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Introduction à la théorie de graphes (A)
Concept 1 : Graphe Simple Non-Orienté
Prérequis
- Théorie des ensembles (ensembles finis, sous-ensembles).
- Paires non ordonnées (ensemble des parties à 2 éléments ).
Définition
Un graphe (simple non-orienté) est un couple , où :
- est un ensemble fini non vide appelé l’ensemble des sommets (ou nœuds).
- est un sous-ensemble de , appelé l’ensemble des arêtes.
Une arête est donc une paire de sommets distincts.
- Si , on dit que et sont adjacents ou voisins.
- et sont les extrémités de l’arête.
- On dit que le sommet est incident à l’arête si .
- L’ordre du graphe est le nombre de sommets, noté .
Propriétés Clés
- Symétrie de l’adjacence : Dans un graphe non-orienté, la relation est symétrique. Si est voisin de , alors est voisin de (car ).
- Simplicité :
- Pas de boucles : une arête ne peut pas relier un sommet à lui-même (car les éléments de sont des paires d’éléments distincts).
- Pas d’arêtes multiples : il existe au plus une arête entre deux sommets donnés.
- Représentation graphique : Un graphe peut être dessiné de multiples façons (placement des points, courbure des lignes) tant que les connexions (la topologie) restent identiques.
Exemples
Exemple 1 : Le graphe triangle
Soit . L’ensemble de toutes les paires possibles est .
Si on prend , on obtient le graphe complet sur 3 sommets (un triangle).
Exemple 2 : Un graphe linéaire
Soit . On définit les arêtes pour former une ligne :
Ici, est voisin de , mais n’est pas voisin de . L’ordre du graphe est 4.
Exemple 3 : Un graphe déconnecté
Soit .
Ce graphe possède deux arêtes disjointes. Il n’y a aucun chemin pour aller de à .
Contre-exemples
Contre-exemple 1 : Multigraphe
Un objet où l’on aurait deux arêtes distinctes reliant les mêmes sommets et n’est pas un graphe simple. Dans notre définition, est un ensemble, donc l’élément ne peut y apparaître qu’une seule fois.
Contre-exemple 2 : Graphe Orienté
Si la relation a un sens (par exemple, une flèche de vers mais pas l’inverse), ce n’est pas un graphe non-orienté. Dans un graphe orienté, les arêtes sont des couples et non des paires .
Concepts Associés
- Isomorphisme : La structure structurelle indépendante du nom des sommets.
- Sous-graphe : Une partie du graphe.
- Multigraphe : Généralisation acceptant les arêtes multiples.
Applications
- Modélisation de réseaux sociaux (amis sur Facebook).
- Réseaux physiques (routes reliant des villes, câbles reliant des ordinateurs).
- Structure de molécules chimiques.
Concept 2 : Isomorphisme de Graphes
Prérequis
- Concept de Graphe (Sommets, Arêtes).
- Bijections.
Définition
Deux graphes et sont isomorphes, noté , s’il existe une bijection telle que pour tous sommets :
L’application est appelée un isomorphisme.
Propriétés Clés
- Préservation de la structure : L’isomorphisme préserve l’adjacence. Si deux sommets sont reliés dans , leurs images sont reliées dans . S’ils ne le sont pas, leurs images ne le sont pas non plus.
- Invariants : Deux graphes isomorphes ont nécessairement :
- Le même ordre (nombre de sommets).
- Le même nombre d’arêtes.
- La même suite de degrés (voir Concept 4).
- Relation d’équivalence : La relation d’isomorphisme est réflexive, symétrique et transitive.
Exemples
Exemple 1 : Renommage
Soit un graphe triangle sur et un graphe triangle sur .
La fonction est un isomorphisme. Les graphes sont structurellement identiques.
Exemple 2 : Dessins différents
Considérons un cycle de 4 sommets .
- : Dessiné comme un carré ( dans le sens horaire).
- : Dessiné comme un “papillon” ou sablier croisé, mais où les connexions restent avec , avec , avec , avec .
Bien que les dessins diffèrent (lignes croisées vs non croisées), les graphes sont isomorphes car les listes d’adjacences sont identiques.
Exemple 3 : Isomorphisme non trivial
Soit un pentagone (cycle ). Soit le graphe formé par une étoile à 5 branches connectant les sommets dans l’ordre .
Il existe un isomorphisme entre et car les deux sont des cycles de longueur 5, simplement dessinés différemment.
Contre-exemples
Contre-exemple 1 : Différents degrés
Un cycle sur 4 sommets (, carré) et une étoile sur 4 sommets (un centre relié à 3 feuilles) ne sont pas isomorphes. Ils ont le même nombre de sommets (4) et d’arêtes (3 pour l’étoile, 4 pour le cycle - oups, le cycle a 4 arêtes). Prenons plutôt un chemin de 4 sommets (, 3 arêtes) et une étoile de 4 sommets (3 arêtes).
