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Chaînes, parcours, cycles et tours - preuves (A)
Lemme de réduction : Du parcours à la chaîne
Prouvez que si, dans un graphe , il existe un parcours reliant deux sommets et , alors il existe nécessairement une chaîne (parcours à sommets distincts) reliant et .
Indice
Considérez l'ensemble de tous les parcours reliant à . Si un parcours contient des sommets répétés, peut-on le raccourcir ? Raisonnez sur la longueur minimale.
Solution
Soit un parcours reliant à .
Étape 1 : Considérer le parcours de longueur minimale
Parmi tous les parcours existants reliant à (il en existe au moins un par hypothèse), choisissons-en un, noté , dont la longueur est minimale. Ici et .
Étape 2 : Raisonnement par l'absurde sur la répétition des sommets
Supposons que ne soit pas une chaîne. Par définition, cela signifie que tous ses sommets ne sont pas distincts.
Il existe donc deux indices et avec tels que .
Étape 3 : Construction d'un parcours plus court
Puisque , le parcours fait une "boucle" entre l'étape et l'étape . Nous pouvons supprimer cette section.
Construisons le nouveau parcours en "court-circuitant" la boucle :
.
Notez que est directement relié à dans uniquement si , ce qui est impossible ici car . Plus précisément, la suite devient la concaténation de la section de à et de la section de (qui est égal à ) à .
La longueur de est . Comme , on a , donc la longueur de est strictement inférieure à .
Conclusion
Nous avons construit un parcours reliant à strictement plus court que . Cela contredit l'hypothèse que était de longueur minimale.
Par conséquent, le parcours de longueur minimale ne peut pas contenir de sommets répétés. C'est donc une chaîne.
Transitivité de la relation de connexité
Prouvez que la relation "être relié à" est transitive. C'est-à-dire : si est relié à et est relié à , alors est relié à .
Indice
Utilisez la définition d'un parcours (une suite de sommets adjacents). Si vous avez un chemin de à et un autre de à , comment pouvez-vous construire un chemin de à ? Pensez à la concaténation.
Solution
Soient trois sommets du graphe .
Étape 1 : Existence des parcours initiaux
Puisque est relié à , il existe un parcours tel que et .
Puisque est relié à , il existe un parcours tel que et .
Étape 2 : Concaténation (Mise bout à bout)
Observons que l'extrémité de est l'origine de ().
Nous pouvons définir une nouvelle suite de sommets en mettant à la suite de :
.
(Note : on ne répète pas deux fois dans la liste des sommets, on fusionne le point de jonction).
Étape 3 : Vérification de la validité
- Pour la première partie , chaque paire consécutive est une arête car est un parcours valide.
- Pour la seconde partie , rappelons que . Donc la paire est l'arête de . Les paires suivantes sont aussi des arêtes car est valide.
Conclusion
La suite est un parcours valide commençant par et finissant par . Donc est relié à .
Connexité et Partition (Théorème 7.5)
Soit un graphe. Prouvez que si est connexe, alors pour toute partition de l'ensemble des sommets en deux ensembles non vides et ( et ), il existe au moins une arête reliant un sommet de à un sommet de .
Indice
Raisonnez par l'absurde. S'il n'y avait aucune arête entre et , pourrait-on aller d'un point à un point ?
Solution
Hypothèse : est connexe. est partitionné en et non vides.
Étape 1 : Raisonnement par l'absurde
Supposons qu'il n'existe aucune arête reliant un sommet de à un sommet de . Cela signifie que pour tout et , .
Étape 2 : Utilisation de la connexité
Choisissons un sommet arbitraire et un sommet arbitraire (possible car les ensembles sont non vides).
Comme est connexe, il existe un parcours reliant à (avec et ).
Étape 3 : Analyse du parcours
Puisque le parcours commence dans () et finit dans (), il doit y avoir un moment où le parcours "saute" de l'ensemble à l'ensemble .
Mathématiquement, il doit exister un indice tel que et .
Or, est une arête du parcours, donc une arête du graphe.
Conclusion
L'existence de l'arête contredit notre hypothèse de départ (qu'il n'y a pas d'arête entre et ).
Il est donc nécessaire qu'il existe au moins une arête entre et .
Inégalité triangulaire pour la distance dans un graphe
Prouvez que pour tout triplet de sommets d'un graphe connexe , la distance satisfait :
.
Indice
La distance est définie comme la longueur du plus court chemin. Si vous mettez bout à bout le chemin optimal de à et celui de à , que pouvez-vous dire de la longueur de ce nouveau chemin par rapport à ?
