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Chaînes, parcours, cycles et tours (A)
Concept 1 : Chaînes et Parcours
Prérequis
- Définition d’un graphe
- Notion de sous-graphe
- Notion d’arête et de sommets adjacents
Définition
Dans un graphe , il est fondamental de distinguer les déplacements où l’on peut repasser par le même endroit et ceux où les éléments doivent être distincts.
Soit un entier naturel.
-
Un parcours de longueur est une suite de sommets où chaque paire consécutive forme une arête de .
- On peut repasser plusieurs fois par le même sommet ou la même arête.
- est l’origine, est l’extrémité. On dit que le parcours relie et .
-
Une -chaîne (ou chaîne de longueur ) est un parcours particulier où tous les sommets sont distincts deux à deux.
- C’est un sous-graphe isomorphe à une ligne de arêtes.
Remarque de vocabulaire : Attention, certains ouvrages (comme le polycopié de Bernardi) inversent ces termes. Dans ce cours, “chaîne” implique l’unicité des sommets (“élémentaire”), alors que “parcours” est le terme général.
Propriétés Clés
- Relation Parcours/Chaîne : Une chaîne est toujours un parcours, mais la réciproque est fausse.
- Réduction (Lemme 7.3) : S’il existe un parcours reliant deux sommets et , alors il existe nécessairement une chaîne (sans répétition de sommets) reliant et . On peut l’obtenir en supprimant les boucles inutiles du parcours.
Exemples
Considérons un graphe triangle avec les sommets et les arêtes .
Exemple 1 : Une chaîne
La suite est une chaîne de longueur 2.
- Arêtes empruntées : puis .
- Les sommets 1, 2 et 3 sont tous distincts.
Exemple 2 : Un parcours (qui n’est pas une chaîne)
La suite est un parcours de longueur 4.
- Il relie le sommet 1 au sommet 2.
- Ce n’est pas une chaîne car les sommets 1 et 2 apparaissent deux fois.
Exemple 3 : Parcours de longueur 0
La suite composée d’un seul sommet est un parcours de longueur 0 reliant à lui-même. C’est aussi une chaîne triviale.
Contre-exemples
- Dans le graphe ci-dessus, la suite est une chaîne. Cependant, la suite n’est pas un parcours ni une chaîne, car le sommet 4 n’existe pas dans le graphe (ou s’il existait mais n’était pas relié à 3, ne serait pas une arête).
Concepts Liés
- Connexité : L’existence d’une chaîne entre deux points définit la connexité.
- Cycles et Tours : Ce sont les équivalents “fermés” (où le début est la fin) des chaînes et parcours.
Applications
- Planification de trajet (trouver une route sans passer deux fois au même endroit).
- Réseaux informatiques (routage de paquets).
Concept 2 : Cycles et Tours
Prérequis
- Concept 1 : Chaînes et Parcours
- Notion d’ordre d’un graphe
Définition
Il s’agit des concepts de déplacements “fermés”, où l’on revient au point de départ ().
-
Un tour de longueur est un parcours fermé où et toutes les arêtes empruntées sont distinctes.
- On peut repasser par un sommet, mais pas emprunter la même arête deux fois.
-
Un -cycle (ou cycle de longueur ) est un tour particulier où tous les sommets sont distincts.
- Seuls le premier et le dernier sommet sont identiques ().
- Un cycle a un ordre .
Propriétés Clés
- Structure : Un -cycle est un sous-graphe régulier de degré 2 connexe.
- Hiérarchie : Tout cycle est un tour (car si les sommets sont distincts, les arêtes entre eux le sont forcément), mais tout tour n’est pas un cycle.
Exemples
Soit un graphe en forme de “8” : deux triangles et se touchant au sommet 3.
Exemple 1 : Un cycle
La suite est un 3-cycle.
- Sommets distincts (sauf 1 à la fin).
- Longueur 3.
Exemple 2 : Un tour
La suite est un tour de longueur 6.
- Il parcourt les deux triangles.
- Toutes les arêtes sont distinctes.
- Ce n’est pas un cycle car le sommet 3 est visité deux fois “au milieu” de la séquence.
Contre-exemples
- dans un graphe simple n’est ni un cycle ni un tour (selon la définition stricte de cycle , et pour un tour, on emprunte l’arête à l’aller et l’arête au retour, qui est la même arête non orientée).
- Une suite n’est pas un cycle car elle n’est pas fermée ().
Concepts Liés
- Graphes Eulériens : Basés sur la notion de tour (passer par toutes les arêtes).
- Graphes Hamiltoniens : Basés sur la notion de cycle (passer par tous les sommets).
- Arbres : Graphes définis par l’absence de cycles.
Concept 3 : Connexité
Prérequis
- Chaînes et Parcours
- Relation d’équivalence
Définition
La connexité capture l’idée qu’un graphe est “d’un seul tenant”.
- Relation “être relié à” : Deux sommets et sont reliés s’il existe une chaîne (ou un parcours) allant de à .
- Graphe Connexe : Un graphe est connexe si pour toute paire de sommets , il existe une chaîne reliant à .