Dans l’étoile, un sommet a un degré 3. Dans le chemin, le degré maximum est 2. Impossible de trouver une bijection préservant l’adjacence.
Contre-exemple 2 : Connectivité différente
Soit deux triangles disjoints (6 sommets, 6 arêtes). Soit un cycle de 6 sommets (6 sommets, 6 arêtes).
est connexe (d’un seul tenant), ne l’est pas. Ils ne sont pas isomorphes.
Concepts Associés
- Classes d’isomorphisme : L’ensemble de tous les graphes isomorphes à un graphe donné.
- Problème de l’isomorphisme de graphes : Problème algorithmique difficile consistant à déterminer si deux graphes finis sont isomorphes.
Applications
- Reconnaissance de motifs en analyse d’images.
- Vérification que deux circuits électroniques sont identiques malgré une disposition différente des composants.
- Classification des molécules en chimie (isomères).
Concept 3 : Familles Classiques de Graphes (Bestiaire)
Prérequis
- Définition de graphe.
- Notations ensemblistes ().
Définition
Quelques classes de graphes fondamentales définies par leur structure paramétrée par .
- Stable () : sommets, 0 arête.
- Clique / Complet () : sommets, toutes les paires sont des arêtes. .
- Chaîne / Chemin () : Sommets , arêtes . Longueur (nombre d’arêtes), mais ordre .
- Cycle () : sommets reliés en boucle fermée. arêtes.
- Biparti Complet () : Sommets séparés en deux groupes de taille et . Toutes les connexions possibles entre les groupes, aucune à l’intérieur d’un groupe.
- Hypercube () : Sommets = chaînes binaires de longueur . Reliés s’ils diffèrent d’exactement un bit.
Propriétés Clés
- Régularité : , , sont des graphes réguliers (tous les sommets ont le même degré).
- Nombre d’arêtes :
- a le maximum d’arêtes possible pour un graphe simple ().
- a le minimum (0).
- a arêtes.
Exemples
Exemple 1 : Le graphe complet
4 sommets, tous reliés entre eux. Visuellement, un carré avec ses deux diagonales. Nombre d’arêtes = 6.
Exemple 2 : Le graphe biparti
Groupe A = , Groupe B = .
Arêtes : .
Total 5 sommets, 6 arêtes. Pas de triangles possibles.
Exemple 3 : L’hypercube
Les sommets sont les sommets d’un cube usuel (000, 001, …, 111). Il y a sommets. Chaque sommet a 3 voisins (degré 3). Total d’arêtes = .
Contre-exemples
Contre-exemple 1 : vs
Un chemin a 4 sommets et est ouvert (extrémités). Un cycle a 4 sommets mais est fermé.
Contre-exemple 2 : Biparti non complet
Un cycle est biparti (on peut colorier les sommets alternativement en noir et blanc), mais ce n’est pas un biparti complet car il manque des arêtes (par exemple, un sommet noir n’est relié qu’à 2 des 3 sommets blancs).
Concepts Associés
- Bipartition : Séparation des sommets en deux ensembles indépendants.
- Connectivité : est totalement déconnecté pour , est très connecté.
Applications
- Hypercubes : Architecture des supercalculateurs et codes correcteurs d’erreurs.
- Bipartis : Problèmes d’affectation (tâches vs ouvriers).
Concept 4 : Degrés et Lemme des Poignées de Main
Prérequis
- Définition de graphe.
- Sommes finies ().
Définition
Pour un graphe :
- Le degré d’un sommet , noté , est le nombre d’arêtes incidentes à (le nombre de voisins).
- est le degré minimum du graphe.
- est le degré maximum du graphe.
- Un graphe est -régulier si (tous les sommets ont degré ).
Lemme des Poignées de Main :
La somme des degrés des sommets est égale à deux fois le nombre d’arêtes :
Propriétés Clés
- Parité : La somme des degrés est toujours un nombre pair.
- Nombre de sommets impairs : Le nombre de sommets ayant un degré impair est nécessairement pair.
- Bornes : Pour un graphe simple d’ordre , .
Exemples
Exemple 1 : Calcul sur un triangle ()
3 sommets, chacun relié aux 2 autres.
.
Somme = .
Nombre d’arêtes .
On vérifie : .
Exemple 2 : Graphe “Étoile” à 4 branches ()
Sommet central de degré 4. 4 feuilles de degré 1.
Liste des degrés : .
Somme : .
Nombre d’arêtes : 4.
On vérifie : .
Nombre de sommets de degré impair (1) : 4 (qui est bien un nombre pair).
