbf{F}.

Concept 5: Formule de Rodrigues

Prérequis

  • Classification des rotations dans R3\mathbb{R}^3.
  • Propriétés du produit vectoriel.

Définition

La formule de Rodrigues donne une expression explicite de l’image d’un vecteur UR3U \in \mathbb{R}^3 par une rotation RN,θ\mathcal{R}_{N,\theta} d’axe dirigé par un vecteur unitaire NN et d’angle θ\theta.

RN,θ(U)=cos(θ)U+(1cos(θ))U,NN+sin(θ)(NU)\mathcal{R}_{N,\theta}(U) = \cos(\theta)U + (1-\cos(\theta))\langle U,N \rangle N + \sin(\theta) (N \wedge U)

L’orientation de l’angle θ\theta est donnée par la règle de la main droite selon l’axe NN.

Propriétés Clés

  • Décomposition orthogonale : La preuve de la formule repose sur la décomposition de UU en une composante parallèle à l’axe et une composante orthogonale : U=U+UU = U_\parallel + U_\perp, avec U=U,NNU_\parallel = \langle U,N \rangle N et U=UU,NNU_\perp = U - \langle U,N \rangle N.

  • Action de la rotation : La rotation laisse la composante parallèle inchangée (R(U)=U\mathcal{R}(U_\parallel)=U_\parallel) et fait tourner la composante orthogonale d’un angle θ\theta dans le plan NN^\perp.

    Démonstration.

    R(U)=R(U)+R(U)=U+R(U)\mathcal{R}(U) = \mathcal{R}(U_\parallel) + \mathcal{R}(U_\perp) = U_\parallel + \mathcal{R}(U_\perp).

    Dans le plan NN^\perp, orienté par NN, le vecteur NU=NUN \wedge U_\perp = N \wedge U est orthogonal à UU_\perp et de même norme. La famille (U,NU)(U_\perp, N \wedge U) forme une base orthogonale (non normée) de ce plan. L’action de R\mathcal{R} sur UU_\perp est une rotation plane :

    R(U)=cos(θ)U+sin(θ)(NU)\mathcal{R}(U_\perp) = \cos(\theta)U_\perp + \sin(\theta) (N \wedge U).

    En substituant U=UU,NNU_\perp = U - \langle U,N \rangle N et U=U,NNU_\parallel = \langle U,N \rangle N, on obtient :

    R(U)=U,NN+cos(θ)(UU,NN)+sin(θ)(NU)\mathcal{R}(U) = \langle U,N \rangle N + \cos(\theta)(U - \langle U,N \rangle N) + \sin(\theta)(N \wedge U)

    =cos(θ)U+(1cos(θ))U,NN+sin(θ)(NU)= \cos(\theta)U + (1-\cos(\theta))\langle U,N \rangle N + \sin(\theta)(N \wedge U).

  • Forme matricielle : La formule permet de déduire la matrice de la rotation dans n’importe quelle base. Soit KK la matrice de l’application UNUU \mapsto N \wedge U. Si N=(a,b,c)N=(a,b,c), alors K=(0cbc0aba0)K = \begin{pmatrix} 0 & -c & b \\ c & 0 & -a \\ -b & a & 0 \end{pmatrix}. La matrice de la rotation est R=I+(sinθ)K+(1cosθ)K2R = I + (\sin\theta)K + (1-\cos\theta)K^2. C’est l’exponentielle de la matrice θK\theta K.

Exemples

Exemple 1 : Rotation d’axe e3e_3

Soit N=e3=(0,0,1)N=e_3=(0,0,1). On veut calculer Re3,θ(e1)\mathcal{R}_{e_3,\theta}(e_1).

e1,e3=0\langle e_1, e_3 \rangle = 0 et e3e1=e2e_3 \wedge e_1 = e_2.

R(e1)=cos(θ)e1+(1cosθ)(0)e3+sin(θ)e2=cos(θ)e1+sin(θ)e2\mathcal{R}(e_1) = \cos(\theta)e_1 + (1-\cos\theta)(0)e_3 + \sin(\theta)e_2 = \cos(\theta)e_1 + \sin(\theta)e_2.

