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Couplages (A)
Concept 1 : Couplage et Saturation
Prérequis
- Définition d’un graphe (sommets et arêtes).
- Notion de sous-ensemble.
- Notion de graphe biparti (pour certains exemples).
Définition
Soit un graphe . Un couplage (ou appariement) est un sous-ensemble d’arêtes () tel que deux arêtes distinctes de n’ont jamais d’extrémité en commun. Autrement dit, chaque sommet du graphe touche au plus une arête du couplage.
- Un sommet est dit saturé par s’il est l’extrémité d’une arête appartenant à . Sinon, il est dit insaturé (ou libre).
- Un ensemble de sommets est saturé si tous les sommets de sont saturés.
- Un couplage est dit parfait si l’ensemble de tous les sommets est saturé (c’est-à-dire que chaque sommet du graphe fait partie d’une paire).
Propriétés Clés
- Cardinalité : La taille d’un couplage est le nombre d’arêtes qu’il contient. Le nombre de sommets saturés est toujours .
- Parité : Un couplage parfait ne peut exister que si le graphe possède un nombre pair de sommets.
- Indépendance : Les arêtes d’un couplage sont dites indépendantes car elles ne se touchent pas.
Exemples
Exemple 1 : Couplage dans un chemin
Soit un graphe chemin avec les sommets et les arêtes .
Un ensemble est un couplage parfait.
- Les arêtes et ne partagent aucun sommet.
- Tous les sommets sont saturés.
Exemple 2 : Couplage non parfait
Dans le même graphe , considérons .
- C’est un couplage valide (une seule arête).
- Les sommets 2 et 3 sont saturés.
- Les sommets 1 et 4 sont insaturés.
- Ce n’est pas un couplage parfait.
Exemple 3 : Graphe biparti complet
Soit avec et .
L’ensemble est un couplage parfait. Il définit une bijection entre et . Le nombre de couplages parfaits dans est .
Contre-exemples
Contre-exemple 1 : Arêtes adjacentes
Dans un triangle avec sommets , l’ensemble d’arêtes n’est pas un couplage car les deux arêtes partagent le sommet .
Contre-exemple 2 : Graphe impair
Le graphe complet (triangle) ou ne peut jamais admettre de couplage parfait car le nombre de sommets est impair. Il restera toujours au moins un sommet insaturé.
Concepts Liés
- Degré d’un sommet : Dans le sous-graphe partiel formé par les arêtes du couplage, tout sommet a un degré de 1 (s’il est saturé) ou 0 (s’il est insaturé).
- Bijection : Un couplage parfait dans un graphe biparti correspond à une bijection entre les deux classes de la bipartition.
Concept 2 : Couplage Maximal et Maximum
Prérequis
- Définition d’un couplage (Concept 1).
- Comparaison d’ensembles (inclusion et cardinalité).
Définition
Il est crucial de distinguer deux notions d’optimalité pour un couplage :
- Couplage Maximal : Un couplage est maximal s’il est impossible d’ajouter une arête supplémentaire de à tout en conservant la propriété d’être un couplage. C’est un optimum local.
- Couplage Maximum : Un couplage est maximum s’il contient le plus grand nombre d’arêtes possible parmi tous les couplages de . C’est un optimum global.
Propriétés Clés
- Inclusion vs Taille : La maximalité concerne l’inclusion (on ne peut pas agrandir l’ensemble ), tandis que le maximum concerne la cardinalité (on ne peut pas trouver un ensemble plus grand).
- Lien avec le Couplage Parfait : Si un couplage est parfait, il est nécessairement maximum (et donc maximal). Cependant, un couplage maximum n’est pas forcément parfait (ex: cycle de longueur 5).
Exemples
Considérons le graphe chemin .
Exemple 1 : Couplage Maximal non Maximum
Soit .
- Les sommets 2 et 3 sont pris.
- On ne peut pas ajouter car 2 est pris.
- On ne peut pas ajouter car 3 est pris.
- est maximal (on ne peut rien ajouter).
- Sa taille est 1.
Exemple 2 : Couplage Maximum
Soit .
- C’est un couplage de taille 2.
- C’est la taille la plus grande possible pour ce graphe (car il a 4 sommets, max 2 arêtes).
- est maximum (et aussi parfait).
Exemple 3 : Étoile
Soit un sommet central 0 relié à 1, 2, 3.