Exemple 3 : Régularité
Le cube a 8 sommets de degré 3.
Somme des degrés = .
Nombre d’arêtes = .
Contre-exemples
Contre-exemple 1 : Graphe impossible (Somme impaire)
Il est impossible de construire un graphe avec les degrés . Somme = 9 (impair). Cela violerait le lemme.
Contre-exemple 2 : Graphe impossible (Nombre impair de degrés impairs)
La suite de degrés est impossible. Il y a un seul sommet de degré impair (le 3). Or, le corollaire dit que ce nombre doit être pair.
Concepts Associés
- Suites graphiques (Havel-Hakimi) : Algorithme pour décider si une suite d’entiers peut correspondre aux degrés d’un graphe.
Applications
- Vérification de cohérence dans les bases de données de réseaux.
- Chimie : La valence des atomes correspond à leur degré (Carbone = 4, Hydrogène = 1). La somme des valences doit être paire pour former une molécule stable fermée.
Concept 5 : Représentation Matricielle (Incidence et Adjacence)
Prérequis
- Calcul matriciel de base (lignes, colonnes, matrices symétriques).
- Degrés des sommets.
Définition
Pour un graphe avec sommets et arêtes :
-
Matrice d’incidence () : Matrice de taille .
Chaque colonne contient exactement deux “1”.
-
Matrice d’adjacence () : Matrice carrée .
C’est une matrice symétrique () avec des 0 sur la diagonale (pour les graphes simples).
Propriétés Clés
- Lien avec les degrés :
- Dans la matrice d’incidence, la somme de la ligne est .
- Dans la matrice d’adjacence, la somme de la ligne (ou colonne ) est .
- Symétrie : La matrice d’adjacence d’un graphe non-orienté est toujours symétrique par rapport à la diagonale principale.
Exemples
Exemple 1 : Matrice d’adjacence de
Sommets 1, 2, 3 tous connectés.
Exemple 2 : Matrice d’incidence d’un chemin ()
Sommets . Arêtes .
La ligne somme à 2 (degré 2). Les colonnes somment à 2.
Exemple 3 : Matrice d’adjacence avec sommet isolé
Graphe : et isolé.
La ligne 3 ne contient que des 0.
Contre-exemples
Contre-exemple 1 : Matrice non symétrique
La matrice ne peut pas être la matrice d’adjacence d’un graphe non-orienté car elle n’est pas symétrique ( mais ). Elle représenterait un graphe orienté.
Contre-exemple 2 : Diagonale non nulle
Si la matrice d’adjacence a un “1” sur la diagonale (), le graphe n’est pas simple (il contient une boucle sur le sommet ).
Concepts Associés
- Algèbre linéaire spectrale : Étude des valeurs propres de la matrice d’adjacence.
- Chemins : La puissance -ième de la matrice d’adjacence () donne le nombre de chemins de longueur entre deux sommets.
Applications
- Stockage de graphes en informatique (Adjacence pour graphes denses, Listes pour graphes creux).
- Algorithmes de recherche (PageRank de Google utilise une variante de la matrice d’adjacence).
Concept 6 : Théorème de Havel-Hakimi (Suites Graphiques)
Prérequis
- Degrés.
- Tri de suites numériques.
- Raisonnement algorithmique.
Définition
Une suite d’entiers est dite graphique s’il existe au moins un graphe simple dont ce sont les degrés.
Théorème : Une suite décroissante est graphique si et seulement si la suite réduite suivante est graphique :
On supprime , et on soustrait 1 aux termes suivants.
La suite résultante doit être réordonnée si nécessaire.
Processus itératif : On répète l’opération jusqu’à obtenir une suite de zéros (graphique) ou des nombres négatifs/impossibles (non graphique).
Propriétés Clés
- Condition nécessaire et suffisante : L’algorithme donne une réponse définitive.
- Construction : La méthode fournit une “recette” pour construire le graphe en reliant le sommet de plus haut degré aux sommets suivants.
Exemples
Exemple 1 : Suite valide
- On retire le premier 3. On doit retirer 1 aux 3 suivants (3, 2, 2).
- Nouvelle suite : .
- On trie : .
- On retire le premier 2. On retire 1 aux 2 suivants.
- Nouvelle suite : .
- On trie : .
- On retire le 1. On retire 1 au suivant.
- Nouvelle suite : .
- correspond à 2 sommets isolés (graphe valide).
Conclusion : La suite initiale est graphique.
Exemple 2 : Suite invalide
- On retire 3. On retire 1 aux 3 suivants (3, 3, 1).
- Nouvelle suite : .
- On retire 2. On retire 1 aux 2 suivants.
- Nouvelle suite : .
- Un degré négatif est impossible.
