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Principe d’inclusion-exclusion (A)
Concept 1 : Le Principe d’Inclusion-Exclusion (Forme de la Réunion)
Prérequis
- Théorie des ensembles : Réunion (), Intersection (), Ensembles finis, Ensembles disjoints.
- Dénombrement : Cardinal d’un ensemble (noté ), Principe d’addition.
- Notations : Sommes indéxées (), ensemble d’indices .
Définition
Le Principe d’Inclusion-Exclusion (ou formule du crible) permet de calculer le cardinal de la réunion de plusieurs ensembles finis qui ne sont pas nécessairement disjoints.
Soient des ensembles finis. Le cardinal de leur réunion est donné par la somme alternée des cardinaux de toutes les intersections possibles de ces ensembles :
Pour bien comprendre cette formule, on peut l’écrire en développant les termes par taille d’intersection :
- On ajoute les cardinaux des ensembles individuels ().
- On soustrait les cardinaux des intersections de paires ().
- On ajoute les cardinaux des intersections de triplets ().
- On continue ainsi en alternant les signes jusqu’à l’intersection de tous les ensembles.
Explications Détaillées
L’idée intuitive est de corriger le comptage excessif.
- Si on calcule simplement , on compte deux fois les éléments qui sont dans . Il faut donc soustraire une fois pour que ces éléments ne soient comptés qu’une seule fois.
- Avec trois ensembles, en soustrayant les intersections deux à deux, on finit par retirer trop de fois les éléments communs aux trois ensembles (qui ont été ajoutés 3 fois, puis retirés 3 fois, total = 0). Il faut donc rajouter .
Propriétés Clés
- Alternance des signes : Les termes correspondant à un nombre impair d’ensembles sont ajoutés (), ceux correspondant à un nombre pair sont soustraits ().
- Généralisation : Ce principe généralise la formule .
- Condition de validité : Les ensembles doivent être finis.
Exemples
Exemple 1 : Cas simple pour deux ensembles
Soient l’ensemble des étudiants jouant au football et l’ensemble des étudiants jouant au tennis.
On sait que , et que 5 étudiants pratiquent les deux sports ().
Le nombre total d’étudiants pratiquant au moins un sport est :
Exemple 2 : Cas pour trois ensembles
Pour trois ensembles , la formule développée est :
Si , que toutes les intersections par paires valent 3 () et l’intersection triple vaut 1 () :
Exemple 3 : Divisibilité
Combien d’entiers dans l’ensemble sont divisibles par 2, 3 ou 5 ?
Soient les ensembles des multiples respectifs.
- .
- .
- .
- .
- .
Application de la formule :
Il y a 22 nombres divisibles par 2, 3 ou 5 dans cet intervalle.
Contre-exemples
- Somme simple : Si on considère que sans vérifier que les ensembles sont disjoints, le résultat est faux dès qu’il y a une intersection non vide.
- Signes incorrects : Une erreur courante est de toujours soustraire les intersections, par exemple écrire . C’est faux car cela ne gère pas les recouvrements partiels entre deux ensembles seulement.
Concepts Liés
- Principe d’addition : Cas particulier où toutes les intersections sont vides.
- Inégalités de Bonferroni : Bornes obtenues en arrêtant la somme alternée à un certain rang.
Applications
Utilisé en théorie des nombres (comptage de multiples), en probabilités (probabilité de l’union d’événements), et en combinatoire générale.
Concept 2 : Le Principe d’Inclusion-Exclusion (Forme Complémentaire)
Prérequis
- Concept précédent : Principe d’inclusion-exclusion (forme réunion).
- Théorie des ensembles : Complémentaire d’un ensemble ( ou ), Lois de De Morgan.
- Univers : Un ensemble global contenant tous les sous-ensembles .
Définition
Cette forme du principe permet de compter le nombre d’éléments d’un ensemble fini qui n’appartiennent à aucun des sous-ensembles . C’est le cardinal du complémentaire de leur réunion.
Si est un ensemble fini contenant , alors :
Avec la convention que pour , l’intersection est l’ensemble univers tout entier.
Explications Détaillées
Cette formule est souvent plus utile dans les problèmes pratiques. Elle répond à la question : “Combien d’objets ne possèdent aucune des propriétés ?”.
On part du total (), on retire ceux qui ont au moins une propriété, on rajoute ceux qui en ont deux, on retire ceux qui en ont trois, etc.
Formellement :
Propriétés Clés
- Lien avec la réunion : . Cette formule est simplement l’application de cette soustraction à la formule de la réunion.
- Utilisation des fonctions caractéristiques : La preuve repose souvent sur l’identité qui vaut 1 si n’est dans aucun , et 0 sinon.
Exemples
Exemple 1 : Le problème des chapeaux (introduction)
3 personnes laissent leur chapeau au vestiaire. Le vestiairiste rend les chapeaux au hasard. Combien de cas existent où personne ne reçoit son propre chapeau ?
Soit l’ensemble des permutations (Total = ).
Soit l’ensemble des cas où la personne reçoit son chapeau.
On cherche .
Exemple 2 : Nombres premiers (Crible d’Ératosthène)
Pour trouver les nombres premiers jusqu’à 100, on élimine les multiples de 2, 3, 5, 7.
Soit . On cherche le cardinal de privé des multiples de 2, 3, 5, 7 (les ensembles ).
La formule permet de calculer exactement le nombre d’entiers restants.
Exemple 3 : Cartes
Dans un jeu de 52 cartes, combien de mains de 5 cartes ne contiennent aucun As ?
Ici, la méthode directe (choisir 5 cartes parmi 48) est plus simple : .