- est maximal et maximum. On ne peut prendre aucune autre arête car elles passent toutes par 0. Ici, maximal et maximum coïncident à une taille de 1.
Contre-exemples
Contre-exemple 1
L’ensemble vide est un couplage, mais il n’est presque jamais maximal (sauf si le graphe n’a aucune arête). On peut presque toujours y ajouter une arête.
Contre-exemple 2
Dans l’Exemple 1 ci-dessus (), affirmer que ce couplage est maximum est faux, car il existe un couplage de taille supérieure ().
Concepts Liés
- Algorithmes gloutons : Un algorithme glouton (qui ajoute des arêtes tant qu’il peut) trouvera un couplage maximal, mais pas forcément maximum.
- Nombre de couplage : La taille d’un couplage maximum est un invariant du graphe, souvent noté .
Concept 3 : Chaînes Alternées et Théorème de Berge
Prérequis
- Notion de chaîne (suite de sommets reliés par des arêtes).
- Couplage Maximal et Maximum (Concept 2).
- Différence symétrique d’ensembles (pour la preuve).
Définition
Soit un graphe et un couplage .
- Chaîne Alternée : Une chaîne est dite alternée par rapport à si ses arêtes appartiennent alternativement à et hors de ().
- Chaîne Augmentante : Une chaîne alternée est dite augmentante si ses deux extrémités (le sommet de départ et le sommet de fin) sont des sommets insaturés (non couverts par ).
Théorème de Berge (1957) : Un couplage est maximum si et seulement s’il n’existe pas de chaîne augmentante par rapport à dans .
Propriétés Clés
- Amélioration du couplage : Si on trouve une chaîne augmentante, on peut “inverser” les arêtes le long de la chaîne (mettre celles de hors de , et celles hors de dans ). Le nouveau couplage aura exactement une arête de plus que le précédent.
- Critère d’arrêt : Ce théorème fournit un algorithme : tant qu’on trouve une chaîne augmentante, on augmente la taille du couplage. Quand il n’y en a plus, le couplage est optimal.
Exemples
Exemple 1 : Chaîne alternée simple
Graphe : . Couplage .
- Chaîne (arêtes ).
- , , .
- C’est une chaîne alternée.
Exemple 2 : Chaîne augmentante
Reprenons l’exemple 1.
- Les extrémités de sont 1 et 4.
- 1 n’est pas dans (insaturé).
- 4 n’est pas dans (insaturé).
- est donc une chaîne augmentante.
- Augmentation : On échange.
- Ancien : (taille 1).
- Nouveau : (taille 2).
- est plus grand.
Exemple 3 : Pas de chaîne augmentante
Graphe : Triangle . Couplage .
- Sommet insaturé : 3.
- Si on part de 3, on va vers 1 (ou 2). Arête .
- Ensuite on doit prendre une arête de . Arête .
- On est en 2. On doit prendre une arête hors de . Arête .
- On revient en 3. Ce n’est pas une chaîne simple qui finit sur un autre sommet insaturé. Il n’y a pas de chaîne augmentante. est maximum.
Contre-exemples
Contre-exemple 1
Une chaîne qui commence par un sommet insaturé et finit par un sommet saturé est alternée, mais pas augmentante. L’échange des arêtes ne changerait pas la taille du couplage (juste sa position).
Contre-exemple 2
Une chaîne dont les arêtes sont toutes hors de n’est pas alternée (sauf si elle a longueur 1).
Concepts Liés
- Différence symétrique : La combinaison de deux couplages donne des cycles et des chaînes alternés.
- Algorithme d’Edmonds : Algorithme utilisant ce principe pour trouver le couplage maximum dans un graphe quelconque (gère les “fleurs/blossoms”).
Concept 4 : Théorème de Hall (Mariages)
Prérequis
- Graphes bipartis (partition des sommets en et ).
- Notion de voisinage .
Définition
Soit un graphe biparti de bipartition . Pour un sous-ensemble de sommets , le voisinage est l’ensemble des sommets de reliés à au moins un sommet de .
Théorème de Hall (1935) : Le graphe admet un couplage qui sature (chaque élément de a un partenaire) si et seulement si :
Cette condition est souvent appelée la condition de Hall ou condition des mariages.