Conclusion : Pas graphique.
Exemple 3 : Élimination rapide par parité
Suite . Somme = 7. Impair. Pas besoin de Havel-Hakimi, on sait déjà que c’est impossible par le lemme des poignées de main.
Contre-exemples
Contre-exemple 1 : L’ordre compte
Si on applique l’algorithme sans trier la suite à chaque étape (si on soustrait 1 à des termes qui ne sont pas les plus grands restants), le théorème ne garantit pas le résultat. Il faut toujours considérer la suite triée décroissante pour appliquer la réduction.
Contre-exemple 2 : Unicité
Le fait qu’une suite soit graphique ne signifie pas que le graphe est unique. peut être deux triangles () ou un hexagone (). Havel-Hakimi prouve l’existence, pas l’unicité.
Concepts Associés
- Réalisation de graphes : Problème consistant à construire un graphe donné des contraintes.
Concept 7 : Sous-graphes et Théorème de Turán
Prérequis
- Inclusions d’ensembles.
- Graphes complets ().
- Optimisation.
Définition
-
Sous-graphe : est un sous-graphe de si et .
-
Sous-graphe induit : On garde une partie des sommets et on garde toutes les arêtes de qui relient ces sommets entre eux. .
-
Théorème de Turán : Quelle est le nombre maximum d’arêtes qu’un graphe à sommets peut avoir sans contenir de clique de taille () ?
Réponse : .
Propriétés Clés
- Induction : Un sous-graphe induit est déterminé uniquement par le choix des sommets.
- Densité : Le théorème de Turán donne une borne de densité. Si un graphe est “trop rempli” d’arêtes, il contient forcément une clique .
- Graphe de Turán : La configuration optimale (nombre max d’arêtes sans ) est un graphe multipartite complet (sommets divisés en groupes, toutes les arêtes entre groupes, aucune dans les groupes).
Exemples
Exemple 1 : Sous-graphe induit
Soit un carré avec une diagonale .
Si on prend , le sous-graphe induit contient les arêtes et la diagonale . C’est un triangle ().
Si on prend juste un sous-graphe (non induit) sur ces sommets, on pourrait choisir de ne pas inclure .
Exemple 2 : Turán pour (sans triangle)
On veut éviter () avec sommets.
Formule : .
Le graphe biparti complet (carré) a 4 arêtes et pas de triangle. Si on ajoute une 5ème arête (diagonale), on crée forcément deux triangles.
Exemple 3 : Turán pour
Pour éviter , la meilleure stratégie est de diviser les sommets en 3 groupes (graphe tri-parti).
Contre-exemples
Contre-exemple 1 : Sous-graphe vs Induit
Dans (triangle ), le graphe avec sommets et arêtes (chemin) est un sous-graphe de , mais ce n’est PAS un sous-graphe induit, car dans , et sont reliés, donc cette arête devrait être présente.
Contre-exemple 2 : Borne non atteinte
Un pentagone n’a pas de triangle (). Il a 5 sommets et 5 arêtes. La borne de Turán pour est . Le pentagone respecte la borne () mais ne l’atteint pas (le graphe optimal serait avec 6 arêtes).
Concepts Associés
- Théorie extrémale : Étude des valeurs extrêmes (max/min arêtes) sous contraintes structurelles.
- Clique maximale : La plus grande clique contenue dans un graphe.
Applications
- Géométrie : Problème d’Erdős sur les distances (Concept 6.15 du chapitre). Combien de paires de points peuvent être à une distance ?
- Allocation de ressources : Si les arêtes représentent des conflits, Turán aide à comprendre la densité maximale de conflits tolérable sans créer de “conflit total” entre parties.
Concept 8 : Théorie de Ramsey
Prérequis
- Graphes complets ().
- Stables (ensemble de sommets sans aucune arête entre eux).
- Principe des tiroirs (Pigeonhole Principle).
Définition
Le nombre de Ramsey est le plus petit entier tel que :
Tout graphe d’ordre contient soit :
- Une clique d’ordre (, sommets tous reliés).
- Un stable d’ordre (, sommets aucun relié, ce qui équivaut à une clique dans le complémentaire ).
En termes simples : “Dans tout graphe suffisamment grand, on trouve de l’ordre (soit beaucoup d’amis, soit beaucoup d’étrangers).”
Propriétés Clés
- Symétrie : .
- Valeurs limites : . (Si on veut éviter un stable de taille , dès qu’on a une arête, on a un . Si on n’a aucune arête, on a un . Donc il faut ).
- Croissance : Les nombres de Ramsey grandissent très vite avec et .
