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Rappels d’algèbre linéaire (A)
Concept 1 : Espace Vectoriel et Sous-espace Vectoriel
Prérequis
- Structures de groupes (Groupe commutatif)
- Corps commutatifs (ex: )
- Théorie des ensembles élémentaire
Définition
Un -espace vectoriel est un ensemble muni de deux opérations :
- Une addition interne qui confère à une structure de groupe commutatif (élément neutre noté ).
- Une multiplication externe par les scalaires du corps .
Ces opérations doivent satisfaire des axiomes de compatibilité pour tous et :
- Distributivité : et .
- Associativité mixte : .
- Élément neutre : .
Un sous-espace vectoriel de est un sous-ensemble qui conserve la structure d’espace vectoriel. Il doit contenir le vecteur nul et être stable par combinaisons linéaires.
Propriétés Clés
- Stabilité : Pour prouver que est un sous-espace, il suffit de vérifier que et que pour tout et , on a et .
- Propriétés de calcul : et .
- Intersection : L’intersection de sous-espaces vectoriels est toujours un sous-espace vectoriel.
Exemples
Exemple 1
L’espace des -uplets . Pour et , l’ensemble des vecteurs du plan . L’addition se fait composante par composante :
Et la multiplication par un scalaire :
Exemple 2
L’espace des polynômes . C’est un espace vectoriel de dimension infinie. Un sous-espace vectoriel serait l’ensemble des polynômes de degré inférieur ou égal à .
Exemple 3
L’espace des familles presque nulles. Si est un ensemble infini, c’est l’ensemble des fonctions telles que sauf pour un nombre fini d’indices .
Contre-exemples
- L’ensemble des entiers relatifs muni de l’addition usuelle n’est pas un -espace vectoriel car la multiplication par un scalaire réel (ex: ) fait sortir de l’ensemble.
- Le sous-ensemble de défini par n’est pas un sous-espace vectoriel car il ne contient pas le vecteur nul .
Concepts Liés
- Groupes abéliens
- Corps
Applications
- Modélisation de phénomènes physiques (forces, vitesses).
- Résolution de systèmes d’équations linéaires.
Concept 2 : Familles de Vecteurs, Bases et Dimension
Prérequis
- Espace vectoriel
- Combinaison linéaire
Définition
Soit un espace vectoriel et une famille de vecteurs de .
-
Famille génératrice : On dit que engendre si tout vecteur de peut s’écrire comme combinaison linéaire finie d’éléments de . On note .
-
Famille libre : La famille est libre si la seule combinaison linéaire nulle est celle dont tous les coefficients sont nuls :
-
Base : Une famille est une base si elle est à la fois libre et génératrice.
-
Dimension : Si admet une base finie, le nombre d’éléments dans cette base est appelé la dimension de , notée .
Propriétés Clés
- Unicité des coordonnées : Si est une base, tout vecteur s’écrit de manière unique comme combinaison linéaire des éléments de la base.
- Théorème de la base incomplète : Toute famille libre peut être complétée pour former une base.
- Indépendance de la dimension : Toutes les bases d’un espace vectoriel de dimension finie ont le même cardinal (nombre d’éléments).
Exemples
Exemple 1
Dans , la base canonique est avec :
C’est une famille libre et génératrice. La dimension est 3.
Exemple 2
Dans l’espace des polynômes (degré ), la famille est une base. La dimension est .
Si l’on considère le polynôme , ses coordonnées dans cette base sont le vecteur colonne :
Exemple 3
Dans considéré comme un -espace vectoriel, la famille est une base. On a .
Cependant, comme -espace vectoriel a pour base et est de dimension 1.
Contre-exemples
- La famille dans est génératrice mais n’est pas libre (car ). Ce n’est pas une base.
- La famille dans est libre mais pas génératrice. Ce n’est pas une base.
Concepts Liés
- Isomorphisme avec
- Matrice colonne des coordonnées
Applications
- Représentation numérique de signaux ou d’images.
- Compression de données (changement de base).
Concept 3 : Applications Linéaires et Matrices
Prérequis
- Espace vectoriel
- Bases
- Matrices ()
Définition
Une application linéaire est une fonction entre deux -espaces vectoriels qui respecte la structure vectorielle :
La matrice d’une application linéaire dans des bases fixées (de ) et (de ) est la matrice dont la -ème colonne contient les coordonnées du vecteur image exprimé dans la base d’arrivée .