Mais par inclusion-exclusion avec = toutes les mains, et = mains contenant l’As de couleur (4 couleurs), on retrouverait le même résultat :
(Cet exemple illustre que parfois la méthode directe est préférable si les ensembles “interdits” sont simples).
Contre-exemples
- Oubli du terme univers : Commencer la somme directement par au lieu de commencer par (le terme pour ).
- Confusion “Aucun” vs “Au moins un” : Cette formule calcule “aucun”. Pour “au moins un”, il faut utiliser la première formule (Concept 1).
Concepts Liés
- Dérangements : Une application directe majeure (voir Concept 5).
- Fonction indicatrice d’Euler () : Calcule le nombre d’entiers premiers avec , basée sur ce principe.
Concept 3 : Formule du Binôme Multivariée
Prérequis
- Algèbre : Anneaux commutatifs, Distributivité, Notation produit ().
- Combinatoire : Sous-ensembles (parties).
Définition
C’est une généralisation algébrique utilisée pour prouver le principe d’inclusion-exclusion.
Soient et des éléments d’un anneau commutatif. Alors :
La somme porte sur toutes les parties de l’ensemble d’indices .
Explications Détaillées
Cette formule exprime le fait que pour développer un produit de sommes , pour chaque facteur , on doit choisir soit le terme (on met alors dans l’ensemble ), soit le terme (on met alors dans le complémentaire). On somme ensuite toutes les combinaisons possibles de ces choix.
Propriétés Clés
- Généralité : Elle implique le binôme de Newton si tous les et tous les .
- Application à l’inclusion-exclusion : En posant et , on dérive directement la formule du crible.
Exemples
Exemple 1 : Cas
Exemple 2 : Lien avec le Binôme de Newton
Si et pour tout , alors pour un donné de cardinal , le terme est . Comme il y a façons de choisir un ensemble de taille , on retrouve :
Exemple 3 : Identité booléenne
En logique ou avec des fonctions caractéristiques (où ), cette structure permet de transformer des produits (intersections) en sommes.
Contre-exemples
- Non-commutativité : Si l’anneau n’est pas commutatif (ex: matrices), l’ordre des facteurs importe et la formule telle quelle ne s’applique pas simplement.
Concept 4 : Nombre de Surjections
Prérequis
- Fonctions : Définition d’une application, Image, Antécédent.
- Surjection : Une fonction est surjective si tout élément de a au moins un antécédent (l’image de couvre tout ).
- Combinatoire : Coefficients binomiaux .
Définition
Le nombre de surjections d’un ensemble fini (de cardinal ) vers un ensemble fini (de cardinal ), avec , est donné par la formule :
(Note : Dans la formule du cours, l’indice de sommation est ou , et le terme alterne).
Explications Détaillées
Pour compter les surjections, il est difficile de procéder directement. On utilise l’inclusion-exclusion sur l’ensemble “Total des fonctions” ().
On soustrait les fonctions qui “ratent” au moins un élément de l’arrivée .
- : Toutes les fonctions.
- : On retire celles qui ratent un élément spécifique (il y a choix pour l’élément raté).
- : On a trop retiré celles qui ratent 2 éléments, on les rajoute.
Propriétés Clés
- Condition : Si , il est impossible de couvrir tout l’ensemble d’arrivée, le nombre de surjections est 0.
- Lien avec les nombres de Stirling : Ce nombre est égal à (où est le nombre de Stirling de seconde espèce).
Exemples
Exemple 1 : Surjections de vers ()
Les 6 surjections sont toutes les fonctions () sauf les 2 fonctions constantes (tout sur ou tout sur ).
Exemple 2 : Surjections de vers ()
Exemple 3 : Cas
Si et ont la même taille , une surjection est aussi une injection (donc une bijection). La formule doit donner .
Pour : .
Contre-exemples
- Fonctions quelconques : Ne pas confondre avec le nombre total d’applications .
- Injections : Ce n’est pas le nombre d’arrangements .
Concept 5 : Nombre de Dérangements
Prérequis
- Permutations : Bijections de dans . Factorielle ().
- Point fixe : Un élément tel que .
Définition
Un dérangement est une permutation d’un ensemble fini qui n’a aucun point fixe (pour tout , ).
Le nombre de dérangements de , souvent noté ou , est donné par :
Explications Détaillées
C’est une application classique du principe d’inclusion-exclusion sous sa forme complémentaire.
- L’univers est l’ensemble de toutes les permutations ().
- La propriété est “l’élément est un point fixe”.
- On veut le nombre de permutations vérifiant 0 propriété.
- Le terme provient de la simplification de (choix des points fixes permutation des autres éléments).
Propriétés Clés
- Convergence asymptotique : La probabilité qu’une permutation aléatoire soit un dérangement est . Quand , cette somme tend vers .
- Récurrence : Les dérangements vérifient .
Exemples
Exemple 1 : et
- Pour (ensemble ) : La seule permutation est (point fixe). .
Formule : .
- Pour (ensemble ) : Permutations : (fixe), (dérangement). .
Formule : .
Exemple 2 :
Permutations de .
Celles avec points fixes : 123 (3 fixes), 132 (1 fixe), 321 (1 fixe), 213 (1 fixe).
Dérangements : 231, 312. Donc .
Calcul : .
Exemple 3 :
(Note : les deux premiers termes s’annulent toujours).
Contre-exemples
- Permutations avec exactement 1 point fixe : Ce ne sont pas des dérangements. Le concept de dérangement exige strictement 0 point fixe.
- Cycles : Un dérangement n’est pas nécessairement un seul cycle (ex: est un dérangement de 4 éléments composé de 2 cycles).
Applications
- Problème des chapeaux (ou des rencontres) : Probabilité que personne ne récupère son objet.
- Cryptographie : Mélange total des positions.