Exemples
Exemple 1 : (Le problème de la soirée)
Dans n’importe quel groupe de 6 personnes, il y a toujours soit 3 personnes qui se connaissent toutes mutuellement (triangle ), soit 3 personnes qui ne se connaissent pas du tout (stable ).
Ce n’est pas garanti avec 5 personnes (on peut former un cycle où il n’y a ni triangle ni 3 sommets indépendants).
Exemple 2 :
Dans un graphe de 9 sommets, on est sûr d’avoir un triangle () ou un stable de 4 sommets ().
Exemple 3 : Calcul théorique simple
.
On cherche soit un , soit un (deux sommets non reliés).
Si le graphe est un graphe complet , il n’a pas de et pas de .
Si on ajoute un sommet pour avoir sommets, soit c’est un , soit il manque une arête et on a un .
Contre-exemples
Contre-exemple 1 :
Pour et on cherche ou . Le pentagone est le contre-exemple qui prouve que . Il ne contient ni triangle, ni 3 sommets indépendants.
Contre-exemple 2 : Connaissance exacte
On ne connait pas la valeur exacte de . On sait juste qu’elle est entre 43 et 48. C’est un exemple de problème simple à énoncer mais extrêmement difficile à résoudre numériquement.
Concepts Associés
- Graphe complémentaire : a les mêmes sommets que , mais les arêtes sont inversées (présentes absentes). Ramsey dit que contient ou contient .
- Principe des tiroirs : Outil fondamental pour prouver l’existence de ces structures.
Applications
- Théorie de l’information.
- Mathématiques pures (Théorie des nombres, Géométrie combinatoire).
- Prouve que le désordre total est impossible à grande échelle.
Introduction à la théorie de graphes (A)
Concept 1 : Définition d’un Graphe Simple Non-Orienté
Prérequis
- Théorie des ensembles (ensembles finis, cardinalité, sous-ensembles).
- Notion de paires (ensembles à 2 éléments).
Définition
Un graphe simple non-orienté est défini comme un couple où :
- est un ensemble fini non vide appelé l’ensemble des sommets (ou nœuds).
- est un sous-ensemble de , l’ensemble des parties de à deux éléments. Les éléments de sont appelés les arêtes.
Si , on dit que les sommets et sont adjacents ou voisins. Ces sommets sont les extrémités de l’arête.
L’ordre du graphe est le nombre de sommets, noté .
Propriétés Clés
- Symétrie de l’adjacence : Dans un graphe non-orienté, la relation “être voisin de” est symétrique. Si est relié à , alors est relié à .
- Absence de boucle : Une arête est une paire de sommets distincts (car c’est un élément de ). Un sommet ne peut pas être relié à lui-même.
- Unicité de l’arête : Entre deux sommets donnés, il existe au plus une arête (pas d’arêtes multiples).
- Représentation graphique : Un graphe peut être dessiné de multiples façons (placement des points, tracé des lignes), mais le dessin n’est qu’une représentation de la structure mathématique .
Exemples
Exemple 1 : Le Carré
Soit le graphe défini par :
C’est un graphe d’ordre 4. Visuellement, cela correspond aux côtés d’un carré.
Exemple 2 : Le Triangle avec un sommet isolé
Soit le graphe défini par :
Ici, les sommets forment un triangle, et le sommet n’a aucune arête incidente.
Exemple 3 : Graphe sur un ensemble abstrait
Soit et on définit une arête entre deux ensembles si l’un est inclus dans l’autre.
Ceci forme un triangle complet () sur ces 3 éléments.
Contre-exemples
Contre-exemple 1 : Multigraphe
Le couple où et relient tous deux et n’est pas un graphe simple, car il y a deux arêtes entre les mêmes sommets.
Contre-exemple 2 : Graphe avec boucles
Si contient l’élément (ou simplement selon la notation), ce n’est pas un graphe simple, car une arête doit relier deux sommets distincts.
Concepts Liés
- Sous-graphe : Partie d’un graphe.
- Multigraphe : Extension autorisant les arêtes multiples.
- Graphe orienté : Où les arêtes sont des couples ordonnés .
Concept 2 : Isomorphisme de Graphes
Prérequis
- Concept de graphe (Concept 1).
- Bijections et fonctions.
Définition
Deux graphes et sont dits isomorphes (noté ) s’il existe une bijection telle que pour tout couple de sommets :
La bijection est appelée un isomorphisme.
Propriétés Clés
- Préservation de la structure : L’isomorphisme préserve l’adjacence. Deux sommets sont voisins dans si et seulement si leurs images sont voisines dans .
- Relation d’équivalence : La relation “être isomorphe” est réflexive, symétrique et transitive.
- Invariants : Deux graphes isomorphes ont nécessairement le même ordre, le même nombre d’arêtes et la même suite de degrés.