Propriétés Clés
-
Morphisme : Une application linéaire envoie le vecteur nul sur le vecteur nul : .
-
Composition et Produit : La composition des applications linéaires correspond à la multiplication des matrices associées :
-
Calcul matriciel : L’image d’un vecteur se calcule par produit matriciel :
Exemples
Exemple 1
L’application identité définie par . Sa matrice dans n’importe quelle base est la matrice identité .
Exemple 2
Soit définie par . Dans la base canonique , on a et . La matrice est :
Exemple 3
La dérivation définie par est une application linéaire.
Contre-exemples
- L’application n’est pas linéaire car .
- Une application affine avec n’est pas linéaire car .
Concepts Liés
- Espace dual
- Endomorphismes ()
Applications
- Transformations géométriques (rotations, homothéties, projections).
- Systèmes dynamiques linéaires.
Concept 4 : Changement de Base
Prérequis
- Applications linéaires
- Matrices
- Matrice inverse
Définition
Le changement de base permet de relier les coordonnées d’un vecteur ou la matrice d’une application linéaire lorsqu’on change les bases de référence.
La matrice de passage de la base à la base contient en colonnes les coordonnées des vecteurs de la base exprimés dans la base .
Pour un endomorphisme , si et , alors :
où est la matrice de passage de la nouvelle base vers l’ancienne base (matrice dont les colonnes sont les vecteurs de exprimés dans ).
Propriétés Clés
- Conjugaison : Deux matrices représentant le même endomorphisme dans des bases différentes sont dites semblables.
- Inverse : La matrice de passage est toujours inversible. .
Exemples
Exemple 1
Dans , passons de la base canonique à la base avec et .
La matrice de passage (de dans , souvent notée simplement ) est :
Si un endomorphisme a pour matrice dans , sa matrice dans sera .
Exemple 2
Si a pour coordonnées dans et dans , alors (attention au sens : “traduit” les nouvelles coordonnées en anciennes).
Exemple 3
Si est une homothétie de rapport , sa matrice est . Pour toute matrice inversible , on a . La matrice d’une homothétie est invariante par changement de base.
Contre-exemples
- On ne peut pas changer de base si la famille d’arrivée n’est pas une base (par exemple pas libre ou pas génératrice).
- La formule est incorrecte (inversion de l’ordre de et ).
Concepts Liés
- Diagonalisation
- Matrices semblables
Applications
- Simplification des équations (choisir une base où la matrice est diagonale ou simple).
Concept 5 : Noyau, Image et Théorème du Rang
Prérequis
- Application linéaire
- Sous-espace vectoriel
- Dimension
Définition
Soit une application linéaire.
-
Noyau () : L’ensemble des vecteurs de qui s’annulent par .
-
Image () : L’ensemble des vecteurs de qui sont atteints par .
-
Rang : La dimension de l’image de . .
Théorème du rang : Si est de dimension finie, alors :
Propriétés Clés
- Injectivité : est injective si et seulement si .
- Surjectivité : est surjective si et seulement si (ce qui équivaut à en dimension finie).
- Bijectivité : Si (dimension finie), alors est injective est surjective est bijective.
Exemples
Exemple 1
Soit la projection sur le plan définie par .
- est le plan (dim 2).
- est l’axe (les vecteurs , dim 1).
- Théorème du rang : .
Exemple 2
Soit l’application nulle .
- , .
- Rang = 0.
- .
Exemple 3
Pour une matrice , le rang de l’application associée est égal au nombre de colonnes linéairement indépendantes (ou de pivots dans la forme échelonnée).
Contre-exemples
- Si l’espace de départ est de dimension infinie, le théorème du rang ne s’applique pas directement sous cette forme arithmétique simple.
- Une application peut avoir un noyau trivial () sans être surjective (si ).
Concepts Liés
- Quotient d’espaces vectoriels
- Pivot de Gauss
Applications
- Étude de l’existence et de l’unicité des solutions de systèmes linéaires .