- Composantes Connexes : Si un graphe n’est pas connexe, il est divisé en sous-ensembles maximaux de sommets reliés entre eux, appelés composantes connexes.
Propriétés Clés
- Relation d’équivalence (Théorème 7.4) : La relation “être relié à” est :
- Réflexive ( est relié à par un chemin de longueur 0).
- Symétrique (si mène à , mène à car les graphes sont non orientés ici).
- Transitive (si est relié à et à , alors est relié à par concaténation).
- Partition (Théorème 7.5) : Un graphe est connexe si et seulement si pour toute séparation des sommets en deux groupes et , il existe au moins une arête reliant un sommet de à un sommet de .
Exemples
Exemple 1 : Graphe Connexe
Un carré (sommets 1, 2, 3, 4 reliés en boucle).
- On peut aller de n’importe quel coin à un autre. C’est une seule composante connexe.
Exemple 2 : Graphe non connexe
Un graphe avec et une seule arête .
- Il y a 3 composantes connexes : , et .
- Il est impossible d’aller de 1 à 3.
Exemple 3 : Test de la partition
Dans l’Exemple 2, si on pose et , il n’y a aucune arête entre et . Cela prouve (via le Théorème 7.5) que le graphe n’est pas connexe.
Concepts Liés
- Distance : Elle n’est finie que si les sommets sont reliés.
- Arbres : Un arbre est un graphe connexe minimal (si on enlève une arête, il n’est plus connexe).
Concept 4 : Distance et Matrice d’Adjacence
Prérequis
- Connexité
- Matrices, Produit matriciel
Définition
La notion de distance géométrique est transposée aux graphes en comptant les arêtes.
-
Distance : C’est la longueur (nombre d’arêtes) de la chaîne la plus courte reliant à .
- Si et ne sont pas reliés, .
- Si , .
-
Lien avec la Matrice d’Adjacence : Soit la matrice d’adjacence du graphe. Le coefficient (ligne , colonne de la matrice élevée à la puissance ) est égal au nombre de parcours de longueur exactement reliant le sommet au sommet .
Propriétés Clés
- Inégalité triangulaire : . Passer par un point intermédiaire ne peut pas être plus court que le chemin direct optimal.
- Calcul de la distance (Corollaire 7.8) : La distance entre et est la plus petite puissance telle que l’entrée de soit non nulle.
Exemples
Exemple 1 : Distance dans un carré
Soit un carré .
- (voisins).
- (chemin ou ).
Exemple 2 : Matrice d’adjacence
Si (une arête entre 1 et 2).
- .
- : Il y a 1 parcours de longueur 2 de 1 vers 1 (l’aller-retour ).
- : Pas de parcours de longueur 2 de 1 vers 2 (impossible sur une seule arête simple).
Contre-exemples
- La distance n’est pas le nombre de sommets entre et , mais le nombre d’arêtes.
- Si n’est pas connexe, la fonction distance ne respecte pas les propriétés d’une distance mathématique classique (à cause de l’infini).
Concepts Liés
- Algorithme de Dijkstra : Généralisation du calcul de distance pour les graphes où les arêtes ont des poids différents.
- Diamètre : La plus grande distance entre deux sommets quelconques du graphe.
Applications
- Théorie des “Six degrés de séparation” (réseaux sociaux).
- Analyse de la vitesse de propagation d’informations.
Concept 5 : Graphes Valués et Algorithme de Dijkstra
Prérequis
- Distance
- Algorithmique de base (boucles, conditions)
Définition
- Graphe Valué : Un graphe où chaque arête possède un poids (ou coût, longueur) positif donné par la fonction . La longueur d’un parcours est la somme des poids des arêtes empruntées.
- Algorithme de Dijkstra : Une méthode pour trouver le chemin le plus court (de moindre coût) entre un sommet de départ et tous les autres sommets du graphe.
Fonctionnement (Idée intuitive)
L’algorithme maintient deux ensembles :
- : Les sommets dont on connaît déjà la distance minimale définitive depuis .
- : Les sommets restants.
À chaque étape, on choisit le sommet de le plus proche de , on le déplace dans , et on met à jour les distances potentielles de ses voisins.
Propriétés Clés
- Hypothèse : Les poids doivent être positifs ().
- Complexité : Efficace, environ .
- Invariant : À chaque étape, pour tout sommet dans , la distance calculée est la distance optimale réelle.
Exemples
Exemple 1 : Calcul simple
Sommets .
Arêtes : poids 1, poids 2, poids 10.
On cherche le chemin de à .
- Départ : distance 0. Voisins : (dist 1), (dist 10).
- On valide (le plus proche). Depuis , on peut aller à . Coût total via : .
- On compare : passer par (coût 3) est mieux que le chemin direct (coût 10). On met à jour la distance de à 3.
Exemple 2 : Comparaison avec la distance classique
Si toutes les arêtes ont un poids de 1, l’algorithme de Dijkstra donne le même résultat que la distance définie précédemment (nombre d’arêtes).