- Renommage : Intuitivement, deux graphes sont isomorphes si l’on peut passer de l’un à l’autre simplement en renommant les sommets et en redessinant les arêtes sans les couper.
Exemples
Exemple 1 : Le chemin à 3 sommets
Soit et .
Ces graphes sont isomorphes via la bijection :
On vérifie les arêtes : et .
Exemple 2 : Le carré et le “huit”
Un graphe dessiné comme un carré est isomorphe à un graphe dessiné comme un sablier où les arêtes se croisent ( relié à , à , à , à ), tant que la connectivité reste identique. La position géométrique ne compte pas.
Exemple 3 : Complémentarité
Si , alors leurs complémentaires sont aussi isomorphes : .
Contre-exemples
Contre-exemple 1 : Inégalité des arêtes
Un graphe avec 4 sommets et 3 arêtes ne peut pas être isomorphe à un graphe avec 4 sommets et 4 arêtes, car aucune bijection ne peut satisfaire la condition d’équivalence des arêtes.
Contre-exemple 2 : Structure différente malgré même ordre et taille
Soit un cycle de 4 sommets () et un triangle avec un sommet rattaché à l’un des sommets du triangle. Ils ont tous deux 4 sommets et 4 arêtes. Cependant, dans , il y a un sommet de degré 3 (celui du triangle relié à l’extérieur) et un sommet de degré 1. Dans , tous les sommets ont degré 2. Ils ne sont pas isomorphes.
Concepts Liés
- Classes d’isomorphisme : Regroupement de tous les graphes isomorphes entre eux.
- Complexité algorithmique : Le problème de l’isomorphisme de graphe est notoirement difficile à résoudre algorithmiquement pour de grands graphes.
Applications
- Chimie : Identifier si deux molécules ont la même structure topologique.
- Reconnaissance de motifs : Identifier des structures similaires dans des réseaux sociaux ou informatiques.
Concept 3 : Familles Classiques de Graphes (Bestiaire)
Prérequis
- Définition de graphe et notations d’ensembles.
- Arithmétique modulaire (pour les cycles).
Définition
Voici les définitions formelles de certaines familles de graphes fondamentales d’ordre :
- Stable () : Graphe sans aucune arête. .
- Graphe Complet () : (ou Clique). Tous les sommets sont connectés deux à deux. .
- Chaîne () : (Attention : est souvent défini par sa longueur , donc sommets). Sommets , arêtes .
- Cycle () : Sommets , arêtes si ou si .
- Graphe Biparti Complet () : Sommets partitionnés en deux ensembles (taille ) et (taille ). Toutes les arêtes possibles entre et existent, aucune arête à l’intérieur de ou de .
Propriétés Clés
- Taille de : Un graphe complet d’ordre possède exactement arêtes.
- Régularité : est -régulier. est 2-régulier.
- Bipartition : est biparti si et seulement si est pair. est par définition biparti.
Exemples
Exemple 1 : (Le Triangle)
, . C’est aussi isomorphe à .
Exemple 2 : (L’Étoile)
Un sommet central relié à 3 feuilles. , .
Exemple 3 : (L’Hypercube de dimension 2)
Sommets . Arêtes entre sommets différant d’un bit : . C’est isomorphe à un cycle .
Contre-exemples
Contre-exemple 1
(chaîne de longueur 3, donc 4 sommets) n’est pas isomorphe à car a deux sommets de degré 1 (les extrémités), alors que n’en a aucun.
Contre-exemple 2
(carré) est un graphe biparti complet, mais (triangle) ne l’est pas car on ne peut pas partitionner ses sommets en deux ensembles indépendants.
Concepts Liés
- Connexité : est totalement déconnecté (pour ), tandis que , , sont connexes.
Concept 4 : Degrés et Lemme des Poignées de Main
Prérequis
- Définition de graphe.
- Sommations.
Définition
Le degré d’un sommet , noté , est le nombre de ses voisins (le cardinal de son voisinage).
Le Lemme des poignées de main (Théorème 6.6) énonce que pour tout graphe :
Propriétés Clés
- Parité de la somme : La somme des degrés est toujours paire.
- Lien sommets/arêtes : Ce théorème relie une propriété locale (degré) à une propriété globale (nombre d’arêtes).
- Corollaire important : Dans tout graphe, le nombre de sommets de degré impair est pair.
Exemples
Exemple 1 : Calcul sur un graphe simple
Soit un triangle . Chaque sommet a un degré 2.
Somme des degrés = .
Nombre d’arêtes .
On vérifie : .
Exemple 2 : Graphe -régulier
Si un graphe a 10 sommets et que chaque sommet a un degré 3.
Somme des degrés = .
Nombre d’arêtes = .