Concept 6 : Espace Vectoriel Quotient
Prérequis
- Sous-espace vectoriel
- Relation d’équivalence (Groupes quotients)
Définition
Soit un sous-espace vectoriel de . L’espace quotient est l’ensemble des “classes” de vecteurs modulo . Un élément de est noté .
La structure d’espace vectoriel sur est définie par :
La propriété universelle stipule que pour toute application linéaire qui s’annule sur (i.e., ), il existe une unique application linéaire telle que , où est la projection canonique .
Propriétés Clés
- Isomorphisme canonique : . C’est une reformulation structurelle du théorème du rang.
- Dimension : En dimension finie, .
Exemples
Exemple 1
Soit et l’axe des abscisses (). L’espace quotient “écrase” l’axe des . Deux vecteurs et sont dans la même classe si leur différence est dans , c’est-à-dire si . L’espace quotient est isomorphe à l’axe des (dimension 1).
Exemple 2
Construction de . peut être vu comme le quotient de l’espace des suites de Cauchy rationnelles par le sous-espace des suites tendant vers 0.
Exemple 3
Si on considère l’espace des fonctions intégrables et qu’on “quotiente” par les fonctions nulles presque partout, on obtient les espaces (concepts avancés d’analyse).
Contre-exemples
- On ne peut pas quotienter par un sous-ensemble qui n’est pas un sous-espace vectoriel (la structure ne serait pas bien définie).
Concepts Liés
- Supplémentaire (un supplémentaire de est isomorphe à ).
Applications
- Construction de nouveaux espaces mathématiques.
- Simplification de problèmes en “ignorant” certaines directions (celles de ).
Concept 7 : Déterminant
Prérequis
- Matrices carrées
- Groupe symétrique (permutations)
- Anneaux commutatifs
Définition
Le déterminant est une application unique vérifiant trois propriétés fondamentales :
- Linéarité par rapport à chaque colonne (multilinéarité).
- Alternance : Si deux colonnes sont égales, le déterminant est nul.
- Normalisation : Le déterminant de la matrice identité vaut 1 ().
Pour une matrice , .
Propriétés Clés
- Multiplicativité : .
- Inversibilité : Une matrice est inversible si et seulement si . Dans ce cas .
- Transposition : .
- Opérations élémentaires : Ajouter à une colonne un multiple d’une autre ne change pas le déterminant. Échanger deux colonnes (ou lignes) multiplie le déterminant par .
Exemples
Exemple 1
Matrice diagonale ou triangulaire : Le déterminant est le produit des termes diagonaux.
Exemple 2
Développement selon une ligne (Ex: ligne 1) :
où est la sous-matrice obtenue en supprimant la ligne 1 et la colonne .
Exemple 3
Calcul par pivot de Gauss : On transforme la matrice en matrice triangulaire supérieure en utilisant des opérations sur les lignes, en suivant les changements de signe éventuels, puis on fait le produit de la diagonale.
Contre-exemples
- en général.
- . La formule correcte est pour une matrice de taille .
Concepts Liés
- Volume orienté
- Polynôme caractéristique
- Cofacteurs
Applications
- Critère d’inversibilité de matrices.
- Calcul de volumes en géométrie.
- Changement de variables dans les intégrales multiples (Jacobien).
Concept 8 : Valeurs Propres, Vecteurs Propres et Polynôme Caractéristique
Prérequis
- Déterminant
- Endomorphismes
- Polynômes
Définition
Soit un endomorphisme d’un espace vectoriel .
- Valeur propre : Un scalaire est une valeur propre si l’endomorphisme n’est pas injectif (i.e., a un noyau non nul).
- Vecteur propre : Un vecteur non nul est un vecteur propre associé à si .
- Polynôme caractéristique : C’est le polynôme défini par , où est la matrice de . Ses racines sont exactement les valeurs propres de .
Propriétés Clés
- Existence : est valeur propre .
- Espace propre : L’ensemble est un sous-espace vectoriel appelé espace propre associé à .
- Trace et Déterminant : La somme des racines (comptées avec multiplicité) vaut la trace de la matrice. Le produit des racines vaut le déterminant (au signe près : est le terme constant).
Exemples
Exemple 1
Soit .
.
Les valeurs propres sont et . Les vecteurs propres sont les vecteurs de la base canonique.
Exemple 2
Soit l’endomorphisme de dérivation sur .