Contre-exemples
- Si des arêtes ont des poids négatifs, Dijkstra ne fonctionne pas (il faut utiliser l’algorithme de Bellman-Ford).
Concepts Liés
- GPS et Routage : C’est l’algorithme de base pour trouver le chemin le plus rapide sur une carte routière.
Concept 6 : Graphes Eulériens
Prérequis
- Connexité
- Degré d’un sommet
- Tours
Définition
Ce concept concerne la possibilité de dessiner un graphe sans lever le crayon et sans repasser deux fois sur le même trait.
- Tour Eulérien : Un tour fermé qui utilise chaque arête du graphe exactement une fois.
- Graphe Eulérien : Un graphe qui possède un tour eulérien.
- Graphe Semi-Eulérien : Un graphe qui possède un parcours (ouvert) utilisant chaque arête exactement une fois (départ et arrivée différents).
Théorème Fondamental (Théorème 7.11)
Un graphe connexe est Eulérien si et seulement si tous ses sommets sont de degré pair.
Corollaire (Semi-eulérien) : Un graphe connexe est semi-eulérien si et seulement si le nombre de sommets de degré impair est exactement 0 ou 2.
Exemples
Exemple 1 : Le Carré (Eulérien)
Chaque sommet a un degré 2 (pair). On peut faire le tour .
Exemple 2 : L’enveloppe ouverte (Semi-Eulérien)
Un carré avec une diagonale.
- 2 sommets de degré 3 (les coins de la diagonale).
- 2 sommets de degré 2.
- Il est semi-eulérien : on doit commencer sur un sommet de degré impair et finir sur l’autre.
Exemple 3 : Le trident (Non Eulérien)
Un sommet central relié à 3 feuilles.
- Le centre est de degré 3. Les feuilles sont de degré 1.
- 4 sommets de degré impair. Impossible de parcourir toutes les arêtes sans en répéter.
Concepts Liés
- Problème des ponts de Königsberg : L’origine historique de la théorie des graphes (résolu par Euler).
Concept 7 : Graphes Hamiltoniens
Prérequis
- Connexité
- Cycles
- Degré
Définition
Contrairement aux graphes eulériens (arêtes), ici on s’intéresse aux sommets.
- Cycle Hamiltonien : Un cycle qui visite chaque sommet du graphe exactement une fois.
- Graphe Hamiltonien : Un graphe qui contient un cycle hamiltonien.
Propriétés Clés
- Difficulté : Il n’existe pas de condition nécessaire et suffisante simple (comme “degré pair” pour Euler) pour savoir si un graphe est hamiltonien. C’est un problème algorithmique difficile (NP-complet).
- Conditions Suffisantes (Théorème 7.13 & 7.14) :
- Si pour toute paire de sommets non voisins , on a (ordre du graphe), alors le graphe est hamiltonien.
- Si le degré minimum , le graphe est hamiltonien.
Exemples
Exemple 1 : Le Pentagone
Un cycle de 5 sommets est trivialement hamiltonien (c’est le cycle lui-même).
Exemple 2 : Graphe Complet
Tout graphe complet () est hamiltonien. On peut visiter les sommets dans n’importe quel ordre.
Contre-exemples
Contre-Exemple 1 : L’étoile
Un sommet central relié à 3 feuilles.
Pour visiter une feuille, on doit aller au centre. Pour aller à la feuille suivante, on doit repasser par le centre. Le centre serait visité plusieurs fois. Ce n’est pas un cycle hamiltonien.
Concepts Liés
- Problème du Voyageur de Commerce : Trouver le cycle hamiltonien de coût minimal dans un graphe valué.
Concept 8 : Arbres et Forêts
Prérequis
- Connexité
- Cycles
- Degré
Définition
Les arbres sont les structures fondamentales sans redondance (pas de boucles).
- Acyclique (Forêt) : Un graphe qui ne contient aucun cycle.
- Arbre : Un graphe qui est à la fois connexe et acyclique.
- Feuille : Un sommet de degré 1.
Propriétés Clés (Théorème 7.19)
Il existe de nombreuses définitions équivalentes pour un arbre d’ordre . Un graphe est un arbre si :
- Il est connexe et sans cycle.
- Il existe une chaîne unique entre toute paire de sommets.
- Il est connexe et possède exactement arêtes.
- Il est sans cycle et possède exactement arêtes.
- Il est connexe minimal (si on enlève n’importe quelle arête, il n’est plus connexe).
Exemples
Exemple 1 : Une chaîne simple
.
- C’est connexe.
- Pas de cycle.
- 4 sommets, 3 arêtes. C’est un arbre.
Exemple 2 : Une étoile
Un centre 0 relié à 1, 2, 3, 4.
- C’est un arbre.
- Les sommets 1, 2, 3, 4 sont des feuilles.
Contre-exemples
- Un triangle (cycle ) n’est pas un arbre (il n’est pas acyclique).
- Deux arêtes disjointes ( et ) forment une forêt, mais pas un arbre (pas connexe).
Applications
- Arborescence de fichiers dans un ordinateur.
- Arbres généalogiques.
- Arbres de décision en probabilités ou algorithmique.