Exemple 3 : Application du Corollaire
Est-il possible d’avoir un groupe de 5 personnes où chacun connaît exactement 3 autres personnes ?
Cela correspondrait à un graphe d’ordre 5 où chaque degré est 3 (impair).
Nombre de sommets de degré impair = 5.
Or, 5 est impair. D’après le corollaire, ce graphe est impossible.
Contre-exemples
Contre-exemple 1 : Suite de degrés impossible
La suite de degrés est impossible. Somme = 5 (impair), ce qui viole le lemme des poignées de main.
Contre-exemple 2
Un graphe où est impossible (sauf si le graphe est vide), car chaque arête contribue pour 2 à la somme (une fois pour chaque extrémité).
Concepts Liés
- Matrices d’incidence : Le lemme peut être prouvé via la matrice d’incidence.
- Graphes eulériens : L’existence de cycles eulériens dépend de la parité des degrés.
Concept 5 : Matrices Associées (Incidence et Adjacence)
Prérequis
- Matrices, dimensions, indices lignes/colonnes.
- Degrés de sommets.
Définition
Pour un graphe avec sommets et arêtes :
-
Matrice d’incidence () :
-
Matrice d’adjacence () :
Propriétés Clés
- Matrice d’incidence : La somme de chaque colonne est exactement 2 (chaque arête a 2 extrémités). La somme de la ligne est le degré .
- Matrice d’adjacence : Elle est symétrique () pour les graphes non-orientés. Sa diagonale est nulle (pas de boucles). La somme de la ligne est .
- Spectre : Les valeurs propres de la matrice d’adjacence donnent des informations profondes sur le graphe (théorie spectrale).
Exemples
Exemple 1 : Matrice d’adjacence de
Graphe . Sommets .
Exemple 2 : Matrice d’incidence d’un triangle
Sommets , Arêtes .
Colonne 1 (pour ) a des 1 aux lignes 1 et 2.
Exemple 3 : Lien avec les degrés
Dans l’exemple précédent, la somme de la première ligne est , ce qui est bien le degré du sommet 1 dans un triangle.
Contre-exemples
Contre-exemple 1
Une matrice d’adjacence avec des sur la diagonale représente un graphe avec des boucles, pas un graphe simple au sens strict du chapitre.
Contre-exemple 2
Une matrice non symétrique ne peut pas être la matrice d’adjacence d’un graphe non-orienté.
Concepts Liés
- Marches aléatoires : Utilisent la matrice d’adjacence normalisée.
- Compter les chemins : La puissance -ième de la matrice d’adjacence, , donne le nombre de chemins de longueur entre deux sommets.
Concept 6 : Théorème de Havel-Hakimi (Suites Graphiques)
Prérequis
- Tri de suites d’entiers.
- Notion de degré.
- Récurrence / Algorithmique.
Définition
Une suite d’entiers est dite graphique si elle correspond à la suite des degrés d’un graphe simple.
Le Théorème de Havel-Hakimi fournit un algorithme pour déterminer si une suite est graphique :
Une suite triée est graphique si et seulement si la suite réduite obtenue en supprimant et en soustrayant 1 aux plus grands éléments restants est graphique (après re-tri éventuel).
La condition d’arrêt est qu’une suite de zéros est toujours graphique (graphe sans arêtes).
Propriétés Clés
- Algorithmique : Ce théorème est constructif. Il permet non seulement de dire oui/non, mais de construire le graphe étape par étape.
- Condition Nécessaire : La somme des termes doit être paire (Lemme des poignées de main), mais ce n’est pas suffisant. Havel-Hakimi est nécessaire et suffisant.
Exemples
Exemple 1 : Test de la suite
- Suite : . On retire 4. Il faut réduire les 4 termes restants.
- Réduction : .
- On retire 2. Il faut réduire 2 termes restants parmi les plus grands.
- Réduction sur en retirant le dernier 0 (non, on retire le 2): reste . On retire 1 aux deux plus grands (les 0).
- On obtiendrait . Impossible (degré négatif).
Conclusion : La suite n’est pas graphique.
Exemple 2 : Test de la suite (Décroissant pour faciliter le calcul)
- On retire le premier 3. On soustrait 1 aux 3 suivants : .
- On re-trie : .
- On retire un 2. On soustrait 1 aux 2 suivants : .
- On re-trie : .
- On retire 1. On soustrait 1 au suivant : .
- est graphique (2 sommets isolés).
Conclusion : La suite initiale est graphique.
Exemple 3 : Construction
Si la suite réduite est graphique, on remonte les étapes en ajoutant un sommet et en le connectant aux sommets dont on a réduit le degré.
Contre-exemples
Contre-exemple 1
La suite pour 3 sommets est graphique ().