Propriétés Clés
- Condition nécessaire : Si un ensemble de personnes (dans ) ne connait collectivement que personnes (dans ), il est impossible de marier tout le monde. C’est le principe des tiroirs.
- Corollaire Régulier : Tout graphe biparti -régulier () admet un couplage parfait.
Exemples
Exemple 1 : Condition vérifiée
, .
Arêtes : .
- Pour , , . Ok.
- Pour , , . Ok.
- Pour , , . Ok.
Il existe un couplage saturant .
Exemple 2 : Condition violée (Bottleneck)
, .
Arêtes : . (Les deux ne connaissent que ).
- Prenons .
- .
- et .
- , la condition n’est pas respectée. Impossible de coupler entièrement.
Exemple 3 : Graphe biparti régulier
Un graphe où chaque sommet a exactement 3 voisins (). D’après le corollaire 9.7, ce graphe a obligatoirement un couplage parfait.
Contre-exemples
Contre-exemple
Le théorème de Hall s’applique spécifiquement aux graphes bipartis. Il ne donne pas une condition suffisante pour les graphes quelconques (où la structure est plus complexe, voir formule de Tutte-Berge).
Concepts Liés
- Couplage Parfait : Si et que la condition de Hall est vérifiée, le couplage est parfait.
- Coupe minimum (Min-Cut) : Le théorème de Hall peut être prouvé via le théorème du flux maximum / coupe minimum.
Concept 5 : Couplages Stables et Algorithme de Gale-Shapley
Prérequis
- Graphe biparti complet (deux ensembles de même taille).
- Notion d’ordre total / préférences.
Définition
On considère un graphe biparti complet avec deux ensembles (ex: candidats) et (ex: entreprises) de même taille . Chaque élément possède une liste de préférences classant tous les membres de l’autre groupe (ordre total strict).
Un couplage est stable s’il est parfait et s’il ne contient pas de paire instable.
Une paire est instable (ou bloquante) si :
- préfère à son partenaire actuel dans .
- préfère à son partenaire actuel dans .
En d’autres termes, et ont tous les deux intérêt à quitter leur partenaire actuel pour se mettre ensemble.
Théorème 9.9 : Il existe toujours au moins un couplage stable.
Propriétés Clés
- Existence : Contrairement aux couplages parfaits dans les graphes quelconques, un couplage stable existe toujours dans cette configuration.
- Algorithme de Gale-Shapley :
- Les éléments de font des propositions à leur préféré dans .
- Les éléments de conservent provisoirement la meilleure proposition reçue et rejettent les autres.
- Les éléments de rejetés proposent au suivant sur leur liste.
- L’algorithme termine toujours.
- Optimalité : L’algorithme où propose produit un couplage optimal pour (chaque obtient le meilleur partenaire possible parmi tous les couplages stables) et pessimal pour (chaque obtient le pire partenaire possible parmi tous les couplages stables).
Exemples
Exemple 1 : Préférences simples
, .
- préfère . préfère .
- préfère . préfère .
Ici, chacun obtient son premier choix : . C’est stable.
Exemple 2 : Instabilité
Supposons un couplage .
Si préfère (plutôt que ) ET préfère (plutôt que ), alors le couple va se former et briser le couplage. n’est pas stable.
Exemple 3 : Exécution Gale-Shapley
- et proposent à leur préféré.
- Si reçoit deux propositions, il garde la meilleure et rejette l’autre.
- Le rejeté propose à son deuxième choix.
- Le processus s’arrête quand tout le monde est couplé.
Contre-exemples
Contre-exemple 1
Un couplage stable n’est pas nécessairement unique. En inversant les rôles (si propose), on peut obtenir un couplage stable différent.
Contre-exemple 2
Un couplage stable ne maximise pas le “bonheur global”. Il assure juste que personne ne peut “tricher” en formant un couple dissident.
Concepts Liés
- Paire possible : Une paire est possible s’il existe un couplage stable qui la contient.
- Affectation : Utilisé pour l’affectation des étudiants aux universités (Parcoursup), des internes aux hôpitaux, etc.
Applications
- Attribution de ressources : Affectation de tâches à des machines.
- Marchés économiques : Mariages stables (prix Nobel d’économie Shapley & Roth).
- Chimie : Liaisons entre atomes dans une molécule (structure de Kékulé pour le benzène est un couplage parfait).