Solution
Étape 1 : Définition des chemins optimaux
Soit une chaîne de longueur minimale reliant à . Sa longueur est .
Soit une chaîne de longueur minimale reliant à . Sa longueur est .
Étape 2 : Construction d'un chemin candidat
En concaténant et au point , nous formons un parcours reliant à .
La longueur de ce parcours concaténé est exactement la somme des longueurs :
.
Étape 3 : Comparaison avec la distance
Par définition, la distance est la longueur du plus court parcours possible entre et .
Le parcours que nous venons de construire est un chemin possible, mais pas nécessairement le plus court.
Par conséquent, la distance réelle doit être inférieure ou égale à la longueur de ce candidat :
.
Conclusion
En substituant la longueur, on obtient :
.
Puissances de la matrice d'adjacence
Soit la matrice d'adjacence d'un graphe . Prouvez que le coefficient est égal au nombre de parcours de longueur exactement reliant le sommet au sommet .
Indice
Utilisez un raisonnement par récurrence sur la longueur .
Pour l'hérédité (), rappelez-vous de la définition du produit matriciel : . Interprétez cette somme en termes de parcours.
Solution
Procédons par récurrence sur .
Étape 1 : Cas de base ()
.
Par définition de la matrice d'adjacence, ce coefficient vaut 1 s'il existe une arête (parcours de longueur 1) entre et , et 0 sinon. La propriété est vraie pour .
Étape 2 : Hypothèse de récurrence
Supposons que pour un entier , le terme représente le nombre de parcours de longueur entre et , pour toute paire .
Étape 3 : Hérédité ()
On sait que .
Selon la formule du produit matriciel :
Analysons les termes de cette somme :
- est le nombre de parcours de longueur allant de à .
- vaut 1 si est une arête, 0 sinon.
Le produit compte donc le nombre de parcours de longueur allant de à qui peuvent être prolongés par l'arête pour atteindre .
Un parcours de longueur de à est nécessairement formé d'un parcours de longueur de à un voisin de , suivi de l'arête .
En sommant sur tous les sommets intermédiaires possibles, on comptabilise exactement tous les parcours de longueur reliant à .
Conclusion
La propriété est vraie pour et est héréditaire. Elle est donc vraie pour tout .
Sous-optimalité des plus courts chemins
Soit un plus court chemin (chaîne de longueur minimale) entre et dans un graphe. Prouvez que la sous-section est un plus court chemin entre et .
Indice
Raisonnez par l'absurde (contradiction). Si on pouvait aller de à plus vite, que cela impliquerait-il pour le trajet total de à ?
Solution
Soit la distance entre deux sommets.
La longueur du chemin est .
Notons la sous-partie du chemin reliant à .
La longueur de est la somme de la longueur de et de la dernière arête (de poids 1 ou si le graphe est valué positivement).
.
Étape 1 : Hypothèse contradictoire
Supposons que n'est pas le plus court chemin entre et .
Alors il existe un autre chemin reliant à tel que .
Étape 2 : Construction d'un nouveau chemin
Construisons un nouveau chemin de à en empruntant puis l'arête .
La longueur de ce nouveau chemin est :
.
Étape 3 : Comparaison
Puisque , nous avons :
.
Conclusion
Nous avons trouvé un chemin reliant à dont la longueur est strictement inférieure à la distance , ce qui est impossible par définition de la distance.
L'hypothèse est fausse. La sous-section d'un plus court chemin est donc elle-même un plus court chemin.
Condition nécessaire pour les graphes Eulériens
Prouvez que si un graphe connexe admet un tour eulérien (un cycle passant par toutes les arêtes exactement une fois), alors le degré de chaque sommet est pair.
Indice
Imaginez que vous parcourez le tour eulérien. Considérez un sommet . À chaque fois que vous "entrez" dans par une arête, que devez-vous faire ensuite ? Quelle est l'implication sur le nombre d'arêtes incidentes à ?
Solution
Soit un graphe possédant un tour eulérien .
Le tour est une suite d'arêtes qui commence et finit au même sommet et contient chaque arête de exactement une fois.
Étape 1 : Analyse des passages par un sommet
Considérons un sommet arbitraire .
Chaque fois que le tour passe par le sommet , il doit :
- Arriver par une arête incidente .
- Repartir par une autre arête incidente .
Étape 2 : Comptage des arêtes
Le passage par consomme donc exactement 2 arêtes incidentes à (une pour entrer, une pour sortir).
Si le tour passe fois par le sommet , alors arêtes incidentes à sont utilisées.