Mais la suite pour 3 sommets est impossible (le degré max est ). Havel-Hakimi donnerait des degrés négatifs ou un manque de termes à réduire.
Contre-exemple 2
Toute suite dont la somme est impaire échoue immédiatement, mais Havel-Hakimi le détectera en finissant par une incohérence (comme un besoin de réduire plus de termes qu’il n’en reste).
Concepts Liés
- Théorème d’Erdős-Gallai : Autre caractérisation des suites graphiques basée sur des inégalités.
Concept 7 : Sous-graphes et Théorème de Turán
Prérequis
- Inclusion d’ensembles.
- Graphes complets ().
- Optimisation sous contrainte.
Définition
- Sous-graphe induit : On garde un sous-ensemble de sommets et toutes les arêtes de qui relient deux sommets de .
- Théorème de Turán : Soit un graphe d’ordre ne contenant pas de (clique de taille ). Alors le nombre maximal d’arêtes est :
Propriétés Clés
- Graphe de Turán : La borne est atteinte par le graphe de Turán, qui est un graphe multipartite complet équilibré (les sommets sont divisés en groupes de tailles aussi égales que possible).
- Extrémal : C’est un résultat fondateur de la “Théorie extrémale des graphes” : combien d’arêtes peut-on avoir sans créer une certaine structure ?
Exemples
Exemple 1 : Graphe sans triangle ()
On cherche le max d’arêtes pour un graphe d’ordre sans .
Formule : .
Pour , max arêtes = 4. C’est le graphe biparti complet (le carré). Il n’a pas de triangle.
Exemple 2 : Graphe induit
Si est un carré . Le sous-graphe induit par est deux sommets isolés (car pas d’arête dans ). Le sous-graphe induit par est une chaîne .
Exemple 3 : Application géométrique (Erdős)
Dans un ensemble de points de diamètre 1, le nombre de paires distantes de plus de est borné par . Cela vient du fait que le graphe des “grandes distances” ne peut pas contenir de géométriquement.
Contre-exemples
Contre-exemple 1 : Sous-graphe non induit
Prendre (sommets , arêtes toutes présentes). Le graphe avec les mêmes sommets mais juste l’arête est un sous-graphe, mais pas un sous-graphe induit, car l’arête existe dans mais a été omise.
Contre-exemple 2 : Dépassement de la borne
Un graphe d’ordre 4 avec 5 arêtes contient nécessairement un . En effet, la borne de Turán pour est 4. Si on a 5 arêtes, on dépasse la borne, donc l’hypothèse “ne contient pas ” est fausse.
Concepts Liés
- Clique maximale : La taille de la plus grande clique est notée .
- Nombre chromatique : Le graphe de Turán est -coloriable.
Concept 8 : Nombre de Ramsey
Prérequis
- Clique () et Stable ().
- Complémentaire d’un graphe.
- Principe des tiroirs.
Définition
Le nombre de Ramsey est le plus petit entier tel que tout graphe d’ordre contient :
- Soit une clique d’ordre ().
- Soit un stable d’ordre ().
De manière équivalente, quelle que soit la façon dont on colorie les arêtes d’un en bleu ou rouge, il y a soit un tout bleu, soit un tout rouge.
Propriétés Clés
- Existence : est fini (Théorème de Ramsey).
- Symétrie : .
- Borne supérieure : .
- Valeurs limites : .
Exemples
Exemple 1 :
Dans tout groupe de 6 personnes, il y a soit 3 personnes qui se connaissent toutes (), soit 3 personnes qui ne se connaissent pas du tout ().
Pour 5 personnes, ce n’est pas garanti (le cycle ne contient ni triangle ni stable de 3 sommets).
Exemple 2 : Calcul avec la borne
Estimation de .
Formule : .
(La valeur réelle est ).
Exemple 3 :
On cherche pour avoir ou . Un stable signifie deux sommets non reliés.
Si le graphe n’a pas de , c’est que toutes les paires sont reliées. Donc c’est un graphe complet.
Pour avoir , il faut sommets. Donc .
Contre-exemples
Contre-exemple 1 :
Si , on peut construire un graphe (le pentagone ) qui n’a ni ni . Donc .
Contre-exemple 2
Penser que . C’est une borne inférieure commune mais pas la valeur exacte. La croissance est exponentielle.
Concepts Liés
- Théorie de Ramsey : “Le désordre complet est impossible”. Toute structure assez grande contient une sous-structure ordonnée.
- Principe des tiroirs : Utilisé fondamentalement dans la preuve de l’existence des nombres de Ramsey.
Applications
- Théorie de l’information : Bornes sur les capacités de communication.
- Géométrie combinatoire : Problèmes de type “Happy Ending Problem” (polygones convexes dans des ensembles de points).