Ce qui correspond bien à (cosθ,sinθ,0)(\cos\theta, \sin\theta, 0).

Exemple 2 : Demi-tour (rotation d’angle π\pi)

Pour θ=π\theta=\pi, cosπ=1,sinπ=0\cos\pi=-1, \sin\pi=0. La formule devient :

RN,π(U)=U+2U,NN\mathcal{R}_{N,\pi}(U) = -U + 2\langle U,N \rangle N. C’est l’expression de la symétrie axiale par rapport à l’axe dirigé par NN.

Exemple 3 : Rotation d’axe (1,1,1)(1,1,1)

Soit N=13(1,1,1)N=\frac{1}{\sqrt{3}}(1,1,1) et θ=2π3\theta=\frac{2\pi}{3}. Soit U=e1=(1,0,0)U=e_1=(1,0,0).

U,N=1/3\langle U,N \rangle = 1/\sqrt{3}.

NU=13(1,1,1)(1,0,0)=13(0,1,1)N \wedge U = \frac{1}{\sqrt{3}}(1,1,1) \wedge (1,0,0) = \frac{1}{\sqrt{3}}(0,1,-1).

cos(2π/3)=1/2\cos(2\pi/3)=-1/2, sin(2π/3)=3/2\sin(2\pi/3)=\sqrt{3}/2.

R(e1)=12(1,0,0)+(1(12))(13)13(1,1,1)+3213(0,1,1)\mathcal{R}(e_1) = -\frac{1}{2}(1,0,0) + (1-(-\frac{1}{2}))(\frac{1}{\sqrt{3}})\frac{1}{\sqrt{3}}(1,1,1) + \frac{\sqrt{3}}{2}\frac{1}{\sqrt{3}}(0,1,-1)

=(12,0,0)+3213(1,1,1)+12(0,1,1)= (-\frac{1}{2},0,0) + \frac{3}{2} \cdot \frac{1}{3}(1,1,1) + \frac{1}{2}(0,1,-1)

=(12,0,0)+(12,12,12)+(0,12,12)=(0,1,0)=e2= (-\frac{1}{2},0,0) + (\frac{1}{2},\frac{1}{2},\frac{1}{2}) + (0,\frac{1}{2},-\frac{1}{2}) = (0,1,0) = e_2.

De même, on trouve R(e2)=e3\mathcal{R}(e_2)=e_3 et R(e3)=e1\mathcal{R}(e_3)=e_1. C’est une permutation circulaire des axes.

Concepts liés

  • Exponentielle de matrice : La rotation d’angle θ\theta autour de l’axe NN est donnée par l’exponentielle de l’opérateur “produit vectoriel par θN\theta N”. Soit AN(U)=NUA_N(U) = N \wedge U. La rotation est RN,θ=exp(θAN)\mathcal{R}_{N,\theta} = \exp(\theta A_N). La formule de Rodrigues est un cas particulier de la formule de l’exponentielle pour les matrices de so(3)\mathfrak{so}(3).
  • Quaternions : L’action d’une rotation représentée par un quaternion q=cos(θ/2)+sin(θ/2)Nq = \cos(\theta/2) + \sin(\theta/2)N sur un vecteur UU (identifié au quaternion pur UU) est donnée par la conjugaison qUq1qUq^{-1}. Le développement de cette expression redonne la formule de Rodrigues.

Concept 6: Le groupe SU2(C)SU_2(\mathbb{C}) et son lien avec SO3(R)SO_3(\mathbb{R})

Prérequis

  • Espaces hermitiens, groupes unitaires Un(C),SUn(C)U_n(\mathbb{C}), SU_n(\mathbb{C}).
  • Trace d’une matrice, matrices hermitiennes.
  • Morphismes de groupes, noyau.

Définition

Le lien entre SU2(C)SU_2(\mathbb{C}) et SO3(R)SO_3(\mathbb{R}) s’établit via la représentation adjointe.

  1. On considère le R\mathbb{R}-espace vectoriel V={MM2(C)M=M,Tr(M)=0}\mathcal{V} = \{ M \in M_2(\mathbb{C}) \mid M^*=M, \text{Tr}(M)=0 \}.