Conclusion
Comme le tour est eulérien, il utilise toutes les arêtes incidentes à exactement une fois.
Le nombre total d'arêtes incidentes à , c'est-à-dire le degré , doit donc être égal à la somme des arêtes consommées lors des passages.
.
Puisque est un multiple de 2, le degré de est nécessairement pair.
(Note : Pour le sommet de départ/arrivée, le raisonnement est le même : le tout premier départ et la toute dernière arrivée comptent ensemble comme un passage).
Feuilles dans un arbre
Prouvez que tout arbre (graphe connexe sans cycle) possédant au moins 2 sommets () possède au moins deux feuilles (sommets de degré 1).
Indice
Considérez la chaîne la plus longue possible dans l'arbre. Regardez les extrémités de cette chaîne. Peuvent-elles avoir d'autres voisins que ceux qui sont sur la chaîne ?
Solution
Soit un arbre avec .
Étape 1 : Considérer une chaîne maximale
Comme et est connexe, il existe des chaînes. Considérons une chaîne élémentaire de longueur maximale dans le graphe :
.
(Note : "maximale" signifie qu'on ne peut pas l'étendre sans répéter un sommet, elle n'est pas forcément unique).
Étape 2 : Analyse de l'extrémité
Regardons le sommet .
- Il a au moins un voisin, , qui est sur la chaîne.
- Supposons que ait un autre voisin ().
Deux cas possibles pour :
- est déjà dans la chaîne ( avec ) : Cela créerait un cycle . Or, un arbre est acyclique. Impossible.
- n'est pas dans la chaîne : Alors nous pourrions étendre la chaîne en , ce qui contredit l'hypothèse que est de longueur maximale. Impossible.
Conclusion
Puisque ne peut pas avoir de voisin dans la chaîne (autre que ) ni hors de la chaîne, son seul voisin est .
Donc . est une feuille.
Le même raisonnement s'applique à l'autre extrémité , qui est aussi une feuille (et car , donc la chaîne a une longueur ).
Il y a donc au moins deux feuilles.
Unicité de la chaîne dans un arbre
Prouvez que dans un arbre, il existe une unique chaîne reliant toute paire de sommets et .
Indice
L'existence est garantie par la connexité. Pour l'unicité, raisonnez par l'absurde : si vous aviez deux chaînes distinctes entre et , que formerait leur union ?
Solution
Soit un arbre.
Étape 1 : Existence
Par définition, un arbre est connexe. Donc, pour tous , il existe au moins une chaîne reliant à .
Étape 2 : Unicité (par l'absurde)
Supposons qu'il existe deux chaînes distinctes et reliant et .
Puisqu'elles sont distinctes, il existe un moment où elles se séparent et un moment où elles se retrouvent.
Considérons le premier sommet où les chemins divergent, et le premier sommet où ils se rejoignent ensuite.
Les segments de et entre et sont disjoints (ne partagent aucun sommet intermédiaire).
En concaténant le segment de et le segment de (parcouru à l'envers), on forme un cycle fermé.
Conclusion
L'existence de deux chaînes distinctes implique l'existence d'un cycle.
Or, un arbre est par définition acyclique.
C'est une contradiction. La chaîne reliant à est donc unique.
Nombre d'arêtes dans un arbre
Prouvez par récurrence que tout arbre d'ordre (avec ) possède exactement arêtes.
Indice
Utilisez le résultat précédent sur l'existence des feuilles. Si vous retirez une feuille et son arête unique, que devient le graphe ? Appliquez l'hypothèse de récurrence sur le graphe réduit.
Solution
Notons la propriété : "Un arbre à sommets possède arêtes".
Étape 1 : Cas de base ()
Un arbre à 1 sommet n'a pas de boucle, donc 0 arête.
. La propriété est vraie.
Étape 2 : Hérédité
Supposons la propriété vraie pour tout arbre de taille . Soit un arbre de taille .
Nous avons prouvé précédemment que tout arbre avec au moins 2 sommets possède au moins une feuille.
Soit une feuille de et l'unique arête incidente à .
Considérons le graphe . On retire le sommet et l'arête .
- a sommets.
- est toujours connexe (retirer une feuille ne déconnecte pas les autres sommets).
- est toujours sans cycle (retirer des éléments ne crée pas de cycle).
Donc est un arbre d'ordre .
Par hypothèse de récurrence, possède arêtes.
Conclusion
Le nombre d'arêtes de est le nombre d'arêtes de plus l'arête que nous avions retirée.
.
Pour un ordre , nous avons trouvé arêtes.
La propriété est démontrée.