Les valeurs propres se trouvent en résolvant l’équation différentielle ou en écrivant la matrice dans cette base.
Exemple 3
Si est vecteur propre pour , alors est vecteur propre de pour la valeur propre .
Contre-exemples
- La matrice de rotation de dans , , a pour polynôme caractéristique . Elle n’a pas de valeurs propres réelles (mais elle en a dans : ).
- Le vecteur nul n’est jamais considéré comme un vecteur propre (par définition), bien qu’il appartienne à tous les espaces propres.
Concepts Liés
- Diagonalisation
- Trigonalisation
Applications
- Résolution d’équations différentielles linéaires.
- Étude de stabilité des systèmes (signe des parties réelles des valeurs propres).
- Mécanique quantique (états propres).
Concept 9 : Somme Directe et Sous-espaces Supplémentaires
Prérequis
- Sous-espace vectoriel
- Familles libres
- Base
Définition
-
Somme directe : Des sous-espaces sont en somme directe (notée ) si tout vecteur de leur somme se décompose de manière unique comme somme de vecteurs .
Cela équivaut à dire que si avec , alors tous les .
-
Supplémentaires : Deux sous-espaces et sont supplémentaires dans si . Cela signifie que et .
Propriétés Clés
- Intersection : Pour deux sous-espaces, la somme est directe si et seulement si leur intersection est réduite au vecteur nul.
- Dimension : Si la somme est directe, .
- Espaces propres : Les espaces propres associés à des valeurs propres distinctes sont toujours en somme directe.
Exemples
Exemple 1
Dans , deux droites distinctes passant par l’origine sont toujours supplémentaires. Si est l’axe et l’axe , alors .
Exemple 2
Soit une symétrie (). Alors . Tout vecteur se décompose en une partie “symétrique” et une partie “antisymétrique”.
Exemple 3
Les fonctions paires et les fonctions impaires forment deux sous-espaces supplémentaires de l’espace des fonctions de dans . Toute fonction s’écrit de manière unique .
Contre-exemples
- Dans , trois droites distinctes vérifient deux à deux, mais leur somme n’est pas directe (car contient déjà ).
- L’union de sous-espaces n’est pas un sous-espace, c’est leur somme qu’il faut considérer.
Concepts Liés
- Projection (la projection sur parallèlement à ).
Applications
- Décomposition de signaux.
- Simplification de l’analyse d’un endomorphisme en le restreignant à des sous-espaces stables.
Concept 10 : Diagonalisation
Prérequis
- Valeurs propres / Vecteurs propres
- Somme directe
- Dimension
Définition
Un endomorphisme (ou une matrice ) est diagonalisable s’il existe une base de constituée uniquement de vecteurs propres de .
Dans cette base, la matrice de est diagonale, avec les valeurs propres sur la diagonale.
Propriétés Clés
- Critère de la somme : est diagonalisable .
- Critère des dimensions : est diagonalisable si et seulement si la somme des dimensions des espaces propres est égale à la dimension de l’espace entier .
- Multiplicités : Pour chaque valeur propre , sa multiplicité géométrique () doit être égale à sa multiplicité algébrique (ordre de la racine dans le polynôme caractéristique).
- Condition suffisante : Si possède valeurs propres distinctes, alors est diagonalisable.
Exemples
Exemple 1
La matrice est déjà diagonale. Elle est diagonalisable.
Exemple 2
La matrice a pour valeurs propres et . Comme elles sont distinctes et que la dimension est 2, est diagonalisable. Elle est semblable à .
Exemple 3
Une symétrie () est diagonalisable (si la caractéristique du corps n’est pas 2), avec des valeurs propres et .
Contre-exemples
- La matrice n’est pas diagonalisable. Sa seule valeur propre est (multiplicité algébrique 2). L’espace propre associé est engendré par (dimension 1). Comme , elle n’est pas diagonalisable.
- Une rotation de plan d’angle n’est pas diagonalisable sur .
Concepts Liés
- Trigonalisation (forme triangulaire).
- Puissance de matrices ().
Applications
- Calcul rapide de pour grand.
- Résolution de systèmes d’équations différentielles couplées.
- Algorithmes de classement (ex: PageRank de Google utilise des concepts liés aux vecteurs propres).