    Cet espace est de dimension 3. Une base en est (T1,T2,T3)(T_1, T_2, T_3) avec :

    T1=(0ii0),T2=(0110),T3=(1001)T_1 = \begin{pmatrix} 0 & -i \\ i & 0 \end{pmatrix}, \quad T_2 = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix}, \quad T_3 = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & -1 \end{pmatrix}

    (Ces matrices sont proportionnelles aux matrices de Pauli σ2,σ1,σ3\sigma_2, \sigma_1, \sigma_3).

  2. On munit V\mathcal{V} d’un produit scalaire euclidien φ(A,B):=12Tr(AB)\varphi(A,B) := \frac{1}{2}\text{Tr}(AB), pour lequel la base (T1,T2,T3)(T_1, T_2, T_3) est orthonormée. (V,φ)(\mathcal{V}, \varphi) est donc un espace euclidien de dimension 3, que l’on identifie à R3\mathbb{R}^3.

  3. Pour tout USU2(C)U \in SU_2(\mathbb{C}), on définit l’application adjointe AdU:VV\text{Ad}_U : \mathcal{V} \to \mathcal{V} par :

    AdU(M):=UMU\text{Ad}_U(M) := UMU^*

  4. L’application J:SU2(C)O(V)O3(R)\mathcal{J} : SU_2(\mathbb{C}) \to O(\mathcal{V}) \cong O_3(\mathbb{R}) qui à UU associe AdU\text{Ad}_U est un morphisme de groupes.

Propriétés Clés

  • SU2(C)SU_2(\mathbb{C}) et la sphère S3S^3 : Toute matrice USU2(C)U \in SU_2(\mathbb{C}) est de la forme (αββˉαˉ)\begin{pmatrix} \alpha & \beta \\ -\bar{\beta} & \bar{\alpha} \end{pmatrix} avec α2+β2=1|\alpha|^2+|\beta|^2=1. L’application qui à UU associe ((α),(α),(β),(β))(\Re(\alpha), \Im(\alpha), \Re(\beta), \Im(\beta)) est un homéomorphisme de SU2(C)SU_2(\mathbb{C}) sur la sphère unité S3R4S^3 \subset \mathbb{R}^4.

  • AdU\text{Ad}_U est une isométrie : Pour tout MVM \in \mathcal{V}, φ(AdU(M),AdU(M))=12Tr((UMU)(UMU))=12Tr(UMUUMU)=12Tr(UM2U)=12Tr(M2)=φ(M,M)\varphi(\text{Ad}_U(M), \text{Ad}_U(M)) = \frac{1}{2}\text{Tr}((UMU^*)(UMU^*)) = \frac{1}{2}\text{Tr}(UMU^*UMU^*) = \frac{1}{2}\text{Tr}(UM^2U^*) = \frac{1}{2}\text{Tr}(M^2) = \varphi(M,M). Donc AdUO(V)\text{Ad}_U \in O(\mathcal{V}).

  • L’image est dans SO3(R)SO_3(\mathbb{R}) : Le groupe SU2(C)SU_2(\mathbb{C}) est connexe (car S3S^3 l’est). L’application J\mathcal{J} est continue. L’image J(SU2(C))\mathcal{J}(SU_2(\mathbb{C})) est donc une partie connexe de O3(R)O_3(\mathbb{R}). Comme J(I2)=IdSO3(R)\mathcal{J}(I_2)=\text{Id} \in SO_3(\mathbb{R}), l’image entière est contenue dans la composante connexe de l’identité, qui est SO3(R)SO_3(\mathbb{R}).

  • Surjectivité : On peut montrer que le morphisme J:SU2(C)SO3(R)\mathcal{J}: SU_2(\mathbb{C}) \to SO_3(\mathbb{R}) est surjectif.

  • Noyau : ker(J)={USU2(C)MV,UMU=M}\ker(\mathcal{J}) = \{U \in SU_2(\mathbb{C}) \mid \forall M \in \mathcal{V}, UMU^*=M\}. Ceci est équivalent à UU qui commute avec toutes les matrices de V\mathcal{V}, et donc avec tout M2(C)M_2(\mathbb{C}). Par le lemme de Schur, UU doit être une matrice scalaire. Les seules matrices scalaires dans SU2(C)SU_2(\mathbb{C}) sont I2I_2 et I2-I_2. Donc ker(J)={±I2}\ker(\mathcal{J}) = \{\pm I_2\}.

  • Revêtement double : Par le premier théorème d’isomorphisme, SO3(R)SU2(C)/{±I2}SO_3(\mathbb{R}) \cong SU_2(\mathbb{C}) / \{\pm I_2\}. On dit que SU2(C)SU_2(\mathbb{C}) est un revêtement double de SO3(R)SO_3(\mathbb{R}). Topologiquement, cela signifie que SU2(C)SU_2(\mathbb{C}) “s’enroule” deux fois sur SO3(R)SO_3(\mathbb{R}).

Exemples

Exemple 1 : Rotation d’axe T3T_3

Soit U=Dθ=(eiθ00eiθ)SU2(C)U=D_\theta = \begin{pmatrix} e^{i\theta} & 0 \\ 0 & e^{-i\theta} \end{pmatrix} \in SU_2(\mathbb{C}). Un calcul direct montre que AdDθ\text{Ad}_{D_\theta} a pour matrice dans la base (T1,T2,T3)(T_1, T_2, T_3) :

(cos(2θ)sin(2θ)0sin(2θ)cos(2θ)0001)\begin{pmatrix} \cos(2\theta) & -\sin(2\theta) & 0 \\ \sin(2\theta) & \cos(2\theta) & 0 \\ 0 & 0 & 1 \end{pmatrix}

C’est la rotation d’angle 2θ2\theta autour de l’axe T3T_3.

Exemple 2 : Le noyau

Pour U=I2U=-I_2, on a AdI2(M)=(I2)M(I2)=(M)(I2)=M=Id(M)\text{Ad}_{-I_2}(M) = (-I_2)M(-I_2)^* = (-M)(-I_2) = M = \text{Id}(M). Donc I2ker(J)-I_2 \in \ker(\mathcal{J}).

Exemple 3 : lien avec les quaternions

Le R\mathbb{R}-espace vectoriel des quaternions H\mathbb{H} a pour base (1,i,j,k)(1, i, j, k). Le groupe des quaternions de norme 1, noté Sp(1)Sp(1), est isomorphe à SU(2)SU(2). L’isomorphisme associe x1+x2i+x3j+x4kx_1+x_2i+x_3j+x_4k à la matrice (x1+ix2x3+ix4x3+ix4x1ix2)\begin{pmatrix} x_1+ix_2 & x_3+ix_4 \\ -x_3+ix_4 & x_1-ix_2 \end{pmatrix}. L’action adjointe correspond à la conjugaison pqpq1p \mapsto qpq^{-1} des quaternions purs.

Concepts liés

  • Algèbres de Lie : V\mathcal{V} est l’algèbre de Lie su(2)\mathfrak{su}(2) de SU2(C)SU_2(\mathbb{C}), munie du commutateur [A,B]=ABBA[A,B]=AB-BA. L’application AdU\text{Ad}_U est la représentation adjointe du groupe de Lie sur son algèbre. On a un isomorphisme d’algèbres de Lie entre (su(2),[.,.])(\mathfrak{su}(2), [.,.]) et (R3,)(\mathbb{R}^3, \wedge).
  • Topologie algébrique : SU(2)S3SU(2) \cong S^3 est simplement connexe, tandis que SO(3)P3(R)SO(3) \cong \mathbb{P}^3(\mathbb{R}) (l’espace projectif réel de dimension 3) ne l’est pas (son groupe fondamental est Z/2Z\mathbb{Z}/2\mathbb{Z}). SU(2)SU(2) est le revêtement universel de SO(3)SO(3).
  • Physique quantique : Cette relation est fondamentale en mécanique quantique pour la description du spin des particules. Les états de spin sont décrits par des vecteurs dans C2\mathbb{C}^2 et les rotations de l’espace physique (opérateurs de SO3(R)SO_3(\mathbb{R})) sont représentées par des opérateurs de SU2(C)SU_2(\mathbb{C}). La non-injectivité du morphisme explique des phénomènes comme le fait qu’une rotation de 2π2\pi change le signe de la fonction d’onde d’un fermion.